27ème Conférence
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

LA PROLIFERATION DES ARMES LEGERES

-- Un défi humanitaire

Organisateurs : Croix-Rouge norvégienne, gouvernement norvégien, Croix-Rouge malienne et gouvernement malien

Participants : environ 200 Thorvald Stoltenberg, président de la Croix-Rouge de Norvège et l'un des deux coprésidents de l'atelier, a ouvert la séance en déclarant que la plupart des efforts visant actuellement à maîtriser la prolifération des armes portatives portent surtout sur le commerce illicite de ces armes, sans insister suffisamment sur leur commerce licite. L'autre coprésident, Adama Diarra, président de la Croix-Rouge malienne, a relevé que l'action humanitaire ne consistait pas seulement à nourrir les affamés, mais aussi à mettre fin à toutes les causes de la souffrance. L'une d'elles étant la prolifération des armes portatives, elle constitue donc un sujet de préoccupation pour la Conférence réunie à Genève. Peter Herby, coordonnateur de l'Unité mines/armes au CICR, a présenté l'étude du CICR sur La disponibilité des armes et la situation des civils dans les conflits armés. Il a rappelé que les fondements du droit international humanitaire (DIH) et de l'assistance humanitaire reposent sur l'hypothèse que les armes meurtrières ne peuvent être utilisées que par ceux qui connaissent les règles du jeu, à savoir les règles de la guerre. Les récents conflits ont néanmoins révélé que ce n'était plus le cas actuellement. Au cours des dix, voire quinze dernières années, le CICR a été le témoin d'une augmentation vertigineuse des attaques armées menées à l'encontre du personnel humanitaire sur le terrain, et le nombre des victimes civiles dépasse souvent celui des combattants tués. Une des principales conclusions de l'étude du CICR est que la disponibilité incontrôlée des armes portatives et des munitions sape leDIH. La vaste disponibilité des armes menace également l'assistance aux victimes de la guerre. Aux termes des Conventions de Genève, les États sont tenus de respecter et de « faire respecter » le DIH. Compte tenu de cette disposition et du coût particulièrement élevé en vies humaines de la disponibilité des armes, les États doivent limiter la disponibilité des armes portatives et des munitions. Le responsable adjoint de la sécurité attaché au président malien, le colonel Sirakoro Sangare, a présenté le moratoire sur la production, l'importation et l'exportation d'armes portatives et d'armes légères en Afrique de l'Ouest. M. Sangare a souligné que l'importation d'armes portatives, qu'elle soit licite ou illicite, n'est qu'un des aspects du problème des armes portatives en Afrique. Il convient de suivre également la remise en circulation d'armes déjà disponibles, ainsi que de celles qui sont produites et vendues en Afrique. Au Mali, le gouvernement a créé un comité national qui a mené des campagnes de sensibilisation sur les problèmes engendrés par la vaste disponibilité des armes portatives. Le Comité a constaté que les gens sont prêts à rendre leurs armes à deux conditions : 1) que la sécurité locale soit renforcée; 2) que la valeur des armes leur soit restituée. Pour l'heure, le Mali n'est pas en mesure de satisfaire la première condition, et les pays donateurs hésitent à fournir des fonds destinés à garantir la sécurité. Dans ces circonstances, le Mali demande instamment à la communauté internationale de prendre conscience du fait qu'un des moyens de consolider la démocratie consiste à renforcer la sécurité locale. S'agissant de la seconde condition, il refuse de racheter les armes, car cela transformerait rapidement le pays en un vaste marché d'armes. En revanche, il propose de les échanger contre des projets locaux de développement. Mais là encore, un financement est nécessaire et le Mali fait appel au soutien de la communauté internationale. Le sous-secrétaire d'État du gouvernement norvégien, Wegger Cristian Strommen, asouligné que chacun doit assumer ses responsabilités au cours du débat sur le problème des armes portatives. La plupart des conflits modernes se déroulent dans les pays en développement, mais les armes portatives sont pour