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Renaissance
d'une Société nationale:
La
Croix-Rouge d'Estonie
par Leyla Alyanak |
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En
huit années seulement, la Croix-Rouge d’Estonie est parvenue
à mettre en place un large éventail de services administrés
depuis un vieil édifice historique du centre de la capitale.
L’exploit est d’autant plus remarquable compte tenu des difficultés
financières et de l’incertitude résultant de la transition du
régime socialiste à l’économie de marché. |
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Il
y a 23 ans qu’Albina Sterzleva et son mari, officier de la
marine soviétique, se sont établis à Paldiski, en Estonie.
A l’époque, les russophones représentaient plus de 60 pour
100 de la population estonienne. Ils avaient afflué en masse
pour travailler à la base navale, où ils touchaient des soldes
très confortables. Mais, après le démantèlement de l’Union
soviétique et l’accession à l’indépendance de l’Estonie, Russes,
Ukrainiens et Biélorusses ont brutalement perdu leur statut
de citoyens de première classe. Ayant renoncé à leur nationalité,
beaucoup de ceux qui ont choisi de rester n’ont pas obtenu
pour autant leur naturalisation, faute de parler couramment
la langue de leur pays d’adoption.
“Du temps de l’Union soviétique, constate Albina Sterzleva,
il suffisait de parler russe. Maintenant, ce n’est plus le
cas.” A 63 ans, l’apprentissage d’une nouvelle langue n’est
pas chose aisée. Heureusement, cette native de la Sibérie
a pu profiter d’un cours d’un mois offert par la Croix-Rouge
d’Estonie. “Maintenant, assure-t-elle, je commence à me sentir
chez moi.” Actuellement, un tiers des 1,4 million d’habitants
du pays sont des immigrés et leur assimilation constitue l’un
des principaux défis de cette jeune nation. “Les programmes
d’intégration sociale et culturelle sont tout simplement vitaux
pour l’avenir de la société estonienne dans son ensemble”,
confirme Riina Kabi, secrétaire général de la Société nationale.
Au
cours de son histoire, celle-ci a connu de dramatiques renversements
de situation. Fondée en 1919 durant la guerre d’indépendance,
la Croix-Rouge d’Estonie contribua pendant les deux décennies
suivantes à l’édification de la nouvelle nation. En 1939,
la signature du pacte germano-soviétique de non-agression
mit brutalement fin à cette ère de liberté. Le pays, puis
la Croix-Rouge, tombèrent bientôt sous la coupe de l’URSS,
la Société nationale étant désormais rattachée aux ministères
de la Santé et de la Défense. En 1991, enfin, l’Estonie fêtait
pour la seconde fois son indépendance. “Comme le pays, commente
Riina Kabi, la Croix-Rouge d’Estonie est née deux fois.”
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Les jeunes aux commandes
Les
enfants et leur éducation occupent une place prépondérante
dans le travail de la Société nationale. En 1997, elle a lancé
une campagne afin de financer l’achat de cartables et de cahiers
pour des enfants de familles démunies qui effectuaient leur
première rentrée scolaire. “C’est un tournant crucial dans
la vie des enfants, note Riina Kabi. Ce jour là, ils entrent
de plein pied dans la vie sociale.”
Chaque
année, la Société nationale aide ainsi plus de 1 000 nouveaux
écoliers dont les parents n’ont pas les moyens de payer les
fournitures indispensables. Une partie de l’argent servant
à cette action provient des activités de financement de la
section de la jeunesse de la Croix-Rouge. En mai dernier,
par une douce soirée de printemps, celle-ci avait organisé
un concert avec la complicité du groupe de rock Blind, lequel
rassembla quelque 8 000 amateurs de tous âges dans le décor
médiéval de la magnifique Raekoja Plats, la place de l’Hôtel
de Ville de Tallinn.
“Nous
avons touché 35 pour 100 des ventes de CD du groupe”, explique
Indrek Ditmann, responsable de la section de la jeunesse.
Auparavant, cinq autres groupes ainsi que la candidate estonienne
au concours Eurovision de la chanson, Evelin Samuel, avaient
déjà accepté de se produire gratuitement au bénéfice de la
Croix-Rouge. A chaque concert, des dizaines de volontaires
ont fait appel à la générosité du public. “Au total, rapporte
Indrek, cette campagne a rapporté plus de 12 000 dollars américains,
une moitié provenant des concerts proprement dits, l’autre
de versements directs sur le compte bancaire de la campagne.”
Pour un pays encore peu accoutumé aux manifestations caritatives,
cela représente un montant considérable.
Les
concerts ont démarré en 1997, dans le cadre d’une initiative
que seuls des jeunes gens entreprenants pouvaient imaginer
et mettre sur pied. Sans un sou vaillant, ils ont su convaincre
les médias de leur accorder une publicité gratuite et mobiliser
le soutien de sponsors recrutés dans un premier temps parmi
les entreprises du pays, puis auprès des multinationales implantées
en Estonie.
“Au
début, confesse Indrek, nous avons essuyé des refus. La concurrence
était rude et beaucoup des projets caritatifs récents s’étaient
soldés par des échecs. De plus, les gens donnent volontiers
de l’argent s’il va directement à ceux qui en ont besoin,
mais, dès qu’il s’agit de financer une manifestation, fûtce
pour une bonne cause, les choses sont nettement plus difficiles.”
En
complément de ces concerts, la Croix-Rouge de la Jeunesse
organise des soirées disco thématiques articulées autour de
problèmes de société comme la toxicomanie ou le sida. Animateur
d’une émission populaire à la télévision, Indrek pourrait
profiter de cette formidable tribune pour promouvoir la cause
de la Croix-Rouge, mais il préfère ne pas mélanger les genres.
“L’amalgame entre mon émission essentiellement comique et
la gravité des questions auxquelles se consacre la Croix-Rouge
ne serait pas judicieux.”
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Décentralisation
et reconstruction Dès
son entrée en fonction en 1993, Riina Kabi s’attacha en priorité
à nouer des contacts avec les autorités locales et à reconstruire
les sections locales de la Société nationale, étouffées par
la longue ère du centralisme soviétique. Aujourd’hui, dans
tout le pays, chaque comité de la Croix-Rouge fixe ses propres
objectifs, les besoins n’étant pas nécessairement les mêmes
à la ville et à la campagne.
“Le
nord industrialisé, par exemple, était autrefois la principale
voie de transit des matières premières et des ressortissants
russes, note le secrétaire général. C’est pourquoi nous y
avons mis sur pied des cours de langue et des services de
conseil pour aider les Russes dans leurs démarches administratives.
Dans les grandes villes, l’un des principaux problèmes réside
dans l’augmentation de la criminalité, mais ce n’est pas le
cas dans les campagnes ni sur le littoral. Nous devons adapter
nos activités à des contextes et besoins très divers.”
Avec
le recul, on peut mesurer les accomplissements de la Croix-Rouge
d’Estonie. “Nous sommes partis de zéro, sans bureau, sans
fax, sans même la moindre table ou chaise, raconte Riina Kabi.
Nous devions faire tout notre travail à domicile. Aujourd’hui,
nous comptons seize sections locales réparties dans tout le
pays.”
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| Des
Sociétés nationales d’Europe du nord, le CICR et la Fédération
ont fourni un précieux appui. Quoi qu’il en soit, le fait que
la Croix-Rouge d’Estonie en soit arrivée là en si peu de temps
tient réellement de l’exploit. |

Leyla
Alyanak
Leyla Alyanak Journaliste canadienne spécialisée dans le développement
et les droits de l’homme
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