27ème Conférence de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

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Un formidable défi

A L'AUBE du XXI e siècle, l'avenir de l'humanité apparaît bien incertain. Si une moitié de la planète jouit des bienfaits du développement économique et des progrès de la science, de la technologie et des communications, l'autre moitié continue de lutter pour sa survie. Et ce déséquilibre ne sépare plus seulement les nations industrialisées des pays en développement ou le Nord du Sud, mais sévit à l'intérieur de chaque communauté humaine, produisant les conditions idéales pour le déferlement de la violence, de la criminalité et des conflits.

conference brochure cover

Les forces de l'homme et de la nature

L'espoir que la fin de la guerre froide ouvrirait une ère de paix s'est révélé illusoire. L'opposition idéologique entre l'Est et l'Ouest a cédé la place à une profusion d'autres affronte-ments alimentés par les sentiments nationalistes, religieux ou ethniques ou par la lutte pour le pouvoir et les ressources. L'absence totale de règles et de mesure qui caractérise nombre de ces nouveaux conflits évoque les périodes les plus sombres de notre histoire. Meurtres, viols, mutilations, déplacements forcés de femmes, d'hommes et d'enfants, pillage et destruction délibérée des maisons et des biens sont aujourd'hui monnaie courante. Pour la multitude de factions, groupes et individus qui n'envisagent d'autre moyen pour parvenir à leurs fins que le recours aux armes, les traditions locales et les valeurs universelles sans parler des règles humanitaires sont nulles et non avenues.

Dans le même temps, la vulnérabilité aux cataclysmes naturels ne cesse de s'accentuer. L'exploitation forcenée du sol a laissé de vastes étendues sans défense contre les inondations et les glissements de terrain, et les émissions de gaz à effet de serre rongent inéluctablement la couche d'ozone qui protège notre planète. Le réchauffement global, quoique progressant à un rythme presque imperceptible, se traduit déjà par des phénomènes climatiques extrêmes qui causent des ravages d'une ampleur sans précédent. Enfin, la pression démographique contraint des communautés humaines à s'établir dans des lieux très exposés aux catastrophes, cependant que l'exode rural entraîne des concentra-tions massives de personnes sur des espaces très réduits. Ces migrants vivent le plus souvent dans des conditions matérielles et sanitaires lamentables.

Recul des services de santé

Globalement parlant, la situation sanitaire n'est guère réjouissante. Pour des millions d'individus, elle n'a cessé de se dégrader au cours des deux dernières décennies, renvoyant aux calendes grecques l'objectif de l'Organisation mondiale de la santé (OMS): «La santé pour tous en l'an 2000.» Dans les pays en développement, pauvreté, urbanisa-tion galopante, carences alimentaires, manque d'eau potable et d'hygiène ont des effets désastreux sur le plan sanitaire et nutritionnel. Chaque année, une multitude de femmes meurent faute de soins adéquats durant la grossesse et l'accouchement et des millions d'enfants succombent à des maladies pour lesquelles il existe des mesures préventives et des traitements efficaces. Certes, l'espérance de vie a augmenté, la mortalité infantile a reculé, la variole a été éradiquée et la poliomyélite est en voie de disparition. Mais la grande majorité des habitants des pays en développement n'ont guère bénéficié des progrès de la médecine, qui reste pour eux un «luxe» hors de portée. Dans le même temps, des maladies qu'on pensait presque vaincues comme la tuberculose, la diphtérie, la méningite, le choléra, le paludisme et la fièvre jaune ont redoublé d'activité et de nouvelles maladies, plus meurtrières encore, ont fait leur apparition. La pandémie du sida, en particulier, continue de s'étendre dans de nombreusesrégions du monde. En Afrique subsaharienne, on estime qu'elle aura réduit de 20 ans l'espérance de vie moyenne d'ici 2020. De nombreux Etats, aux prises avec de gros problèmes économiques et sociaux ou minés par des années de conflit interne, ont de plus en plus de mal à fournir les services nécessaires au bien-être de leurs citoyens. Dans certains pays en développement, l'infrastructure est moribonde et les budgets de la santé et de la protection sociale sont en chute libre. Dans les nations industrialisées également, les services publics tendent à s'effriter, y compris dans le domaine de la santé où les privatisations se multiplient, pénalisant les individus les plus démunis.


Un formidable défi

Des sociétés malades

Invalides, handicapés mentaux, orphelins, immigrés clandestins, réfugiés et demandeurs d'asile, femmes battues, mères célibataires, personnes âgées la liste des personnes nécessitant une forme ou une autre de soutien est longue. Les vieillards isolés, par exemple, sont de plus en plus nombreux non seulement dans le monde occidental, mais aussi au sein de sociétés traditionnellement mieux soudées, notamment en Asie et au Moyen-Orient. L'augmentation de la durée de vie entraîne des besoins nouveaux qui, dans la conjoncture actuelle, restent souvent sans réponse. Mais ce sont peut-être les millions d'enfants abandonnés à leur sort dans les rues du monde entier qui constituent le symptôme le plus criant de la maladie de nos sociétés. Privés de tous les droits et privilèges de leur âge, considérés comme des êtres nuisibles, ils endurent quotidiennement les pires violences et subissent à une échelle dramatique les ravages de la toxicomanie et du sida.

Relever le défi

Pour la Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le tableau brossé ci-dessus représente un formidable défi. Certes, tout n'est pas noir. Les hommes sont capables des pires méfaits, mais aussi de la plus profonde compassion. L'action humanitaire constitue un contrepoids à l'inhumanité de l'homme pour l'homme et, à condition d'avoir la volonté de nous en servir, nous disposons de moyens pour résoudre, au moins en partie, les problèmes évoqués. Bénéficiant à la fois d'une structure internationale et de relais locaux par l'intermédiaire de ses Sociétés Nationales, le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est dans une position idéale pour mener le combat. En analysant et en contrôlant les facteurs qui favorisent les crises et catastrophes en tous genres, il peut contribuer à prévenir ces dernières et à en limiter les effets. Tel est également l'objectif de la Conférence.


Convertir les idées en action

LE Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui rassemble aujourd'hui quelque 105 millions de volontaires sous deux des emblèmes les plus connus au monde, est né de l'initiative d'un seul homme. Horrifié par la boucherie de la bataille de Solferino en 1859, Henry Dunant sut convertir son sentiment en action en appelant les Etats à adopter des mesures propres à prévenir et à atténuer les souffrances inutiles. Son geste d'humanité inspire toujours les multiples activités conduites par le Mouvement, de la plus humble à la plus ambitieuse.

