27ème Conférence
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

Armes: le point de vue humanitaire

S 'AGISSANT des armes, deux questions revêtent une importance particulière du point de vue humanitaire. Premièrement, sont-elles «aveugles» - autrement dit, davantage susceptibles de faire des blessés et des morts parmi les civils? Deuxièmement, infligent-elles des souffrances superflues au regard de leur finalité militaire? Une réponse affirmative milite, dans le premier cas, pour leur limitation et, dans le second cas, pour leur interdiction. C'est sur la base de ces critères qu'une grande partie de la communauté internationale a résolu d'interdire les mines antipersonnel.

former fighter, Lebanon

Mines antipersonnel: garder le rythme

La campagne pour l'interdiction des mines antipersonnel a culminé en décembre 1997 à Ottawa avec la signature de la Convention sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction (plus couramment désignée sous le nom de «traité d'Ottawa»), entrée en vigueur le 1 er mars 1999. La formidable mobilisation publique en faveur de la campagne, dans laquelle le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge prit une part déterminante - et le nombre considérable des Etats signataires (133 à ce jour) constituent un témoignage éloquent du «pouvoir de l'humanité».

Un premier pas essentiel a ainsi été franchi vers l'abolition totale de ces engins particulièrement ignobles, mais la route est encore longue. Il reste en particulier à convaincre tous les gouvernements qui ne l'ont pas encore fait de signer le traité. Ceux qui l'ont signé doivent quant à eux concrétiser leur engagement en adoptant les législations et mesures d'application appropriées, y compris pour ce qui concerne le déminage, la destruction des stocks, le soutien aux victimes et les campagnes de sensibilisation.

Le CICR et le Mouvement dans son ensemble peuvent jouer un rôle clé dans le processus de mise en oeuvre du traité, parallèlement à leurs activités traditionnelles d'assistance aux victimes. Peu avant la Conférence internationale, le Mouvement devrait soumettre à l'approbation du Conseil des Délégués une stratégie à long terme sur les mines antipersonnel.

Le Projet SIrUS: fixer les limites

Même dans les sphères militaires, certains moyens sont jugés abjects et inhumains. C'est le cas des armes conçues délibérément pour brûler, aveugler, empoisonner, provoquer des maladies infectieuses ou entraîner inéluctablement la mort des victimes. Au fil du temps, différentes mesures ont été prises en vue d'en interdire l'usage. Mais les progrès de la technologie débouchent sans cesse sur l'élaboration de nouveaux engins ignobles et le travail est à recommencer à chaque fois.

Le Projet SIrUS (acronyme de Superfluous Injury or Unnecessary Suffering) est issu d'un symposium organisé en 1996 dans le but d'établir des critères qui permettraient de déterminer quelles armes, de par leur conception, causent «des blessures superflues ou des souffrances inutiles». Il ne vise pas à empêcher la poursuite d'objectifs militaires légitimes, mais à renforcer les éléments du droit international spécifiquement axés sur la protection des soldats.

S'appuyant sur des informations émanant de services médicaux de forces armées et sur la base de données chirurgicales du CICR où sont documentés les cas de quelque 28 000 blessés de guerre, un groupe d'experts médicaux et juridiques et de spécialistes des armes s'est efforcé de définir des paramètres qui permettraient d'évaluer l'impact potentiel de nouveaux types d'armes.

Cette approche fondée strictement sur les conséquences sanitaires des armes a été très favorablement accueillie par une grande partie de la profession médicale. On espère que les participants à la Conférence résoudront d'en adopter le principe pour évaluer les armes existantes et celles qui seront développées dans l'avenir.

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