Page d'accueil
du Magazin

 

Matters of principle

 

The Fundamental Principles turn 50 years old this year. Whatbetter time to examine the challenges faced in puttingthese key guiding principles into action?

 

Questions de Principes

Les Principes fondamentaux ont 50 ans cette année. C’est l’occasion de passer en revue les difficultés que pose l’application concrète de ces principes directeurs essentiels.

Imaginez la scène : vous êtes un volontaire occupé à distribuer des vivres dans une communauté rurale du Baloutchistan, l’une des provinces du Pakistan, au lendemain d’une inondation dévastatrice. Vous êtes juché sur un camion plein de colis de vivres afin que la foule rassemblée vous entende mieux lorsque vous prenez la parole.

Soudain, un coup de feu éclate. Vous sursautez et vous apercevez une arme pointée sur vous.


Illustration : ©Piero Macola/FICR

Parlant de Principes

Illustration : ©Piero Macola/FICRMalik Abdoul Hakim est un exemple vivant de la manière dont les principes de neutralité et d’humanité peuvent permettre à une personne de soulager les souffrances de ses semblables. Volontaire pour le Croissant-Rouge afghan, Malik — qui a fait l’objet d’un article paru récemment dans le New York Times — a pour tâche de remettre les dépouilles des personnes tuées dans les combats à leur famille, quel que soit le camp auquel elles appartenaient.

Comme l’a écrit le journaliste du New York Times Azam Ahmed dans l’édition du 5 janvier, «il recueille les corps des soldats et des officiers de police tués dans les zones aux mains des talibans et les ramène chez eux. Il recueille aussi, dans les locaux gouvernementaux, les dépouilles des insurgés tués pour les restituer à leur famille, parcourant des routes dont les bas-côtés sont parsemés de mines.»

Si Malik Abdoul Hakim peut accomplir cette tâche, explique l’article, c’est qu’il s’est acquis une réputation de neutralité, évitant de prendre parti dans les combats politiques et militaires qui font rage dans son pays déchiré par la guerre. La neutralité est l’un des sept Principes fondamentaux du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et elle constitue un outil vital pour aider les personnes touchées par les crises.

Un dialogue à l’échelle du Mouvement
Partout dans le monde, ces Principes fondamentaux — humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unité et universalité — servent d’inspiration, de guide et d’instrument pour permettre l’action et pour garantir la confiance de tous en temps de conflit et de crise. Alors que nous commémorons le 50e anniversaire de l’adoption de ces principes, leur étude est plus pertinente et plus importante que jamais.

Depuis 1965, en effet, le secteur humanitaire s’est considérablement élargi et diversifié. De nos jours, des milliers d’organisations offrent un large éventail de services d’assistance, fondés sur des principes opérationnels très divers. L’assistance est souvent utilisée comme un outil politique, octroyée en liaison avec des programmes de développement ou dans des campagnes militaires, afin de gagner les cœurs et les esprits des populations locales. Ce ne sont là que quelques-unes des tendances qui ont semé la confusion, la méfiance, voire le rejet des principes de base qui permettent une action humanitaire efficace.

Pour notre Mouvement, dans toute sa diversité, l’application des Principes dans des contextes complexes, politisés ou même périlleux peut aussi poser de grandes difficultés. Tous les jours, les volontaires, les employés et les dirigeants du Mouvement doivent prendre des décisions difficiles dans lesquelles les Principes jouent un rôle clé.

Ce sont là quelques-unes des raisons pour lesquelles une initiative a été lancée en 2013 à l’échelle du Mouvement tout entier afin de revitaliser la compréhension des Principes en encourageant un dialogue ouvert, participatif et constructif dans l’ensemble du Mouvement. L’objectif : susciter une meilleure compréhension commune de la pertinence des Principes fondamentaux dans l’action humanitaire d’aujourd’hui.

Ce dialogue se déroule sur des forums publics, dans des ateliers et des «wébinaires» (une liste de liens figure sur notre site www.redcross.int), ainsi que par des campagnes de promotion pour la Journée mondiale de la Croix-Rouge le 8 mai et pour le 50e anniversaire des Principes fondamentaux en octobre. Toutes ces activités culmineront avec la XXXIIe Conférence du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en décembre, pendant laquelle les Principes seront l’un des sujets centraux de discussion et d’action.