Un rassemblement unique

Le Mouvement a toujours entretenu une relation spéciale avec les gouvernements. Bien qu'issu d'une initiative privée et fermement résolu à préserver son indépendance, il a dès l'origine sollicité le soutien des Etats dans ses efforts pour faire de l'idéal humanitaire une réalité enracinée dans le droit. De fait, le principe d'humanité est à la source du Droit International Humanitaire, dont les Conventions de Genève constituent les fondements.

La Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, organe délibérant suprême du Mouvement, offre l'illustration la plus tangible de ce partenariat privilégié. Elle se réunit en principe tous les quatre ans afin de débattre de l'évolution et de l'application du Droit International Humanitaire ainsi que des actions humanitaires conduites au plan national et international, rassemblant des représentants des différentes institutions de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et des Etats parties aux Conventions de Genève, sans compter de nombreux observateurs intéressés par ces questions.

Ce rassemblement unique est l'occasion pour des individus aux fonctions et aux responsabilités très variées de dialoguer et de poursuivre un objectif commun: élaborer des stratégies et des réponses adaptées aux défis et problèmes humanitaires du moment.

gift of seeds, gift of life... Un ordre du jour pour le millénaire

Ces défis et problèmes prennent un relief particulier à l'aube du nouveau millénaire. Notre monde a en effet beaucoup changé depuis l'époque d'Henry Dunant. Le mouvement qu'il a créé a connu un essor formidable, une kyrielle d'autres organisations petites et grandes sont venues s'insérer dans l'action humanitaire, la nature des conflits et autres crises a subi de profondes mutations. Les besoins et les demandes d'assistance ne cessent d'augmenter tandis que les organisations humanitaires interviennent souvent dans des environnements hostiles et dangereux.

Depuis la XXVI e Conférence internationale tenue à Genève en décembre 1995, on a enregistré des progrès notables dans plusieurs domaines. Suite à des résolutions adoptées à cette occasion, le CICR a mis en place des Services consultatifs chargés de conseiller les Etats dans la mise en oeuvre du droit humanitaire au plan national et la Fédération a renforcé sa coopération avec les Sociétés Nationales et leurs gouvernements. En 1997, le Conseil des Délégués, réuni à Séville, a approuvé un nouvel accord clarifiant les rôles et responsabilités respectifs des différentes composantes du Mouvement.

En décembre de la même année a été signé le traité d'Ottawa interdisant les mines antipersonnel. En juillet 1998, enfin, naissait à Rome la Cour pénale internationale tant attendue.

La XXVII e Conférence internationale aura pour mission à la fois de faire fructifier ces acquis et de trouver des solutions à certains des grands problèmes qui continuer de préoccuper la communauté humanitaire. Le début d'une période nouvelle étant toujours un moment propice à l'introspection, la Conférence devrait aussi permettre d'apporter des éléments de réponse à certaines questions essentielles pour le Mouvement. Comment va-t-il s'adapter aux mutations en cours? Comment assister au mieux la multitude sans cesse croissante des individus éprouvés par les crises? Quel rôle le Mouvement jouera-t-il dans les années à venir? Qu'attendent de lui ses partenaires et ses bénéficiaires? La Conférence internationale a prouvé par le passé sa capacité à convertir les idées en action. Espérons qu'il en sera de même cette fois encore.


Une conférence qui veut faire la différence

L'ANNÉE 1999 ne marque pas seulement la fin du millénaire, mais aussi le 50ème anniversaire des Conventions de Genève, qui revêtent une importance particulière pour le Mouvement.

The conference will be looking at what action can be taken to improve the protection of people caught up in conflict or natural disasters.

La XXVIIème Conférence internationale sera ainsi l'un des temps forts au cours de cette année de réflexion, de communication et d'action que, du 8 mai 1999 au 8 mai 2000, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge placent sous le thème «Le pouvoir de l'humanité.»

De la parole aux actes

Compte tenu de ces circonstances exceptionnelles, il a été décidé de simplifier le déroulement de la prochaine conférence afin de bénéficier d'un retentissement optimal et d'aboutir à des résultats plus focalisés qu'à l'accoutumée. La séance d'ouverture sera donc suivie d'une «commission plénière» dont la réunion s'étendra sur trois jours, chacun étant consacré à un thème particulier: la protection des victimes des conflits armés grâce à l'application du Droit international humanitaire; l'action humanitaire dans le cadre des conflits et autres catastrophes; l'amélioration du sort des personnes vulnérables. Sous ces grands titres seront traités de nombreux problèmes particuliers, à la lumière de leur lien avec le travail du Mouvement.

Deux documents seront soumis à l'approbation de la Conférence: un Plan d'action couvrant la période 2000-2003 qui énoncera les mesures requises pour atteindre certains objectifs prédéfinis et une Déclaration résumant les principales conclusions de la Conférence et réaffirmant l'engagement des participants vis-à-vis des priorités humanitaires. Ceux-ci seront par ailleurs invités à démontrer concrètement leur volonté de contribuer à la mise en oeuvre effective de telle ou telle mesure préconisée par le Plan d'action. Une Société Nationale pourra, par exemple, s'engager à lancer un nouveau programme de lutte contre le sida ou à recruter 2 000 nouveaux volontaires en l'an 2000. De même, un gouvernement pourra s'engager à réviser la législation de son pays relative à la protection de l'emblème. Tous ces engagements - y compris ceux qui pourront être pris par des observateurs, des entreprises, voire des particuliers - seront annoncés durant la Conférence et dûment enregistrés.

Dans un cadre moins formel, on débattra de divers sujets liés à la Conférence. Idéalement, ces discussions devraient englober des points essentiels sur lesquels le consensus pourrait s'avérer difficile à atteindre, comme la prolifération des armes, la situation des femmes dans les conflits armés ou l'impact du changement climatique sur les catastrophes.

Ouverture au public

Pour la première fois, le public pourra s'associer activement à la Conférence internationale. Le 31 octobre, la cérémonie d'ouverture officielle sera suivie d'une manifestation organisée à l'Arena, la plus grande salle de spectacle de Genève. Retransmise dans le monde entier par la télévision, elle rassemblera environ 4 000 spectateurs payants et quelque 2 000 délégués. La recette des billets sera intégralement affectée aux actions du Mouvement.

