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Les Palestiniens du Liban
oubliés par l’histoire
par Dexter Cruez |
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Israël et l’organisation de libération de
la Palestine ont signé la déclaration de principe
et l’accord subséquent du Caire, une porte s’est
refermée au nez des centaines de milliers de palestiniens
vivant au Liban. lesdits accords, en effet, ne comportent aucune
disposition concernant ces populations, qui ont pourtant payé
un très lourd tribut au conflit israélo-arabe.
dans ces conditions, le croissant-rouge de Palestine a entrepris
de se réorganiser au Liban afin de répondre aux
besoins de ces communautés oubliées par l’histoire. |
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Lassitude,découragement et frustration transparaissent
sur les visages des Palestiniens du Liban confrontés
à une déchirante incertitude quant à
leur avenir, quelque 18 mois après la signature historique
de la Déclaration de principe entre l’Etat d’Israël
et l’Organisation de libération de la Palestine
(OLP). Leur sentiment est aisé à comprendre:
ils n’ont pas été conviés au ‹‹partage
du gâteau›› politique et économique.
Leur peuple est présent au Liban depuis des générations.
Les premiers sont arrivés, principalement du nord d’Israël,
en 1948. Aujourd’hui, on estime qu’ils représentent
plus de 12 pour 100 de la population totale du pays, mais
la moitié au moins d’entre eux vivent toujours
dans des camps de réfugiés surpeuplés,
dans un dénuement extrême et exposés à
une violence permanente. A la différence des Palestiniens
établis en Jordanie, en Syrie ou en Egypte, ils ne
jouissent d’aucun droit civil et, plus que partout ailleurs,
leur présence est perçue comme une menace pour
le fragile équilibre du pouvoir. |
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Oslo, le rêve brisé
Si les Palestiniens du Liban ne sont pas associés
aux accords d’Oslo, cela ne si-gnifie pas qu’ils
ne soient pas partie prenante au processus de paix. “Ces
accords se sont faits sans nous”, note amèrement
Abou Hani, qui vit depuis 1950 dans le camp de réfugiés
de Chatila, à Beyrouth. ‹‹On nous a oubliés››,
poursuit Abou Hani. ‹‹Nous pouvons difficilement
soutenir un processus dans lequel nous n’avons pas
notre mot à dire, mais cela ne signifie pas pour
autant que nous soyons des extrémistes et encore
moins que nous ne souhaitions pas la paix. Nous voulons
la paix, mais une paix juste. Avant les accords d’Oslo,
nous pouvions au moins rêver de retourner un jour
chez nous. Aujourd’hui, on nous a volé notre
rêve.››
C’est vrai également des Palestiniens établis
en Jordanie, en Syrie et dans le reste du monde. En fait,
les accords d’Oslo et du Caire n’abordent pas
du tout la question des réfugiés palestiniens,
dont le sort est suspendu à la phase de négociations
dite des ‹‹accords de statut permanent››.
Si l’on considère qu’environ deux tiers
des Palestiniens vivent en dehors des territoires occupés
et des territoires autonomes, cette ‹‹omission››
est loin d’être négligeable.
Par ailleurs, le caractère bilatéral des
négociations de paix n’est guère pro-pice
à une solution rapide du problème des réfugiés
palestiniens au Liban, d’autant que ce pays est toujours
officiellement en guerre avec Israël. A la frustration
politique des Palestiniens du Liban s’ajoute leur
misère matérielle. La guerre du Golfe a eu
pour effet de tarir les ressources financières de
l’OLP, mais aussi de priver les Palestiniens des revenus
provenant de parents exilés dans les pays du Golfe.
Aujourd’hui, on estime que 95 pour 100 des Palestiniens
vivant au Liban sont au chômage.
En 1991, un comité a été institué
afin d’étudier la possibilité d’accorder
aux Palestiniens du Liban certains droits civils et politiques,
mais ses travaux ont très rapidement été
suspendus, sous prétexte, notamment, de ne pas compromettre
les chances de succès du processus de paix. Pour
un peuple qui était en droit d’en attendre
une amélioration de son sort, l’argument ne
manque pas d’ironie.