La contribution de Croix-Rouge, Croissant-Rouge commence par cet article sur une distribution de vivres au cours de laquelle des volontaires se trouvent confrontés à une série de choix difficiles liés aux Principes. Nous avons ensuite demandé à d’autres agents humanitaires chevronnés de nous faire part de leurs réflexions sur les dilemmes que les volontaires ont dû résoudre ce jour-là. Nous vous invitons à nous faire part à votre tour de vos idées : comment agiriez-vous ? Quels ont été vos propres dilemmes et vos réussites ?

Telle est la situation à laquelle s’est trouvé confronté Saboor Ahmed Kakar, volontaire du Croissant-Rouge pakistanais, alors qu’il tentait, en compagnie d’une équipe de volontaires, de décharger des secours d’un convoi de camions dans une zone frappée par une inondation. Pour lui, cette opération marqua un tournant. L’enchaînement de choix cornéliens auxquels il se trouva confronté allait l’amener à préciser le sens de son appartenance au Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, jusqu’où il était prêt à aller au nom des Principes fondamentaux et comment il était possible de les appliquer dans une situation où aucune solution n’est entièrement satisfaisante.

Une journée de dilemmes
Saboor Ahmed Kakar était volontaire depuis un an; lorsque le barrage de Damani céda en 2009, il était déjà expérimenté et bien formé. Ce jour-là, il dirigeait l’équipe chargée de distribuer les vivres.

Avant la distribution, la section prit contact avec les responsables locaux dans la zone et conclut les arrangements habituels pour ce type d’opération. Comme souvent en pareil cas, en arrivant sur les lieux où attendaient 25 camions pleins de colis de vivres, une foule de gens étaient déjà attroupés autour du convoi pour recevoir des secours dont ils avaient désespérément besoin.

Cependant, alors que l’équipe procédait au déchargement, un homme s’approcha et se présenta comme un dirigeant local. Il expliqua qu’il savait quelles personnes avaient le plus besoin d’assistance et qu’il souhaitait distribuer lui-même les vivres, et augmenter par là ses chances de remporter les élections locales à venir.

Saboor Ahmed savait qu’accéder à cette requête compromettrait le principe d’impartialité; la distribution risquait de se dérouler en fonction des vœux de certaines personnes ou des relations personnelles plutôt que selon les besoins des familles. Il était donc parfaitement conscient de la tension entre le respect du principe d’impartialité et le risque de voir le dirigeant local rendre difficile, voire impossible, la tâche des volontaires ou leur retour à l’avenir.

La décision
Saboor Ahmed décida que l’impartialité était l’impératif prioritaire, puisque le risque n’était qu’une éventualité. En outre, enfreindre le principe de l’impartialité entraînerait aussi une violation du principe d’humanité, puisque les personnes les plus nécessiteuses risqueraient alors de ne pas recevoir de nourriture.

Il répondit donc à l’homme : «J’ai beaucoup de respect pour vous en tant que chef tribal, et vous êtes une personne très importante pour moi, mais je ne peux pas vous confier ces secours, car cela serait contraire à nos principes et à nos pratiques de distribution de vivres. Si vous êtes, vous aussi, victime des inondations, nous donnerons naturellement à votre famille toute l’assistance possible, en proportion de vos besoins.»

Le chef donna l’ordre à ses subordonnés de s’emparer des camions, mais la communauté serra les rangs pour les en empêcher. Lorsque le dirigeant comprit que la communauté n’était pas derrière lui, il donna un ordre et l’un des gardes du corps tira un coup de feu en l’air. Un villageois saisit Saboor Ahmed et le fit descendre du camion pour l’abriter. Des membres de la communauté s’en prirent au tireur et réussirent à le maîtriser, pour ensuite le remettre à la police.

Saboor Ahmed Kakar et son équipe semblaient, pour l’instant, hors de danger, mais qui allait garantir leur sécurité ? L’équipe était donc confrontée à un deuxième dilemme : fallait-il rester sur place et distribuer les vivres ou faire demi-tour et quitter les lieux jusqu’à ce que le village et ses dirigeants puissent promettre que les agents humanitaires pourraient opérer en toute sécurité ? Et même s’ils réussissaient à décharger leurs camions sereinement, dans le respect des Principes, pourraient-ils revenir au cours des jours suivants pour de nouvelles distributions ?

Finalement, les volontaires de la section purent distribuer les vivres en respectant les procédures habituelles, mais une fois de retour au siège, l’équipe ressentit le besoin de discuter et de réfléchir. Ils pensèrent tout d’abord mettre un terme aux distributions. «Après l’incident, explique Saboor Ahmed, nous avons décidé que nous ne retournerions pas sur place, parce que notre sécurité passait avant tout.»