Ce spectacle célébrera «Le pouvoir de l'humanité», qui survit à tous les obstacles dans notre monde tourmenté. Il s'articulera autour des quatre éléments - l'eau, le feu, l'air et la terre - indispensables à toute vie, mais capables aussi de la détruire. Des artistes célèbres des cinq continents mettront leur talent au service de cette représentation.

Les représentants des médias seront conviés à la cérémonie de clôture durant laquelle on procédera à la lecture de la Déclaration, à la présentation des points clés du Plan d'action et à l'annonce des engagements souscrits pour contribuer à sa mise en oeuvre.

Les responsables de la Conférence espèrent que ces innovations contribueront à promouvoir un regain d'efforts pour améliorer concrètement la situation de tous ceux qui souffrent sur notre planète et à sensibiliser un public beaucoup plus large à des problèmes qui ne concernent pas seulement le Mouvement, mais l'ensemble de l'humanité.


Même la guerre a ses limites

LES Conventions de Genève fêtent cette année leur 50ème anniversaire. C'est assurément une date importante dans l'histoire du droit humanitaire, même si celui-ci plonge ses racines dans un passé beaucoup plus lointain. De fait, l'idée selon laquelle des codes d'honneur doivent s'appliquer sur les champs de bataille remonte à la nuit des temps et imprègne des cultures très diverses.

Quoi qu'il en soit, c'est en 1949 que les Etats, encore sous le choc des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, convinrent de réviser les traités existants pour y inclure des dispositions relatives à la protection des civils. Les quatre Conventions de Genève constituent aujourd'hui l'un des traités internationaux les plus largement ratifiés. En 1977, elles furent complétées par deux Protocoles additionnels visant à améliorer la protection des victimes des conflits armés tant internationaux que non internationaux.

Knowing how you can and can't behave in war is as integral a part of military training as learning how to handle a gun.

Traditionnellement, la promotion du droit humanitaire ou droit de la guerre  part du principe qu'il est possible de contrôler en tout temps les parties au conflit grâce à l'existence d'une chaîne de commandement bien établie. Etant donné que tel n'est plus le cas dans nombre de conflits actuels et que la situation s'est encore compliquée par la prolifération de combattants dont les motivations et les méthodes varient considérablement, deux questions urgentes se posent dans ce domaine. Comment imposer des contraintes juridiques ou morales dans des situations où la distinction fondamentale entre combattants et civils n'a plus cours? Comment réglementer le déroulement des hostilités dans des contextes où tout individu peut se procurer une arme le plus facilement du monde? La réponse n'est pas aisée. Instaurer de nouvelles règles ne résoudra rien. Le mieux consiste sans doute à s'efforcer d'adapter les règles existantes, de les faire appliquer et de les rendre acceptables aux yeux de tous ceux qui sont engagés dans des situations de conflit armé.

Faire connaître les limites

Les Etats sont légalement tenus de veiller à ce que leurs forces militaires, de sécurité et de police reçoivent à tous les échelons une formation au droit applicable aux situations de conflit armé. Le CICR, relayé par les Sociétés Nationales, est en mesure de leur fournir toute l'aide dont ils peuvent avoir besoin à cet égard. Bien entendu, cette formation doit également être dispensée à tous les autres acteurs clés des conflits contemporains, comme l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord), l'ECOMOG (Force ouest-africaine d'interposition) et les forces engagées dans des opérations de maintien de la paix ou d'appui aux opérations humanitaires, de même qu'aux consultants militaires, aux sociétés de sécurité privées, aux milices et autres groupes armés.

L'obligation de «respecter et faire respecter» le droit humanitaire ne concerne pas seulement les Etats et les soldats, mais aussi la société civile et l'ensemble de la communauté. Pour promouvoir la prise de conscience des limites de la guerre, une solution consiste à établir des ponts entre le droit et les coutumes locales. En Somalie, une étude des méthodes traditionnelles de résolution des litiges a permis de formuler des messages adaptés à la population. Au Liberia et en Colombie, on a mis l'accent sur les similitudes entre les règles du football et les règles applicables au combat.

Faire respecter les limites

Si la plupart des Etats ont adhéré aux principaux traités du droit humanitaire, les législations nationales correspondantes sont dans bien des cas insuffisantes, voire inexistantes. Depuis leur création en 1995, les Services consultatifs en droit humanitaire du CICR ont noué des contacts avec des représentants de plus de 100 pays et aidé à la mise en place d'une cinquantaine de Comités nationaux chargés de conseiller les gouvernements dans l'élaboration des législations requises. L'objectif à long terme consiste à faire en sorte que tous les Etats soient dotés de législations reflétant fidèlement les engagements souscrits au plan international.

La répression des crimes de guerre au plan national est une des priorités de ces efforts. Les tribunaux internationaux ad hoc pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda ont représenté des étapes décisives sur le chemin de l'abolition de l'impunité. La Conférence diplomatique tenue en juillet 1998 à Rome a permis de franchir un pas supplémentaire grâce à l'adoption d'une nouvelle convention établissant une Cour pénale internationale. Toutefois, cet organe n'a pas vocation à se substituer aux instances nationales. Tout Etat qui ne souhaiterait pas soumettre ses ressortissants à la juridiction d'un tribunal international devrait donc se doter d'une législation nationale adéquate pour les juger. En effet, l'assurance que les crimes ne resteront pas impunis joue un rôle dissuasif non négligeable et contribue à faciliter la réconciliation une fois le conflit terminé.


Toutes les victimes sont égales

LE principe de base du droit des conflits armés est que tous les individus qui ne prennent pas ou plus part aux hostilités doivent être protégés dans leur intégrité physique et leur dignité. Il s'applique aussi bien aux prisonniers de guerre qu'aux soldats blessés et aux civils. De même, toutes les victimes d'un conflit armé sans exclusion aucune ont droit à une assistance humanitaire neutre et impartiale. Partant de ce principe, les organismes d'assis-tance ne souhaitent pas privilégier une catégorie de bénéficiaires par rapport à d'autres. L'unique critère réside dans l'urgence et l'importance des besoins. Cela dit, la vulnérabilité et les besoins varient d'une catégorie de personnes à l'autre.

former hostage, Colombia

Seuls et sans soutien

Les personnes âgées sont souvent les plus négligées des victimes des conflits armés; pourtant, leur sort est particulièrement dramatique. Lorsque des communautés menacées prennent la fuite, il arrive que les vieillards soient dans l'incapacité de les suivre ou qu'ils se refusent à abandonner leur foyer. S'ils partent, ils s'exposent à mourir en route d'épuisement ou d'hypothermie. S'ils restent, ils se retrouvent plongés dans un environnement hostile, privés de toute protection familiale ou sociale et exposés aux vexations et violences de toutes sortes.