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Envers et contre tout
Tel est le contexte dans lequel le Croissant-Rouge de Palestine
au Liban (CRP/L) se débat pour tenter de répondre
aux besoins de dizaines de milliers d’habitants qui
ne bénéficient d’aucun service de santé
publique et pâtissent des conditions d’hygiène
que le surpeuplement, l’absence de systèmes
d’assainissement et le manque d’infrastructures
essentielles rendent déplorables. Selon l’Office
de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés
de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), 300 000 Palestiniens
environ sont privés de soins médicaux adéquats.
L’UNRWA est mandaté pour assurer de tels services
à ceux d’entre eux qui sont officiellement
enregistrés comme réfugiés, mais beaucoup
— jusqu’à 150 000 d’après
certaines sources autorisées — ne sont pas
inscrits dans cette catégorie. En outre, l’assistance
de l’agence des Nations Unies se limite aux soins
de santé primaires. C’est pourquoi le CRP/L
s’efforce de combler les lacunes en offrant des traitements
spécialisés et des soins hospitaliers, dont
près de la moitié des bénéficiaires
sont des citoyens libanais démunis.
Au Liban, le Croissant-Rouge de Palestine est directement
issu du conflit. De ce fait, il jouit d’une réputation
solidement établie en matière de se-cours
d’urgence, lesquels sont dispensés par près
d’un millier de collaborateurs s’appuyant sur
un réseau de 15 centres de santé répartis
à travers tout le pays. Cependant, le retour de la
paix a paradoxalement entraîné un affaiblissement
presque fatal de l’organisation.
‹‹Nos ressources sont totalement épuisées››,
déclare Mohammed Osman, chef du CRP/L. ‹‹Jadis,
nous recevions une aide financière de l’OLP,
mais cette manne s’est tarie en 1993 et les usagers
de nos services n’ont pas les moyens d’en payer
les coûts. De plus, nous avons perdu du personnel,
faute de pouvoir garantir le salaire minimum. Si nous n’avions
pas reçu récemment une aide de la Fédération,
nous aurions été contraints de cesser toute
activité.››
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Une tragédie évitée
En juin 1994, la Fédération a
lancé un appel de 1,2 million de francs suisses afin
de renforcer trois des centres de santé du CRP/L. L’assistance
offerte comporte des fournitures et équipements médicaux
et le financement des frais de fonctionnement, ainsi que des
travaux de rénovation. En outre, la Fédération
et le CRP/L ont entrepris de rationaliser les services, de
manière à ce qu’ils coïncident mieux
avec les besoins d’une situation de paix.
‹‹Afin d’optimiser l’utilisation
des ressources, explique le docteur Osman, certains de nos
centres seront fermés et d’autres renforcés
et spécialisés.›› L’appel
de la Fédération a reçu des contributions
des Sociétés nationales allemande, américaine,
britannique, canadienne, japonaise et norvégienne.
Cette aide a été accueillie avec une profonde
gratitude.
Zacharias Backer, chef de la délégation
de la Fédération à Beyrouth, souligne
pour sa part que cette assistance ne devrait pas avoir à
se prolonger, mais qu’elle revêt dans l’immédiat
une importance cruciale. ‹‹Le Croissant-Rouge
de Palestine au Liban est dans une position unique pour répondre
à des besoins bien définis qu’aucune autre
organisation n’est en mesure de satisfaire. En coopérant
avec l’UNRWA, il peut en effet assurer des services
hospitaliers vitaux pour un grand nombre de Palestiniens et
de Libanais. Si nous ne parvenons pas à lui apporter
le soutien requis pour le remettre sur pied au cours des deux
prochaines années, la situation de quelque 350 000
Palestiniens va se transformer en un problème humanitaire
permanent››, conclut le délégué.
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Barbara Geary |
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