Pourtant, même dans ce climat menaçant, le principe d’humanité — le motif qui avait poussé Saboor Ahmed Kakar à intégrer le Croissant-Rouge — le tourmentait. «Certes, nous avions décidé de nous retirer, mais ma mission consistait à aider les gens et non à les abandonner.»

Les volontaires étaient du même avis, et demandèrent aux employés de revenir sur la décision et de reprendre les distributions, ce que l’équipe accepta. «C’est uniquement grâce au courage de mes collègues et à leur dévouement que j’ai pu agir ainsi, assure Saboor Ahmed Kakar. Nous étions environ 35, et chacun était profondément engagé en faveur du respect des Principes fondamentaux. L’incident a été décrit dans les médias, et tant la Société nationale que notre section locale nous ont soutenus.»

Ismael Velasco
Président de la Fondation Adora, une organisation de bienfaisance basée au Royaume-Uni.

La décision : qu’auriez-vous fait ?
Que pensez-vous des commentaires de la décision prise par la section ? Auriez-vous accepté l’escorte de l’armée ? Quelles difficultés avez-vous affrontées en essayant de mettre en œuvre les Principes fondamentaux ? Racontez-nous votre histoire : rcrc@ifrc.org.


Illustration : ©Piero Macola/FICR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Illustration : ©Piero Macola/FICR

 

 

 

 

 

 


Le dilemme: comment réagiriez-vous?

Lorsqu’il s’agit de traduire les Principes en actes, il n’y a pas toujours de réponse claire sur la manière de les appliquer dans telle ou telle situation concrète. Pour enrichir le débat, nous avons demandé à quelques humanitaires chevronnés de nous donner leur avis sur chacun des dilemmes auxquels Saboor Ahmed Kakar s’est trouvé confronté ce jour-là.

 

Photo : ©Croissant-Rouge arabe syrienJe dirais au chef local : «Merci beaucoup de vos sentiments humanitaires, mais pouvez-vous me dire où se trouvent ces personnes démunies ? Où vivent-elles ? Nous devons les enregistrer dans notre base de données et recueillir des informations auprès d’elles. C’est un long processus, inutile de vous en préoccuper.» Il faut rester à distance égale de toutes les parties, tout particulièrement en temps de guerre. Si l’on donne des secours à un dirigeant qui représente l’une des parties, les membres de la partie adverse vont vous soupçonner de ne pas être indépendant et impartial. Or, pour mener à bien votre mission, il est essentiel d’avoir la confiance de toutes les parties.
Fadi, volontaire du Croissant-Rouge arabe syrien


Photo : ©Erika Tong-Junod/Commission permanenteDistribuez les vivres vous-mêmes. Vérifiez toutes les informations. Cela demande plus de temps et nous avons tous tendance à être impatients, mais à long terme c’est ainsi que l’on crée la confiance.
Tore Svenning, chef du secrétariat de la Commission permanente de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

 

 

 

Photo : ©Croissant-Rouge arabe syrienDonner des vivres à ce dirigeant saperait l’impartialité. Je déclinerais son offre de manière diplomatique. La priorité, ce sont les besoins des gens et ma tâche consiste à veiller à ce que les secours soient distribués en fonction des besoins. Accepter ce type de proposition compromettrait aussi la crédibilité. Dans toute opération de secours, toute Société nationale est confrontée à ce type de difficulté. Il faut donc toujours maintenir des relations diplomatiques pour garantir que l’on pourra fournir la meilleure qualité de service possible.
Salam Khorshid, Croissant-Rouge arabe syrien et membre de la Commission de la jeunesse de la FICR

 

Photo: ©CICR La situation est risquée, mais je me dirais «c’est à moi de décider qui est le plus vulnérable». Je pourrais peut-être leur proposer de nous aider, mais uniquement si c’est nous qui choisissons les bénéficiaires. Je ne sais pas si cela aurait marché, mais j’essaierais de négocier de cette manière. Et s’il me répondait «non», sans doute que je déciderais d’interrompre la distribution.
Yves Daccord, directeur général du CICR

 

Fadi et Tore Svenning ont répondu à une question sur ce dilemme postée par Croix-Rouge, Croissant-Rouge sur la page Facebook des Principes fondamentaux du Mouvement. Et vous ? Comment auriez-vous réagi ? Envoyez vos réponses à rcrc@ifrc.org.

Haut de page

Nous contacter

Crédits

Webmaster

©2015

Copyright

S