Des héroïnes méconnues

Depuis quelques années, les besoins particuliers des femmes sont davantage pris en considération. Viols et autres formes de violences sexuelles sont désormais reconnus sans ambiguïté comme des crimes qu'aucune circonstance ne saurait justifier, fût-ce la guerre. Hélas, la fréquence de ces actes demeure très élevée. Essentiellement présentées comme des victimes, les femmes assument pourtant une fonction vitale en temps que chefs de famille lorsque les hommes sont partis ou ont été tués au combat. Elles doivent alors pourvoir entièrement aux besoins de tous les membres du foyer une tâche d'autant moins aisée qu'il leur est souvent très difficile d'obtenir des crédits pour l'achat d'outils ou d'un lopin de terre. Les femmes apportent également une contribution déterminante dans le processus de restauration de la paix et sont à l'origine de nombreuses initiatives visant à surmonter les conséquences de la guerre. En résumé, l'importance du rôle joué par les femmes mériterait d'être encore plus largement reconnu et elles devraient prendre une part plus active dans les décisions influant sur leur sort et celui de leur famille.

Enfances perdues

Les conflits peuvent causer chez les enfants des dommages irréversibles, tant physiquement que mentalement. Il n'est pas rare qu'ils assistent au supplice ou au meurtre de leurs parents, au viol de leur mère, quand ils ne sont pas eux-mêmes victimes de violences sexuelles. Tous les jours, des enfants sont tués, blessés ou mutilés par des mines antipersonnel; tous les jours, des enfants sont séparés de leur famille. Parfois, on les contraint à prendre part aux hostilités. Dès lors, la force et les armes deviennent pour eux l'unique moyen de survie, y compris après le retour de la paix.

Dans la vie d'un enfant, chaque jour est vital pour son développement intellectuel et physique. A chaque fois que le cours normal de son éducation et de ses loisirs est rompu, son évolution s'en trouve irrémédiablement altérée. Les Etats doivent absolument faire tout leur possible afin de limiter de telles atteintes au développement de l'enfant, en commençant par s'abstenir de recruter des mineurs dans leurs forces armées, fussent-ils volontaires. Comme les nombreux autres groupes qui font campagne pour mettre un terme à l'existence d'enfants-soldats, le Mouvement réclame que l'âge minimum pour participer de quelque manière que ce soit aux hostilités soit porté de 15 à 18 ans.


Armes: le point de vue humanitaire

S 'AGISSANT des armes, deux questions revêtent une importance particulière du point de vue humanitaire. Premièrement, sont-elles «aveugles» - autrement dit, davantage susceptibles de faire des blessés et des morts parmi les civils? Deuxièmement, infligent-elles des souffrances superflues au regard de leur finalité militaire? Une réponse affirmative milite, dans le premier cas, pour leur limitation et, dans le second cas, pour leur interdiction. C'est sur la base de ces critères qu'une grande partie de la communauté internationale a résolu d'interdire les mines antipersonnel.

former fighter, Lebanon

Mines antipersonnel: garder le rythme

La campagne pour l'interdiction des mines antipersonnel a culminé en décembre 1997 à Ottawa avec la signature de la Convention sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction (plus couramment désignée sous le nom de «traité d'Ottawa»), entrée en vigueur le 1 er mars 1999. La formidable mobilisation publique en faveur de la campagne, dans laquelle le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge prit une part déterminante - et le nombre considérable des Etats signataires (133 à ce jour) constituent un témoignage éloquent du «pouvoir de l'humanité».

Un premier pas essentiel a ainsi été franchi vers l'abolition totale de ces engins particulièrement ignobles, mais la route est encore longue. Il reste en particulier à convaincre tous les gouvernements qui ne l'ont pas encore fait de signer le traité. Ceux qui l'ont signé doivent quant à eux concrétiser leur engagement en adoptant les législations et mesures d'application appropriées, y compris pour ce qui concerne le déminage, la destruction des stocks, le soutien aux victimes et les campagnes de sensibilisation.

Le CICR et le Mouvement dans son ensemble peuvent jouer un rôle clé dans le processus de mise en oeuvre du traité, parallèlement à leurs activités traditionnelles d'assistance aux victimes. Peu avant la Conférence internationale, le Mouvement devrait soumettre à l'approbation du Conseil des Délégués une stratégie à long terme sur les mines antipersonnel.

Le Projet SIrUS: fixer les limites

Même dans les sphères militaires, certains moyens sont jugés abjects et inhumains. C'est le cas des armes conçues délibérément pour brûler, aveugler, empoisonner, provoquer des maladies infectieuses ou entraîner inéluctablement la mort des victimes. Au fil du temps, différentes mesures ont été prises en vue d'en interdire l'usage. Mais les progrès de la technologie débouchent sans cesse sur l'élaboration de nouveaux engins ignobles et le travail est à recommencer à chaque fois.

Le Projet SIrUS (acronyme de Superfluous Injury or Unnecessary Suffering) est issu d'un symposium organisé en 1996 dans le but d'établir des critères qui permettraient de déterminer quelles armes, de par leur conception, causent «des blessures superflues ou des souffrances inutiles». Il ne vise pas à empêcher la poursuite d'objectifs militaires légitimes, mais à renforcer les éléments du droit international spécifiquement axés sur la protection des soldats.

S'appuyant sur des informations émanant de services médicaux de forces armées et sur la base de données chirurgicales du CICR où sont documentés les cas de quelque 28 000 blessés de guerre, un groupe d'experts médicaux et juridiques et de spécialistes des armes s'est efforcé de définir des paramètres qui permettraient d'évaluer l'impact potentiel de nouveaux types d'armes.

Cette approche fondée strictement sur les conséquences sanitaires des armes a été très favorablement accueillie par une grande partie de la profession médicale. On espère que les participants à la Conférence résoudront d'en adopter le principe pour évaluer les armes existantes et celles qui seront développées dans l'avenir.


