27ème Conférence de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

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Les catastrophes ignorent le droit

S'IL est possible de discipliner par des lois le comportement des belligérants, il n'en va pas de même des phénomènes naturels qui sont à l'origine de beaucoup de catastrophes. Le lieu, le moment et la manière dont celles-ci se produisent dépendent d'une quantité de facteurs qui, dans l'ensemble, échappent au contrôle humain. En revanche, il est en notre pouvoir de limiter et de réparer en grande partie les dommages et les souffrances qu'elles entraînent.

Hurican Mitch survivor, Nicaragua - picture: preparing for the inevitable in Dominican Republic

Au cours de la seule année 1998, inondations, ouragans, sécheresses, séismes, glissements de terrain et autres catastrophes naturelles ont ravagé 121 pays, faisant au total quelque 60 000 morts et 126 millions de sinistrés, sans parler des dommages économiques qui s'expriment en milliards de dollars*. Tout semble indiquer que ces chiffres vont continuer de croître inexorablement si rien n'est fait pour éliminer certains facteurs aggravants des désastres et mettre en place des mécanismes propres à en minimiser les effets.

Urbanisation à risque

La croissance rapide et incontrôlée des principales métropoles de la planète a multiplié le nombre des personnes vulnérables en cas de catastrophe. Les habitants des grands immeubles sont particulièrement exposés, comme l'a tragiquement démontré le séisme de 1988 en Arménie, où quelque 100 000 individus ont perdu la vie. Les pays développés ne sont pas à l'abri: en 1995, le séisme de Kobe, au Japon, a fait environ 6 000 morts.

L'infrastructure et le niveau de développement jouent néanmoins un rôle important. Ainsi, sur les côtes méridionale et orientale des Etats-Unis, les ouragans sont fréquents mais ils font relativement peu de victimes. En revanche, lorsque l'ouragan Mitch a balayé l'Amérique centrale, le Nicaragua et le Honduras, nettement moins bien équipés pour alerter et secourir la population, ont subi d'énormes pertes.

* source: Rapport sur les catastrophes dans le monde 1999, Fédération internationale


Les catastrophes ignorent le droit

Prévenir pour mieux aider

Le meilleur moyen de minimiser les effets des catastrophes naturelles consiste à prendre les devants. La préparation en prévision des catastrophes comporte l'identification des communautés les plus vulnérables et l'évaluation de leurs besoins, puis la formulation de plans définissant les rôles et responsabilités ainsi que les ressources humaines, matérielles et financières requises.

Hurican Mitch survivor, Nicaragua - picture: preparing for the inevitable in Dominican Republic

Les opérations de sauvetage, l'assistance médicale, la fourniture d'abris, de nourriture et d'eau potable doivent être assurées dans les heures ou, au pire, dans les jours qui suivent la catastrophe, ce qui suppose l'existence de solides capacités locales. Dans un deuxième temps, il faut pouvoir compter sur l'intervention de services gouvernementaux compétents, bien coordonnés et dotés de ressources adéquates. A cet égard, les Sociétés Nationales peuvent jouer un rôle crucial à la fois en contribuant à la préparation au plan local et en coopérant avec les services gouvernementaux dans le cadre des opérations de secours.

Dans les Caraïbes, une région très exposée à toutes sortes de cataclysmes, les Sociétés Nationales, soutenues par la Fédération, ont mis en commun leur expérience pour élaborer un plan de préparation régional fondé sur la participation de la communauté. Ce plan englobe des aspects tels que la logistique, le prépositionnement de stocks d'urgence, les communications et la formation des volontaires. En outre, la plupart des Sociétés Nationales ont plaidé activement pour que leurs gouvernements respectifs révisent et mettent à jour leurs propres plans d'intervention. Dans la plupart des cas, elles se sont vu attribuer un rôle spécifique dans ce domaine et de nombreux gouvernements ont reconnu l'importance de leur contribution en leur allouant des subventions annuelles. Grâce à cela, la réaction a été très efficace lorsque l'ouragan George a frappé les Caraïbes orientales en 1998: la plupart des habitants étaient préparés à faire face.

La fabrique humaine des crises

Les conflits et troubles internes, de même que les crises économiques, peuvent aggraver les catastrophes ou les provoquer. C'est ce qui s'est produit dans le cas des disettes répétées, fréquentes mais relativement peu meurtrières, qui ont affligé le sud du Soudan. En revanche, lorsque l'ouragan Mitch a balayé l'Amérique centrale, le Nicaragua et le Honduras, nettement moins bien équipés pour alerter et secourir la population, ont subi d'énormes pertes. Prévenir pour mieux aider est le meilleur moyen de minimiser les effets des catastrophes. En République démocratique populaire de Corée, le marasme économique et le recul de la production alimentaire, joints aux inondations et à la sécheresse, ont réduit à la famine des millions d'habitants. Ces deux derniers hivers, la Fédération a dû intervenir dans les républiques de l'ex-Union soviétique afin de contrebalancer les effets dévastateurs de la crise économique, qui a plongé des centaines de milliers d'individus dans une situation extrêmement précaire. En Indonésie, les récents troubles ont failli déstabiliser l'une des nations les plus peuplées du monde. Les problèmes socioéconomiques qui sont à la source de ce genre de crises sont très difficiles à régler, car ils relèvent du domaine de la politique. Dans de telles circonstances, le Mouvement doit se contenter de répondre aux besoins les plus urgents tout en recherchant avec les instances compétentes des solutions à long terme.