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Aux grands maux,
les grands remèdes
par Ailsa Holloway |
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Une fois n’est pas coutume,
la récente sécheresse en Afrique australe a
eu des effets positifs en suscitant une coopération
étroite entre les gouvernements et les Sociétés
nationales de la région, qui ont coordonné avec
efficacité leurs interventions et mis en place des
mesures énergiques de préparation aux catastrophes
ainsi que pour réduire la vulnérabilité. |
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En 1992, l’Afrique australe avait subi “la pire
sécheresse de mémoire d’homme”.
Trois ans plus tard, les pays de la région se sont
trouvés à nouveau confrontés aux conséquences
d’une pénurie aiguë de précipitations
saisonnières.
La sécheresse, comme toute catastrophe naturelle,
ignore les frontières. Cette année, tous les
Etats membres de la Southern African Development Community
(SADC)* ont été touchés à des
degrés divers. Au total, on estime que quelque 13 millions
d’habitants ont été affectés, principalement
dans les régions rurales. L’impact macro-économique
de la sécheresse est déjà fortement ressenti,
les gouvernements ayant dû détourner des sommes
considérables de leur destination initiale pour payer
les importations de céréales. Toutefois, c’est
évidemment à l’échelon individuel
que les conséquences sont le plus dramatiques.
Heureusement, les chaotiques opérations d’aide
alimentaire d’urgence, les déplacements massifs
de populations et les scènes de famine habituellement
associés aux sécheresses en Afrique ont pu être
évités, grâce en particulier à
la qualité des infrastructures routières et
ferroviaires, à la stabilité politique et à
l’efficacité des systèmes d’alerte
rapide et des dispositifs de sécurité alimentaire
des pays de la région, ainsi qu’à la longue
tradition de coopération qui les unit.
Les Sociétés nationales ont elles aussi joué
un rôle appréciable dans la mobilisation de l’assistance.
En Afrique du Sud, au Lesotho, en Namibie, au Swaziland, en
Zambie et au Zimbabwe, elles ont notamment lancé un
appel commun pour un montant de 3,7 millions de francs suisses
environ. |
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Travailler
ensemble
Fortes de l’expérience acquise en 1992-93, ces
Sociétés nationales se sont en effet appliquées
cette année à éviter tout double emploi
avec les efforts déployés par d’autres
partenaires. Plus concrètement, les gouvernements ont
assumé la responsabilité de l’importation,
du stockage et du transport des vivres, la Croix-Rouge et
les autres organisations non gouvernementales se chargeant
d’identifier les groupes les plus vulnérables
et de planifier les distributions sur le terrain.
“Cette approche permet d’optimiser les atouts
et capacités respectifs des différents partenaires
et de coordonner au mieux les opérations à l’échelon
national, tout en ménageant une grande souplesse au
plan local”, observe Margareta Wahlström, Sous-Secrétaire
général responsables de la Division des interventions
lors de catastrophes. “Elle constitue également
un modèle d’utilisation efficace des ressources.”
Au Lesotho et au Swaziland, les Sociétés nationales
ont déjà conduit des enquêtes approfondies
parmi les communautés les plus durement touchées
par la sécheresse. “C’est un travail laborieux
et de longue haleine. Il requiert beaucoup de finesse et de
sensibilité de la part des volontaires de la Croix-Rouge”,
explique Andrea Wojnar Diagne, chargé de programme
à la Fédération. “Rien qu’au
Lesotho, ceux-ci ont visité méthodiquement près
de 1 100 villages isolés de trois districts de montagne,
où ils ont dû affronter aussi bien des tempêtes
de neige qu’une sécheresse accablante.”
Ainsi, la crise actuelle contribue à renforcer la
coopération entre les Sociétés nationales
et entre celles-ci et leurs gouvernements respectifs, ainsi
qu’entre la Fédération et les pays de
la région. Les relations qui sont nouées aujourd’hui
ne peuvent qu’être bénéfiques pour
le travail futur des organisations concernées et, à
plus forte raison, pour les populations qu’elles ont
vocation à assister! |
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Préparation et prévention
Le fait que la Fédération et les pays de la
SADC aient lancé simultanément, en juin de cette
année, des appels consolidés en faveur des victimes
de la sécheresse ne doit rien au hasard. Une étroite
consultation avait été mise en place entre la
délégation régionale de la Fédération
à Harare et l’unité régio-nale
pour la sécurité alimentaire de la SADC dès
septembre 1994, lorsque les données météorologiques
révélèrent une forte probabilité
de déficit pluviométrique pour la saison à
venir. Les deux organisations avaient alors convenu de la
nécessité de veiller à la complémentarité
de leurs initiatives de mobilisation des ressources internationales.
Dès la fin 1994, la délégation régionale
de la Fédération a diffusé des bulletins
météorologiques réguliers et mis en garde
les Sociétés nationales contre les risques de
sécheresse. En février, puis en avril 1995,
six d’entre elles se sont réunies à Harare
afin de mettre un point final à leurs plans et budgets,
si bien que l’appel consolidé était prêt
dès le mois de mai. Enfin, la Fédération
a aidé dans six pays de la région à coordonner
les opérations de la Croix-Rouge avec celles des autres
organismes d’assistance.
“Cette procédure peut paraître contraignante,
tout au moins si on la compare aux réactions que suscite
une catastrophe soudaine ou un mouvement de population, mais
la sécheresse étant un phénomène
à évolution lente, elle permet précisément
de procéder à des évaluations approfondies
des possibles conséquences et autorise une meilleure
planification des interventions”, note Wojnar Diagne.
“Or, la préparation est vitale en Afrique australe,
où les sécheresses affectent régulièrement
des zones reculées pratiquant essentiellement l’agriculture
de subsistance.”
C’est pourquoi les efforts de la Croix-Rouge sont axés
cette année sur les causes et non pas uniquement sur
les effets. Outre des programmes de secours, ils comportent
en effet des éléments de lutte contre la sécheresse
et de relèvement. Ainsi, les Sociétés
nationales ont décidé de procéder à
des distributions de semences et de lancer des activités
rémunératrices, ainsi que des projets de protection
et de conservation de l’eau. Toutes ces mesures visent
à réduire la vulnérabilité des
communautés concernées face au manque de précipitations.
“La décision d’incorporer des me-sures
de préparation et de prévention dans l’appel
est un défi à l’orthodoxie en matière
de collecte de fonds, la-quelle tend à établir
une distinction tranchée entre les secours d’urgence
et l’aide au développement”, observe Bekele
Geleta, directeur du Département Afrique à la
Fédération. “Toutefois, si l’on
n’aide pas les petits cultivateurs des terres marginales
d’Afrique australe à se remettre sur pied rapidement
et à se prémunir contre de futures sécheresses,
ils risquent d’avoir indéfiniment besoin d’une
aide alimentaire. Et nous ne voulons pas remettre indéfiniment
un pansement sur la même plaie: nous voulons la guérir
totalement — et définitivement.” |
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| *
Afrique du Sud, Angola, Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique,
Namibie, Swaziland, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe. |
Ailsa Holloway
Déléguée chargée de la prépation
en prévision des catastrophes, délégation
régionale de la Fédération à Harare. |
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