Armes: le point de vue humanitaire

Armes de type militaire: halte à la prolifération

Dans la plupart des conflits des années 90, les armes individuelles légères ont fait plus de blessés et de morts que les missiles, tanks, avions et autres engins conventionnels des guerres modernes. Relativement peu coûteux et faciles à se procurer, fusils d'assaut, mitraillettes, mortiers et grenades équipent des groupes de plus en plus nombreux, milices et armées privées, mouvements d'opposition, organisations criminelles et contribuent ainsi à une recrudescence dramatique de la violence.

former fighter, Lebanon

Leur prolifération résulte en partie de la multiplication des fabricants, mais aussi de l'injection sur le marché d'énormes stocks dont les grandes puissances n'avaient plus l'usage après la fin de la guerre froide.

A la différence des engins lourds, les armes légères sont extrêmement robustes et ne réclament qu'un minimum d'entretien et d'appui logistique. Faciles à manipuler, elles ne nécessitent aucune formation poussée et peuvent aisément être portées par un seul homme et même, dans la plupart des cas, par un enfant. Souvent, on peut se les procurer à un prix nettement inférieur au coût de revient - dans certains pays, en échange d'un simple sac de maïs.

Une étude demandée au CICR par la XXVIème Conférence internationale a mis en lumière le sort tragique des populations civiles dans les récents conflits. Dans de nombreux conflits internes, les victimes civiles sont plus nombreuses que les victimes militaires. Lorsque les organismes d'assistance sont contraints de quitter un pays parce que la sécurité de leur personnel n'est plus garantie, les exactions en tous genres redoublent envers les civils. Même après la fin d'un conflit, ces derniers ne sont pas à l'abri des souffrances, le processus de rétablissement de l'ordre et de réconciliation étant souvent entravé par le fait que les combattants n'ont pas déposé les armes. Dans un cas évoqué par l'étude du CICR, le nombre des personnes blessées ou tuées n'avait diminué que de 33 pour 100 au cours des dix-huit mois qui avaient suivi la fin des hostilités.

S'il appartient évidemment aux utilisateurs des armes de respecter les règles du droit humanitaire, les Etats et entreprises producteurs et exportateurs ne sont pas pour autant exonérés de toute responsabilité vis-à-vis de la communauté internationale. Certaines mesures peuvent être mises en oeuvre afin de limiter la circulation des armes et d'éviter qu'elles ne tombent en n'importe quelles mains, notamment en assurant leur récupération et leur destruction à l'issue d'un conflit.

Les Etats représentés à la Conférence seront encouragés à prendre en compte les exigences du droit international dans leurs politiques relatives au transfert des armes. Quant au Mouvement, il sera invité à sensibiliser l'opinion publique à la terrible menace que représente pour l'humanité la prolifération des armes et des munitions.


Les catastrophes ignorent le droit

S'IL est possible de discipliner par des lois le comportement des belligérants, il n'en va pas de même des phénomènes naturels qui sont à l'origine de beaucoup de catastrophes. Le lieu, le moment et la manière dont celles-ci se produisent dépendent d'une quantité de facteurs qui, dans l'ensemble, échappent au contrôle humain. En revanche, il est en notre pouvoir de limiter et de réparer en grande partie les dommages et les souffrances qu'elles entraînent.

Hurican Mitch survivor, Nicaragua - picture: preparing for the inevitable in Dominican Republic

Au cours de la seule année 1998, inondations, ouragans, sécheresses, séismes, glissements de terrain et autres catastrophes naturelles ont ravagé 121 pays, faisant au total quelque 60 000 morts et 126 millions de sinistrés, sans parler des dommages économiques qui s'expriment en milliards de dollars*. Tout semble indiquer que ces chiffres vont continuer de croître inexorablement si rien n'est fait pour éliminer certains facteurs aggravants des désastres et mettre en place des mécanismes propres à en minimiser les effets.

Urbanisation à risque

La croissance rapide et incontrôlée des principales métropoles de la planète a multiplié le nombre des personnes vulnérables en cas de catastrophe. Les habitants des grands immeubles sont particulièrement exposés, comme l'a tragiquement démontré le séisme de 1988 en Arménie, où quelque 100 000 individus ont perdu la vie. Les pays développés ne sont pas à l'abri: en 1995, le séisme de Kobe, au Japon, a fait environ 6 000 morts.

L'infrastructure et le niveau de développement jouent néanmoins un rôle important. Ainsi, sur les côtes méridionale et orientale des Etats-Unis, les ouragans sont fréquents mais ils font relativement peu de victimes. En revanche, lorsque l'ouragan Mitch a balayé l'Amérique centrale, le Nicaragua et le Honduras, nettement moins bien équipés pour alerter et secourir la population, ont subi d'énormes pertes.

* source: Rapport sur les catastrophes dans le monde 1999, Fédération internationale


Les catastrophes ignorent le droit

Prévenir pour mieux aider

Le meilleur moyen de minimiser les effets des catastrophes naturelles consiste à prendre les devants. La préparation en prévision des catastrophes comporte l'identification des communautés les plus vulnérables et l'évaluation de leurs besoins, puis la formulation de plans définissant les rôles et responsabilités ainsi que les ressources humaines, matérielles et financières requises.

Hurican Mitch survivor, Nicaragua - picture: preparing for the inevitable in Dominican Republic

Les opérations de sauvetage, l'assistance médicale, la fourniture d'abris, de nourriture et d'eau potable doivent être assurées dans les heures ou, au pire, dans les jours qui suivent la catastrophe, ce qui suppose l'existence de solides capacités locales. Dans un deuxième temps, il faut pouvoir compter sur l'intervention de services gouvernementaux compétents, bien coordonnés et dotés de ressources adéquates. A cet égard, les Sociétés Nationales peuvent jouer un rôle crucial à la fois en contribuant à la préparation au plan local et en coopérant avec les services gouvernementaux dans le cadre des opérations de secours.

Dans les Caraïbes, une région très exposée à toutes sortes de cataclysmes, les Sociétés Nationales, soutenues par la Fédération, ont mis en commun leur expérience pour élaborer un plan de préparation régional fondé sur la participation de la communauté. Ce plan englobe des aspects tels que la logistique, le prépositionnement de stocks d'urgence, les communications et la formation des volontaires. En outre, la plupart des Sociétés Nationales ont plaidé activement pour que leurs gouvernements respectifs révisent et mettent à jour leurs propres plans d'intervention. Dans la plupart des cas, elles se sont vu attribuer un rôle spécifique dans ce domaine et de nombreux gouvernements ont reconnu l'importance de leur contribution en leur allouant des subventions annuelles. Grâce à cela, la réaction a été très efficace lorsque l'ouragan George a frappé les Caraïbes orientales en 1998: la plupart des habitants étaient préparés à faire face.

