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Un Principe à
l’épreuve des faits
(continué)

 

Après l’ultimatum posé par les autorités de Phnom Penh, Jacques Beaumont et François Bugnion regagnèrent Genève pour des consultations entre le CICR et l’UNICEF. «Le CICR était très partagé sur cette question, relate François Bugnion, mais finalement, la conclusion a été qu’il ne s’agissait pas vraiment d’un problème de droit humanitaire, mais bien de respect des Principes fondamentaux. C’est le principe d’impartialité qui devait nous guider. Ce principe nous imposait de continuer ces opérations à travers la frontière, malgré le problème de souveraineté, malgré les menaces d’expulsion.

«C’était un risque à prendre, mais finalement, nous nous sommes dit : si le gouvernement nous expulse, ce sera sa décision, tandis que si nous renonçons à assister des gens que nous pouvons atteindre matériellement, ce sera notre décision. D’où le choix qui a été fait : nous avons pris le risque.

«Je suis donc retourné à Phnom Penh avec l’autorisation des autorités du CICR de poursuivre les opérations à travers la frontière thaïlandaise et avec un plan pour une action de secours d’une ampleur sans précédent, dotée d’un budget de 110 millions de dollars, ce qui représentait à l’époque trois fois et demie le budget global du CICR pour l’ensemble du monde pour l’année précédente.

«Nous nous étions fixé pour objectif de nourrir trois millions de personnes, de rééquiper complètement les hôpitaux et les dispensaires dans la capitale et en province, d’importer des semences et des outils pour relancer l’agriculture, etc. La contrepartie, c’était que nous serions fermes sur le respect du principe d’impartialité.»

À leur arrivée au Cambodge, Jacques Beaumont et François Bugnion rencontrent le ministre des Affaires étrangères. Celui-ci accepte finalement le plan d’action, à une condition : la poursuite des discussions sur les opérations à la frontière thaïlandaise. «Donc, explique François Bugnion, il a accepté de détacher la question des opérations transfrontalières du reste.»

«Ce qui est intéressant, c’est que, confronté à ce dilemme, et voyant que le droit humanitaire n’indiquait pas, ou ne balisait clairement la route à suivre, c’est véritablement sur la base des Principes fondamentaux que le CICR s’est déterminé et a tranché la question.

«Je pense que c’est une expérience qui nous a été utile par rapport à d’autres situations où le CICR a été mis sous pression afin de ne pas assister des gens qui sont sous l’autorité d’un pouvoir qui n’est pas un pouvoir politique reconnu. Par exemple, en cas de guerre civile, quand des gouvernements nous disent : “Aidez tant que vous voulez les populations qui dépendent de nous, mais vous n’avez pas l’autorisation d’aller assister les populations qui sont au pouvoir de nos adversaires.” De ce point de vue-là, c’était un précédent important.»

 

 

 

 

 

Photo: ©CICR

 

 

 

 

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