|
Elham Naji est présidente du comité local du
Croissant-Rouge de l’Irak à Nasiriya, la capitale
de l’une des provinces les plus déshéritées
du pays. La guerre du Golfe et l’embargo ont entraîné
pour toute la popula-tion des conséquences dramatiques:
manque de nourriture et malnutrition géné-ralisée,
pénurie de médicaments et mala-dies, inflation
galopante et paupérisation.
Aujourd’hui, Elham Naji rend visite à Fatma,
dont le visage s’illumine à son entrée.
Agée de 32 ans, mère de cinq enfants, Fatma
est alitée depuis maintenant quatre ans, paralysée
par une obstruction de la moelle épinière. Abandonnée
par son mari, elle n’a aucun revenu et, pourtant, elle
doit se procurer chaque mois 5.000 dinars (à peine
plus de 9 dollars américains) pour acheter du coton,
de la gaze et du baume afin de soigner ses escarres. Dans
un pays où le salaire d’une infirmière
culmine à un millier de dinars, la tâche n’est
pas aisée.
Au temps de la prospérité, quand les coffres
du pays débordaient des revenus de l’or noir,
Fatma aurait peut-être pu béné-ficier
d’une opération qui lui eût épargné
bien des souffrances. Aujourd’hui, les inter-ventions
chirurgicales sont réservées aux ur-gences,
notamment en raison du manque d’anesthésiques.
Sa visite suivante amène Elham Naji chez la veuve
d’un pêcheur, une frêle petite vieille qui
survit tant bien que mal avec les maigres rations gouvernementales
et un complément mensuel distribué par le Croissant-Rouge.
Quant au poisson que pêchait autrefois son mari, elle
serait bien en peine d’en acheter avec une retraite
mensuelle qui n’atteint pas un dollar américain,
alors qu’un bon poisson coûte facilement le double.
Or, comme le souligne Elham Naji, la résistance à
la maladie diminue avec les carences alimentaires. La gastro-entérite
fait rage à cause de la contamination de l’eau,
la fièvre typhoïde est en pleine expansion et
les maladies respiratoires prélèvent un lourd
tribut. Hélas, les médicaments sont rares.
La province de Dhi Qar compte environ 1.250.000 habitants,
dont un million sont totalement démunis. Chaque mois,
le comité régional du Croissant-Rouge distribue
18 kilos de riz, 6 kilos de lentilles et 3 litres d’huile
à un millier de familles. “Nous ne pouvons tout
simplement pas faire plus, déplore la présidente.
Les gens ne comprennent pas nos limites. Pour nous, c’est
un déchirement permanent de voir ces misérables
s’enfoncer chaque jour plus profondément dans
le désespoir. C’est le sort de leurs enfants
qui leur cause le plus de soucis.”
L’énergie et la détermination de cette
femme admirable lui ont gagné des appuis extérieurs
au Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Oxfam l’aide à fournir de l’eau potable
dans les zones marécageuses. “La situation est
particulièrement dramatique dans ces ré-gions,
où les maladies véhiculées par l’eau
provoquent une mortalité infantile très élevée.
La guerre a endommagé les ins-tallations de distribution
et de traitement de l’eau et l’assèchement
de certains secteurs de la province a totalement privé
d’eau potable la population, qui doit être approvisionnée
par camions-citernes. Un tiers des véhicules disponibles
étant aujourd’hui immobilisés faute de
pièces de rechange, le Croissant-Rouge a fourni à
la province 37 camions.
Elham Naji observe avec dépit une mare putride qui
alimentait autrefois en eau les villageois, réfléchissant
à de nouveaux moyens de les approvisionner. “Vivres
et eau potable, note-t-elle, sont de puissants agents prophylactiques.
Avec 25 camions supplémentaires, je pourrais fournir
de l’eau à 50.000 autres personnes.” |