La fabrique humaine des crises

Les conflits et troubles internes, de même que les crises économiques, peuvent aggraver les catastrophes ou les provoquer. C'est ce qui s'est produit dans le cas des disettes répétées, fréquentes mais relativement peu meurtrières, qui ont affligé le sud du Soudan. En revanche, lorsque l'ouragan Mitch a balayé l'Amérique centrale, le Nicaragua et le Honduras, nettement moins bien équipés pour alerter et secourir la population, ont subi d'énormes pertes. Prévenir pour mieux aider est le meilleur moyen de minimiser les effets des catastrophes. En République démocratique populaire de Corée, le marasme économique et le recul de la production alimentaire, joints aux inondations et à la sécheresse, ont réduit à la famine des millions d'habitants. Ces deux derniers hivers, la Fédération a dû intervenir dans les républiques de l'ex-Union soviétique afin de contrebalancer les effets dévastateurs de la crise économique, qui a plongé des centaines de milliers d'individus dans une situation extrêmement précaire. En Indonésie, les récents troubles ont failli déstabiliser l'une des nations les plus peuplées du monde. Les problèmes socioéconomiques qui sont à la source de ce genre de crises sont très difficiles à régler, car ils relèvent du domaine de la politique. Dans de telles circonstances, le Mouvement doit se contenter de répondre aux besoins les plus urgents tout en recherchant avec les instances compétentes des solutions à long terme.


Affiner les interventions

ETANT donné la complexité des crises actuelles, aucune organisation n'est en mesure de répondre à tous les besoins. Dès lors, la multiplication des organisations des droits de l'homme et des agences humanitaires doit être regardée comme une évolution positive. Mais elle comporte aussi un sérieux risque de confusion, de mésententes et de gaspillage des ressources. Exposées en permanence au regard inquisiteur des médias, les agences humanitaires sont dans l'obligation de «faire leurs preuves». Cette énorme pression peut les pousser à des actions intempestives, voire néfastes.

The Sphere Project: standards have now been established by which the quality of humanitarian aid can be measured.

Des normes plus rigoureuses

Certaines urgences complexes, comme la crise des réfugiés rwandais en 1994, ont révélé de façon dramatique les lacunes des interventions humanitaires en matière d'organisation et de coordination. Afin d'éviter que de telles situations ne se répètent et de garantir une qualité constante dans les interventions, un groupe d'organisations a lancé le projet Sphere. L'idée consiste à définir des normes universelles de manière à minimiser les effets pernicieux de l'assistance, à accroître le professionnalisme des interventions et à renforcer la responsabilité des organisations humanitaires vis-à-vis tant des bailleurs de fonds que des bénéficiaires.

Une consultation d'une ampleur sans précédent, à laquelle ont participé plus de 700 personnes représentant 228 organisations dont le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, a débouché sur la publication en décembre 1998 d'un document intitulé "Charte humanitaire et normes minimales à respecter lors des interventions en cas de catastrophe". La première partie énonce, sous la forme d'une charte, les droits fondamentaux de tous les individus qui peuvent légitimement prétendre à une assistance humanitaire en cas de catastrophe. La deuxième partie définit les normes de base à respecter pour préserver la dignité des bénéficiaires. Ces normes, ainsi que les critères techniques destinés à en vérifier la bonne exécution, recouvrent cinq aspects des programmes d'assistance: approvisionnement en eau et assainissement, nutrition, abris et aménagement des camps, aide alimentaire et services de santé.

Le projet Sphere offre aussi aux agences un cadre de référence pour définir leur champ d'intervention et impute clairement aux instances politiques la responsabilité de la prévention et de l'atténuation des effets des conflits et autres crises.

Action complémentaire

Lorsqu'une crise survient, les différentes agences concernées consacrent désormais davantage de temps et d'attention à la consultation et à la coordination ainsi qu'à la formation, aux méthodes de travail et aux compétences respectives.

Le Mouvement a fait de gros efforts pour mettre de l'ordre dans ses propres affaires. L'Accord de Séville, approuvé par le Conseil des Délégués en 1997, a établi un cadre de coopération qui précise les tâches et responsabilités respectives du CICR, de la Fédération et des Sociétés Nationales dans les différents types de crises, de façon à garantir une réponse plus complète et plus efficace aux besoins.

Depuis son adoption, le Mouvement a eu plusieurs occasions de le mettre en pratique. En Afghanistan, le CICR, la Fédération et le Croissant-Rouge afghan ont étroitement collaboré pour assister les victimes de deux séismes consécutifs qui ont frappé une région écartée, que le conflit en cours rendait encore plus difficile d'accès. Et, dans la récente crise des Balkans, le lancement d'un appel conjoint a permis une meilleure coordination des opérations conduites par la Fédération et le CICR et une action plus efficace des Sociétés Nationales des pays affectés.


La santé: en crise dans le monde entier

L 'ACCROISSEMENT de la mobilité, les difficultés économiques, l'urbanisation accélérée et la dégradation de l'environnement sont autant de facteurs qui ont contribué au regain d'activité de certaines maladies comme la tuberculose, le paludisme ou la diphtérie.

Dans le même temps, de nouvelles maladies, comme la fièvre hémorragique ebola, se répandent à un rythme alarmant, sans parler du sida qui restera vraisem-blablement l'un des tous grands problèmes de santé publique de la prochaine décennie. La multiplication et l'aggravation des cas, s'ajoutant aux difficultés économiques, font que les services de santé ont de plus en plus de peine à répondre aux besoins même les plus élémentaires des patients. Le cocktail thérapeutique pour le traitement du VIH coûte 15 000 à 20 000 dollars par personne et par an, alors que le budget annuel de la santé oscille dans de nombreux pays entre 10 et 20 dollars par individu. Et la simple prophylaxie à l'AZT pour réduire les risques de transmission du virus au nouveau-né pendant l'accouchement se chiffre à 50 dollars par femme, un montant qui excède encore largement les ressources de la plupart des pays en développement, notamment en Afrique.

Un grand nombre des problèmes de santé actuels sont liés aux carences en matière d'approvisionnement en eau et d'assainissement. Partout dans le monde, on observe une diminution de la qualité et de la quantité de l'eau disponible, alors que la vie même dépend intimement de cet irremplaçable liquide. Préoccupée par cette évolution, la Fédération a entrepris de renforcer son attention et ses ressources dans ce domaine.

