Un formidable défi
A L'AUBE du XXI e siècle, l'avenir de l'humanité
apparaît bien incertain. Si une moitié de la planète
jouit des bienfaits du développement économique
et des progrès de la science, de la technologie et des
communications, l'autre moitié continue de lutter pour
sa survie. Et ce déséquilibre ne sépare plus seulement
les nations industrialisées des pays en développement
ou le Nord du Sud, mais sévit à l'intérieur de chaque
communauté humaine, produisant les conditions
idéales pour le déferlement de la violence, de la
criminalité et des conflits.
Les forces de l'homme et de la nature
L'espoir que la fin de la guerre froide ouvrirait une ère de
paix s'est révélé illusoire. L'opposition idéologique entre l'Est
et l'Ouest a cédé la place à une profusion d'autres affronte-ments
alimentés par les sentiments nationalistes, religieux
ou ethniques ou par la lutte pour le pouvoir et les ressources.
L'absence totale de règles et de mesure qui caractérise
nombre de ces nouveaux conflits évoque les périodes les plus
sombres de notre histoire. Meurtres, viols, mutilations,
déplacements forcés de femmes, d'hommes et d'enfants,
pillage et destruction délibérée des maisons et des biens sont
aujourd'hui monnaie courante. Pour la multitude de
factions, groupes et individus qui n'envisagent d'autre
moyen pour parvenir à leurs fins que le recours aux
armes, les traditions locales et les valeurs universelles sans
parler des règles humanitaires sont nulles et non avenues.
Dans le même temps, la vulnérabilité aux cataclysmes
naturels ne cesse de s'accentuer. L'exploitation forcenée
du sol a laissé de vastes étendues sans défense contre les
inondations et les glissements de terrain, et les émissions
de gaz à effet de serre rongent inéluctablement la couche
d'ozone qui protège notre planète. Le réchauffement global,
quoique progressant à un rythme presque imperceptible, se
traduit déjà par des phénomènes climatiques extrêmes qui
causent des ravages d'une ampleur sans précédent. Enfin,
la pression démographique contraint des communautés
humaines à s'établir dans des lieux très exposés aux catastrophes, cependant que l'exode rural entraîne des concentra-tions
massives de personnes sur des espaces très réduits. Ces
migrants vivent le plus souvent dans des conditions
matérielles et sanitaires lamentables.
Recul des services de santé
Globalement parlant, la situation sanitaire n'est guère
réjouissante. Pour des millions d'individus, elle n'a cessé
de se dégrader au cours des deux dernières décennies,
renvoyant aux calendes grecques l'objectif de l'Organisation
mondiale de la santé (OMS): «La santé pour tous en l'an
2000.» Dans les pays en développement, pauvreté, urbanisa-tion
galopante, carences alimentaires, manque d'eau potable
et d'hygiène ont des effets désastreux sur le plan sanitaire et
nutritionnel. Chaque année, une multitude de femmes
meurent faute de soins adéquats durant la grossesse
et l'accouchement et des millions d'enfants
succombent à des maladies pour lesquelles
il existe des mesures préventives et des
traitements efficaces.
Certes, l'espérance de vie a augmenté, la
mortalité infantile a reculé, la variole a été
éradiquée et la poliomyélite est en voie de
disparition. Mais la grande majorité des
habitants des pays en développement
n'ont guère bénéficié des progrès de la
médecine, qui reste pour eux un
«luxe» hors de portée. Dans le
même temps, des maladies qu'on
pensait presque vaincues comme
la tuberculose, la diphtérie, la
méningite, le choléra, le paludisme
et la fièvre jaune ont redoublé
d'activité et de nouvelles
maladies, plus meurtrières
encore, ont fait leur apparition.
La pandémie du sida, en
particulier, continue de
s'étendre dans de nombreusesrégions du monde. En Afrique subsaharienne, on estime
qu'elle aura réduit de 20 ans l'espérance de vie moyenne
d'ici 2020.
De nombreux Etats, aux prises avec de gros problèmes
économiques et sociaux ou minés par des années de conflit
interne, ont de plus en plus de mal à fournir les services
nécessaires au bien-être de leurs citoyens. Dans certains pays
en développement, l'infrastructure est moribonde et les
budgets de la santé et de la protection sociale sont en chute
libre. Dans les nations industrialisées également, les services
publics tendent à s'effriter, y compris dans le domaine de la
santé où les privatisations se multiplient, pénalisant les
individus les plus démunis.
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