|
|
 |
 |
 |
 |
|
|
 |
|
|
|
|
Marco Sassoli
|
|
A La Haye (Pays-Bas) et à
Arusha (Tanzanie), des tribunaux de guerre internationaux
ont été spécialement constitués
afin de juger les atrocités commises en ex-Yougoslavie
et au Rwanda. Marco Sassoli, du CICR, nous explique ce que
représentent ces procès pour le Mouvement de
la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. |
|
Quel est le but de ces tribunaux de guerre internationaux?
Toute violation d’une loi doit entraîner une
peine, faute de quoi le droit n’a pas de sens. En poursuivant
les criminels de guerre, la communauté internationale
des hommes confirme que certains actes sont interdits —
même en temps de conflit. Ces procès peuvent
avoir un effet dissuasif sur ceux qui seraient tentés
de violer le droit de la guerre. De plus, en reconnaissant
la notion de culpabilité individuelle, ils peuvent
contribuer à réduire le sentiment de responsabilité
collective qui perpétue les antagonismes entre les
groupes. |
|
|
Pourquoi n’y a-t-il de tels tribunaux que pour
l’ex-Yougoslavie et le Rwanda?
Essentiellement en raison de la média-tisation de
ces conflits. Certes, des actes non moins épouvantables
ont été perpétrés en Angola, au
Libéria, en Colombie, au Cambodge et au Sri Lanka notamment,
mais ils n’ont pas suscité le même écho
dans les médias ni, par voie de conséquence,
la même passion parmi l’opinion publique. Suite
au génocide du Rwanda en 1994, les Etats se sont sentis
moralement obligés de créer à nouveau
une telle instance. |
|
Quelle est l’efficacité de ces tribunaux
spéciaux?
De toute évidence, ils ne touchent que la partie émergée
de l’iceberg. S’agissant de l’ex-Yougoslavie,
le tribunal n’a pu commencer à inculper des criminels
de guerre que quatre ans après le début des
hostilités. Au Rwanda, le génocide a fait plus
d’un demi-million de morts, mais le tribunal pourra
au mieux juger 200 à 300 des principaux coupables.
Néanmoins, ces tribunaux ont un impact très
bénéfique pour la crédibilité
du droit international humanitaire. Pour la première
fois depuis 50 ans, des individus sont poursuivis par des
instances judiciaires internationales, qui ont même
délivré des mandats d’arrêt à
l’encontre de certains hauts responsables. C’est
très important. |
|
| |
Le
CICR peut-il témoigner à ces procès?
Non, si ce n’est en fournissant des informations qui
ont déjà été rendues publiques.
Lorsque des délégués sont témoins
de violations du droit international humanitaire, leur premier
souci n’est pas d’identifier les coupables, mais
de venir en aide aux victimes. Pour s’acquitter de son
mandat d’assistance et de protection, le CICR doit pouvoir
accéder librement à tous ceux qui souffrent
et négocier en leur nom avec les autorités.
Or, aucun belligérant n’accordera aux délégués
la liberté de circuler sur les territoires qu’il
contrôle, ni de s’asseoir avec ses représentants
à la table de négociation, s’il est fondé
à penser que le CICR pourrait, d’intermédiaire
neutre, devenir un jour témoin à charge. |
|
La Fédération et les Sociétés
nationales sont-elles tenues à la même réserve?
Si des membres de Sociétés nationales ou des
délégués de la Fédération
venaient à témoigner à de tels procès,
cela pourrait compromettre leurs activités et mettre
en danger notre propre statut. En bref, leur participation
risquerait de susciter des réactions de défiance
et d’hostilité envers l’ensemble du Mouvement. |
|
| |
Le
CICR est-il favorable au principe d’une cour de justice
permanente?
Absolument. Si le droit international humanitaire était
correctement appliqué, les crimes de guerre seraient
systématiquement jugés par les tribunaux nationaux.
Malheureusement, de nombreux Etats ne disposent pas de législations
adéquates. Des esprits cyniques pourraient prétendre
que les tribunaux spéciaux n’ont dû leur
existence qu’au seul fait que les membres permanents
du Conseil de sécurité de l’ONU étaient
assurés que leurs propres ressortissants n’y
seraient jamais déférés. Pourtant, un
débat est en cours au sein de l’Assemblée
générale des Nations Unies en vue d’établir
un tribunal permanent, qui ne soit pas tributaire des décisions
du Conseil de sécurité. Nous saurons bientôt
si ces tribunaux spéciaux n’étaient qu’un
feu de paille. Espérons que non!
|
| |
 |
 |
Haut de page
| Nous contacter | Crédits
| Edition antérieure
| Webmaster

© 2003 |
Copyright |
|
|