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Irak: pas de miracle
par Amanda Williamson |
| L’accord
autorisant l’Irak à exporter du pétrole
pour acheter des denrées alimentaires vise à
atténuer les conséquences des sanctions. Mais
la mise en œuvre tarde et la population continue de souffrir. |
| L’annonce,
à la fin de l’année dernière, de
l’accord autorisant l’Irak à échanger
du pétrole contre des aliments a été
salué par une véritable liesse populaire. “Les
gens étaient persuadés que les restrictions
étaient finies, raconte Waffa Fawzi, 30 ans. Nous étions
très excités à l’idée de
pouvoir acheter de la viande pour la première fois
depuis sept ans.” Nous sommes maintenant en avril et
les premières recettes de la vente du pétrole
irakien ont été virées sur les comptes
spéciaux des Nations Unies il y a déjà
quatre mois, mais la nourriture et les médicaments
promis par la mise en œuvre de la Résolution 986
du Conseil de sécurité ne sont toujours pas
arrivés.
A Bagdad, Waffa fait patiemment la queue pour recevoir des
aliments distribués par le Croissant-Rouge. Elégamment
vêtue, les cheveux soigneusement attachés par
un bandeau violet, elle ne ressemble guère à
l’idée qu’on se fait communément
d’une personne démunie. C’est pourtant
son cas, comme celui de tant d’autres Irakiens des classes
moyennes qui formaient jadis 70 pour 100 de la population
mais qui ont peu à peu sombré dans la misère.
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Espoirs
anéantis
Pour les Irakiens, la Résolution 986 apparaît
aujourd’hui comme un marché de dupes. A la fin
avril, les premières livraisons de nourriture et de
médicaments ont commencé d’arriver à
Arbil, dans le nord, mais, au sud du pays, on n’avait
encore rien vu venir. Ces retards ont posé de sérieux
problèmes aux organisations humanitaires actives au
nord comme au sud. En février, des employés
de la Fédération internationale à Bagdad
prédisaient que l’entrée en vigueur de
l’accord “pétrole contre nourriture”
allait aggraver la situation des personnes les plus vulnérables.
“Les gens ne recevront plus d’aide complémentaire
de la part des organismes d’assistance, parce que les
donateurs considéreront que les problèmes de
l’Irak sont résolus”, expliquait alors
Sjakkelien Wasmann, délégué régional
de la Fédération en charge de la nutrition.
A la même époque, Waldo Yesus Amar, coordonnateur
du programme humanitaire des Nations Unies en Irak, donnait
des chiffres précis concernant le contenu de l’accord.
Sur les 2 milliards de dollars attendus de la vente du pétrole,
900 millions seraient convertis en nourriture et 210 millions
en médicaments. Amar convenait que ces montants seraient
insuffisants pour répondre aux besoins, qui étaient
plus importants que jamais.
“En 1992, notait-il, tous les citadins jouissaient
encore d’une forme ou d’une autre de revenu et
les agences des Nations Unies comme les ONG disposaient elles-mêmes
de davantage de ressources. Aujourd’hui, les ressources
ont fondu et la population est totalement démunie.
L’Irak pâtit de ce qu’on a appelé
la lassitude des donateurs, qui s’en remettent à
l’ONU du soin de régler les problèmes
du pays.”
Les organismes d’assistance sont très préoccupés
par cette évolution. Selon Naoki Kokawa, chargé
de programme pour le Moyen-Orient à la Fédération,
l’Overseas Development Agency a récemment refusé
des fonds à la Croix-Rouge britannique pour acheter
des médicaments pour l’Irak. “C’est
la première fois que cette agence oppose un tel refus,
souligne-t-il. Nous craignons que cela ne marque un tournant
funeste dans l’aide humanitaire.”
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| Des
besoins aigus
En octobre 1996, la Fédération a procédé
avec les Sociétés nationales de la Croix-Rouge
allemande, britannique et néerlandaise à une
évaluation des besoins. Prévoyant que les effets
de l’accord tarderaient à se faire sentir, l’enquête
avait conclu à la nécessité de poursuivre
le programme d’assistance conduit par la Fédération
et le Croissant-Rouge de l’Irak. Actuellement, la Fédération
fournit chaque mois des rations alimentaires à 350000
personnes (environ 46000 familles) par l’intermédiaire
de la Société nationale, l’accent étant
mis sur l’aide aux enfants souffrant de malnutrition.
“Nous prévoyons de poursuivre nos distributions
générales jusqu’à la fin de l’année
afin de compléter les rations du gouvernement, en attendant
que les vivres provenant de la vente du pétrole arrivent
et que tous les groupes vulnérables reçoivent
une aide adéquate”, déclare Kokawa.
A l’hôpital Ibn Baldi de Bagdad, le docteur Jawdat
Abdul Aziz explique que ses collègues et lui-même
dépendent étroitement des fournitures médicales
distribuées tous les trois mois par la Fédération
aux établissements de soins de tout le pays. Alors
que Kara Haider, nouveau-né de six jours, s’éteint
lentement sous nos yeux dans l’incubatrice, le docteur
Aziz dresse l’inventaire des médicaments et matériels
dont il est désormais totalement démuni. Kara,
explique-t-il, n’est qu’un parmi tant d’autres
bébés nés prématurément
ou à terme, mais avec un grave déficit pondéral.
“Les mères n’ont plus assez à manger.
Que pouvons-nous y faire? Celles qui ne peuvent pas allaiter
doivent acheter du lait en poudre, au prix de 2000 ID (environ
1,5 dollar) la boîte.”
Tony Maryon, chef de la délégation régionale
de la Fédération à Amman, ajoute que
la pénurie de médicaments essentiels persistera
aussi longtemps que dureront les sanctions des Nations Unies
contre l’Irak.
Moyassar Hamdon Sulaiman est Secrétaire général
du Croissant-Rouge de l’Irak. Comme la plupart de ses
compatriotes, il doute que les aliments et les médicaments
obtenus au titre de l’accord “pétrole contre
nourriture” modifient sensiblement la situation actuelle.
“On ne peut pas annuler les effets de sept années
d’embargo en six mois”, observe-t-il dans son
bureau de Bagdad. Pour tenter de protéger les plus
vulnérables, le Croissant-Rouge a élaboré
avec la Fédération un programme de nutrition
dont devraient bénéficier quelque 50000 enfants
de moins de cinq ans. Sjakkelien Wasmann est responsable de
sa mise en œuvre. “Les nouveau-nés souffrant
de malnutrition devraient être hospitalisés pendant
trois semaines pour que le traitement soit efficace, mais
leurs mères les ramènent à la maison
après cinq jours seulement, car elles doivent prendre
soin du reste de la famille. Nous allons essayer de suivre
ces bébés.”
Derrière le bureau du Croissant-Rouge, Waffa Fawzi
charge ses colis sur le plateau d’une camionnette. Waffa
touche un revenu supérieur à celui de la plupart
de ses compatriotes, soit environ 15000 ID (11,5 dollars).
“Avec cet argent, je dois faire vivre ma mère
et mes frères et sœurs. Je n’ai pas honte
de faire la queue devant le Croissant-Rouge, car nous en sommes
tous au même point aujourd’hui. L’accord
“pétrole contre nourriture” ne changera
rien à l’affaire. Et, même si les vivres
et les médicaments constituent les besoins les plus
urgents, il y a quantité d’autres choses dont
nous manquons.”
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Christine Aziz
Journaliste indépendante résidant à Amsterdam,
Christine Aziz s’est rendue en Irak au mois d’avril.
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