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Question et réponse

 

 

Pourquoi le CICR a-t-il aidé à équiper des prisons au Rwanda?

Au milieu de l’année dernière, le CICR a pris au Rwanda une initiative sans précédent: horrifié par les conditions de détention de milliers de personnes arrêtées à la suite du génocide, il a offert son concours aux autorités afin d’aménager des structures adéquates et décentes pour accueillir le nombre sans cesse croissant des détenus. Une telle initiative risquant d’être mal interprétée, la rédaction de Croix-Rouge, Croissant-Rouge a demandé au délégué général du CICR pour l’Afrique de s’en expliquer.

A l’automne 1994, quelques milliers de détenus étaient incarcérés dans les prisons du Rwanda, capables selon les autorités d’accueillir environ 10.000 personnes. Une année plus tard, plus de 60.000 personnes s’entassaient dans les prisons et les cachots du Rwanda, et les arrestations continuaient.

Les personnes détenues sont suspectées d’avoir pris part au génocide. Le fait que la population ait participé aux massacres explique en partie le nombre extraordinairement élevé des prévenus. Mais le génocide a aussi engendré un climat de suspicion généralisée. Le plus souvent, les individus ont été arrêtés sur la base de simples dénonciations. A la fin de l’année dernière, aucun détenu n’avait encore été jugé. La seule solution à terme pour résoudre le problème de la surpopulation, c’est la réhabilitation du système judiciaire, la condamnation des coupables et la libération des personnes jugées innocentes. Mais, compte tenu de la multitude des suspects et des difficultés auxquelles se heurte l’instruction des dossiers, même l’appareil judiciaire le plus perfectionné du monde aurait du travail pendant des dizaines d’années.

Au cours des premiers mois de 1995, des centaines de détenus ont succombé aux mauvaises conditions sanitaires, aux carences alimentaires et à l’insuffisance des soins médicaux résultant de la surpopulation et du manque de moyens. Les autorités carcérales étaient dépassées par la situation. Très vite, on s’est aperçu que la réhabilitation du système judiciaire, aussi nécessaire soit-elle, ne pouvait pas offrir de solution immédiate au problème. Il fallait de toute urgence agir sur les conditions de détention.

C’est dans ce contexte que notre institution a été amenée à réaliser l’action la plus importante de son histoire en faveur de civils détenus. Traditionnellement, le CICR visite les lieux de détention, identifie les problèmes liés aux conditions de détention et au traitement des détenus et adresse des recommendations aux autorités carcérales afin d’obtenir les améliorations nécessaires. Mais il n’intervient pas directement dans la maintenance des prisons, pour ne pas se substituer aux autorités et perdre par conséquent sa qualité d’intermédiaire neutre entre les détenus et les autorités.

Au Rwanda, étant donné la gravité exceptionnelle de la situation, le CICR a franchi un pas de plus en s’engageant activement dans la lutte pour la survie des détenus. Il a d’abord effectué dans l’ensemble des prisons des travaux de réfection des installations sanitaires, puis a entrepris d’assurer l’essentiel de l’alimentation et des soins médicaux des détenus. En juin, il a décidé de s’impliquer dans l’aménagement de nouveaux lieux temporaires de détention afin de désengorger les prisons existantes. En collaboration avec une commission interministérielle rwandaise et les agences onusiennes sur place, il a contribué à l’équipement – logement, cuisines, installations sanitaires et médicales – de six nouveaux lieux de détention pouvant accueillir environ 10.000 personnes. Progressivement, le CICR va maintenant transmettre aux autorités rwandaises l’ensemble des tâches dont elles ont normalement la responsabilité dans les prisons.

La question cruciale de la répression du génocide a des répercussions sur la capacité des composantes de la société rwandaise à cohabiter. Il est indispensable que les autorités rwandaises et la communauté internationale recherchent à cet égard des solutions réalistes et équitables.

Jean-Daniel Tauxe
Jean-Daniel Tauxe est délégué général du CICR pour l’Afrique.


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