la plupart fabriquées dans les pays développés. M. Strommen a invité les gouvernements des pays producteurs d'armes à rendre le transfert des armes portatives plus transparent et à intensifier la lutte contre le transfert illicite de ces armes. Par ailleurs, les gouvernements doivent s'attaquer aux enjeux économiques de la guerre. Enfin, ils doivent examiner le problème causé par les quelque 500millions d'armes portatives déjà en circulation dans le monde, et les nations prêtes à détruire leurs surplus d'armes doivent pouvoir bénéficier d'un appui. Jan Egeland, de la Croix-Rouge de Norvège, a insisté sur le fait qu'il n'était pas possible de rencontrer dans la lutte contre la prolifération des armes portatives le même succès que celui remporté par la campagne contre les mines terrestres. En effet, les problèmes que posent ces armes sont beaucoup plus complexes et même plus importants. Premièrement, nous devons recueillir des informations et faire connaître, le plus largement possible, les conséquences humanitaires de la prolifération généralisée des armes portatives. Deuxièmement, nous devons encourager les gouvernements et les organisations internationales à promouvoir des politiques responsables concernant la fourniture et l'utilisation d'armes portatives, conformément aux recommandations du CICR. Troisièmement, nous devons prendre conscience que le commerce licite d'armes portatives doit être au nombre de nos préoccupations, car à plus ou moins longue échéance, il contribuera à menacer la paix et à encourager les violations des droits de l'homme et du DIH. Alors qu'il existe une réglementation précise concernant le commerce des armes lourdes et du matériel nucléaire et que les armes chimiques et biologiques sont interdites, la réglementation relative aux armes portatives est quasi inexistante. Quatrièmement, nous devons assurer une plus grande transparence dans le commerce des armes portatives. Cinquièmement, il convient d'examiner attentivement le rôle des intermédiaires de la vente et du transport d'armes. Enfin, les gouvernements, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les ONG et les organisations internationales doivent collaborer. Lors du débat général qui a suivi ces exposés, un des participants a exprimé le vœu que la Norvège et la Croix-Rouge de Norvège soient prêtes à appuyer l'adoption, en Afrique centrale, d'un moratoire semblable à celui qui existe actuellement pour l'Afrique de l'Ouest. Un autre participant a demandé comment les États pouvaient appliquer, sans radicaliser la question, la résolution adoptée par le Conseil des Délégués qui demande aux États de mettre fin au transfert d'armes aux parties qui commettent ou tolèrent des violations graves des droits de l'homme ou du DIH. Plusieurs intervenants ont souligné que les efforts déployés au niveau local, national, régional et international étaient essentiels et complémentaires. Il convient de faire pression tant sur les utilisateurs que sur les fournisseurs. Un participant a souligné que dans les zones de conflit, les hôpitaux sont les mieux placés pour donner des informations sur les conséquences pour la santé de la prolifération des armes portatives. Le personnel de santé doit donc commencer à recueillir de manière plus systématique des données sur les blessures par arme et figurer parmi nos partenaires obligés dans la lutte contre la prolifération des armes portatives.

 

 

 

 

 

 

| haut de page |








© 1999 | Anglais (page d'accueil)
Ateliers
 

Les résumés des ateliers:

Les voix de la guerre

Volontariat 2000

Veuvage et conflit armé

Travailler en parternariat

La prolifération des armes légères

Lutte contre le SIDA dans les pays en développement

 

Faire respecter le droit humanitaire

Le projet SIrUS et les mécanismes de revision de la légalité des armes nouvelles

Utilisation et developpement des normes du projet SPHERE

Enfants affectés par les conflits armés

Effets des changements climatiques sur l'action en case de catastrophe

Actions humanitaires et secteur privé: intérêts communs?

Mise en oeuvre du statut de la cour pénale internationale

Formation en santé et en premiers secours