En 1995-1996, lors de l'épidémie de diphtérie qui a frappé l'Ukraine, la Biélorussie et les Etats baltes, la Fédération et les Sociétés Nationales concernées ont uni leurs forces avec l'Unicef et l'OMS dans le cadre d'une campagne d'immunisation qui a touché quelque 23 millions d'habitants. D'autres programmes similaires mis sur pied lors d'épidémies d'ebola, de méningite et de rougeole ont confirmé que les Sociétés Nationales peuvent jouer un rôle crucial dans de telles circonstances et rendre ainsi d'inappréciables services à leurs gouvernements.

Changer les comportements

Enrayer les épidémies est évidemment une bonne chose, mais mieux vaut encore, comme le dit le vieil adage, prévenir que guérir. Et c'est avant tout par le biais de l'éducation qu'on pourra amener les changements de comportement nécessaires pour éviter la maladie et sa propagation. Consommer de l'eau pure, aménager des latrines, tenir la nourriture à l'abri des insectes, se protéger au moyen de moustiquaires, modérer la consommation d'alcool, manger sainement - voilà autant de mesures propres à améliorer la santé.

L'une des principales forces du Mouvement réside dans son formidable réseau de volontaires. Grâce à leur implantation au sein de la communauté, les Sociétés Nationales peuvent jouer un rôle déterminant dans l'évolution des comportements.

De nombreux pays touchés par la pandémie de sida n'ont pas les moyens d'assurer les traitements requis ni de financer des séjours prolongés à l'hôpital. Les personnes séropositives ou malades sont ainsi laissées aux soins des familles, généralement mal préparées pour une telle tâche. Dans de telles circonstances, les employés et volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge remplissent un rôle crucial en réconfortant à domicile les malades au stade terminal et en expliquant à leur entourage comment répondre au mieux à leurs besoins. Toutefois, la meilleure façon de juguler ce fléau est encore de promouvoir grâce à l'éducation un mode de vie qui limite les risques de contamination.

La tuberculose est elle aussi favorisée par certains types de comportements, ainsi que par la pauvreté et la médiocrité des conditions d'existence et de l'alimentation. Parallèlement aux soins curatifs, les Sociétés Nationales peuvent là encore contribuer à minimiser les risques par des conseils d'hygiène et une aide alimentaire. Elles doivent en outre veiller à ce que les traitements soient suivis jusqu'au terme prescrit, car leur interruption favorise l'apparition de souches résistantes aux médicaments.

Il importe également d'encourager la population à se conformer aux instructions et recommandations des services de santé, notamment en ce qui concerne les programmes d'immunisation. Les volontaires du Mouvement sont généralement formés pour faire passer le message et à aider si nécessaire le personnel médical lors des vaccinations publiques.

Une bonne hygiène et une eau pure permettent en général d'éviter le choléra et les autres maladies diarrhéiques. Là aussi, les Sociétés Nationales peuvent jouer un rôle vital en contribuant à l'amélioration des conditions d'hygiène et en enseignant à la communauté le mode d'administration des sels de réhydratation orale.


La santé: en crise le monde

Des solutions simples

La plupart des problèmes de santé qui touchent les communautés défavorisées peuvent être résolus avec un investissement minime et du personnel correctement instruit. C'est le fondement même des soins de santé primaires, une stratégie essentielle qui, en formant tous les membres de la communauté à faire face à leurs problèmes les plus courants, dispense de nombreux patients d'un recours inutile - et souvent très difficile - aux établissements médicaux. Ce concept avait été adopté avec enthousiasme dans les années 70, y compris au sein du Mouvement, avec l'approche corollaire de la «participation de la communauté», qui visait à encourager les intéressés à identifier leurs principaux problèmes de santé et à élaborer des réponses appropriées.

Cependant, l'investissement dans les soins de santé primaires ne produisant pas des résultats instantanés, on préfère souvent investir dans le secteur économique. Ce choix, est-il besoin de le dire, est à courte vue. En effet, tout problème de santé comporte un coût économique à la fois direct (soins médicaux) et indirect (perte de productivité). Ainsi, la malnutrition entrave non seulement la croissance physique, mais aussi le développement mental, ce qui se traduit par un déficit de matière grise pour alimenter le développement économique futur.

La santé en matière de reproduction est un autre domaine réclamant une attention accrue. Les programmes mis en oeuvre ces dernières années ont été centrés sur des aspects tels que les besoins des femmes victimes de viols, la maternité sans risques, la prévention du sida et le planning familial.

Les soins de santé primaires et la fourniture de services de santé de base ne représentent pas uniquement un devoir humanitaire. Ils constituent également une contribution au bien-être des individus et, par conséquent, au développement du pays concerné.

Priorité aux premiers secours

Les premiers secours visent à préparer les membres de la communauté en prévision de situations d'urgence. En cas d'accident ou de catastrophe, la période qui précède l'arrivée des secours extérieurs est critique. C'est pourquoi, en complément des mécanismes et services d'intervention centralisés, il importe de promouvoir à l'échelon local les capacités et compétences nécessaires pour faire face aux besoins les plus pressants.

La formation aux premiers secours a pour but de permettre à n'importe quel individu d'aider efficacement son entourage grâce aux techniques de base requises pour réagir aux circonstances courantes qui mettent la vie en danger. Elle peut aussi constituer un précieux outil d'éducation à la santé et de prévention, sa simplicité et sa flexibilité la rendant accessible à pratiquement tout le monde, y compris les enfants. Dans les régions bien desservies par des services d'ambulance, par exemple, elle devra inclure l'enseignement de la réanimation cardiorespiratoire, car cette intervention permet de gagner de précieuses minutes qui peuvent sauver la vie d'une personne. Dans les régions où la diarrhée entraîne fréquemment la mort d'enfants, on mettra l'accent sur les gestes susceptibles d'éviter de telles tragédies, à savoir, le fait de bouillir systématiquement l'eau de boisson et l'administration de sels de réhydratation orale. En cas d'accident, les premiers secours contribuent à sauver des vies et à réduire le risque d'infirmités.

Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est implanté dans le monde entier et jouit d'une très longue expérience du secourisme. De ce fait, il est tout désigné pour jouer un rôle de premier plan dans ce do-maine. Les premiers secours devraient être enseignés dans les écoles et sur les lieux de travail, tout comme ils devraient constituer une condition à l'obtention d'un permis de conduire.

Le secourisme est une manifestation d'altruisme et de compassion active pour son prochain - un simple geste d'humanité qui peut sauver des vies.


Une place à prendre

DANS le monde entier, les gouvernements remettent de plus en plus en question leurs responsabilités vis-à-vis de la collectivité en matière de santé et d'action sociale. Pour des organisations comme les Sociétés Nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, cela représente de nouveaux défis et perspectives. Fortes d'une longue tradition d'assistance au bénéfice des plus vulnérables, les Sociétés Nationales pourraient en effet contribuer à combler le vide laissé par le désengagement croissant des pouvoirs publics en mettant à profit les moyens à leur disposition ou en s'efforçant de mobiliser de nouvelles ressources.

Red Cross volunteer, Kenya

Pour qu'une Société Nationale soit reconnue par le CICR et admise au sein de la Fédération, elle doit impérativement être officiellement reconnue par son gouvernement comme «société de secours volontaire, auxiliaire des pouvoirs publics dans le domaine humanitaire». Le terme «auxiliaire», toutefois, a évidemment évolué avec le temps.

A l'origine, cette notion se rattachait aux services médicaux des forces armées. De nos jours, son impor-tance et son champ d'application varient sensiblement d'un pays à l'autre. Certaines Sociétés Nationales sont également les auxiliaires de leur gouvernement au niveau de la fourniture de soins de santé et de services sociaux, notamment dans les domaines des services d'ambulances et de la transfusion sanguine. Dans certains cas, elles assument à cet égard des responsabilités très larges, avec le soutien financier de l'Etat; dans d'autres cas, l'accent est davantage mis sur la participation de volontaires formés aux premiers secours et à la santé communautaire.

in Bangladesh, a Red Crescent  worker serves a hot meal to flood victims

En temps de crise, ces activités traditionnelles deviennent particulièrement vitales. A la suite des attentats contre des ambassades au Kenya et en Tanzanie, par exemple, des volontaires de la Croix-Rouge ont travaillé jour et nuit pour secourir les victimes. Une fois la phase d'urgence passée, ils ont aidé les familles endeuillées et privées de ressources ainsi que les personnes traumatisées par le choc. Comme c'est de plus en plus souvent le cas, les volontaires, confrontés à des situations dramatiques, ont eu eux aussi besoin d'un soutien psychologique - un aspect des opérations d'assistance que le Mouvement prend désormais très au sérieux.

Le rôle des Sociétés Nationales ne se limite pas à fournir des services à la communauté. Nombre d'entre elles conseillent aussi leur gouvernement sur les politiques relatives à des groupes vulnérables comme les réfugiés et les personnes infectées par le VIH ou malades du sida. A bien des égards, les Sociétés Nationales pourraient tirer un meilleur parti de leur position privilégiée auprès des gouvernements. De leur côté, certains gouvernements devraient reconnaître plus pleinement le potentiel des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge comme partenaires. Il est temps de procéder à un examen approfondi des pratiques existantes, des législations relatives aux Sociétés Nationales et du statut officiel de ces dernières afin de renforcer leur collaboration avec les pouvoirs publics, pour le plus grand bénéfice des habitants les plus vulnérables de notre planète.


Des valeurs partagées

TOUTE action menée par le Mouvement est profondément enracinée dans ses sept Principes fondamentaux: Humanité, Impartialité, Neutralité, Indépendance, Volontariat, Unité et Universalité. Certains de ces principes, comme l'unité et l'universalité, sont spécifiques à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge; d'autres, comme l'impartialité, sont partagés par de nombreuses autres institutions engagées dans l'action humanitaire. Et il en est un qui, à la fois, constitue le fondement même du Mouvement, inspire toute action humanitaire et unit entre eux tous les êtres humains: le principe d'humanité.

L'humanité ne consiste pas nécessairement à accomplir des actions héroïques, ni même de «bonnes actions». Elle consiste essentiellement à respecter ses semblables, par exemple tout simplement en reconnaissant le droit à la différence. Ce n'est pas un hasard si le même mot désigne à la fois le genre humain et un état d'esprit. Les valeurs humaines sont en effet partagées par tous, comme en atteste l'universalité du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui rassemble en son sein quelque 105 millions d'individus de toutes races et de toutes cultures.

Donner l'exemple

Le Mouvement s'emploie activement à promouvoir ces principes humanitaires par le biais d'un vaste réseau de diffusion. Il se réfère en permanence aux nombreux accords internationaux qui ont pour vocation de protéger l'intégrité physique et la dignité de l'individu. Mais peut-on se contenter de citer les règles et réglementations existantes? Ne faut-il pas également s'efforcer d'influer sur la conscience et le comportement des gens et de favoriser un climat de tolérance, valeurs partagées de compréhension mutuelle et de paix? Il existe différentes façons pour le Mouvement de contribuer à promouvoir une véritable culture de l'humanité et de la non-violence. En premier lieu, nous devons donner l'exemple en affichant clairement notre identité et les valeurs que nous défendons. De même, il importe que nos partenaires comprennent et respectent notre identité et le mode de fonctionnement qui en découle.

Les Etats doivent respecter l'indépendance de leurs Sociétés Nationales, lesquelles doivent être ouvertes à tous et demeurer neutres en cas de conflit. Ce sont là des conditions indispensables si nous voulons pouvoir agir efficacement pendant et après les crises. Les Sociétés Nationales peuvent apporter une contribution essentielle au relèvement des communautés meurtries, ce qui ne se réduit pas à reconstruire des maisons, mais comporte aussi de rebâtir des ponts entre les gens. Des communautés «ennemies» peuvent être rapprochées par le biais de projets humanitaires tels que les programmes de réunion de familles et d'échange de nouvelles, les campagnes d'information sur le danger des mines ou les camps pour enfants défavorisés. Le moyen le plus sûr de favoriser la tolérance et l'harmonie au sein de la société consiste à s'adresser en premier lieu aux jeunes, par nature généreux et enthousiastes. On observe actuellement un recul marqué de l'engagement au sein de tous les organismes et institutions "officiels", y compris la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge. Il est intéressant de noter à cet égard que ce recul est plus net dans les nations industrialisées que dans les pays en développement. Une meilleure compréhension des facteurs qui les poussent à s'engager et des motivations qui les animent pourrait contribuer à renverser la tendance. Il importe également d'élaborer un langage et une approche adaptés aux jeunes. Enfin, ceux-ci devraient être reconnus comme des membres à part entière de leur Société Nationale et être étroitement associés aux prises de décisions. Leur contribution et leur adhésion à l'idéal humanitaire sont vitales pour l'avenir du Mouvement.