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La vulnérabilité sous la loupe
par Liesl Graz |
| En
1989, lors de l’Assemblée générale
de la Fédération internationale, les Sociétés
nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge du monde
entier ont adopté avec enthousiasme le défi
commun consistant à “améliorer la condition
des plus vulnérables”. Avec le temps, toutefois,
on s’est aperçu qu’il n’était
pas si facile de convertir l’enthousiasme initial en
actions concrètes. Dans ces pages, Liesl Graz s’efforce
de comprendre pourquoi. |
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Après dix ans de réflexion et de travaux pratiques,
le moment paraît venu de réexaminer de près
le concept de vulnérabilité. Pour la Fédération
internationale des Sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge, la vulnérabilité représente
un élément clé du Plan de travail stratégique
pour les années quatre-vingt-dix. Pour le Comité
international de la Croix-Rouge, le concept n’a pas
fait l’objet d’une réflexion aussi soutenue,
peut-être tout simplement parce que la notion de vulnérabilité
semble indissociable de son rôle d’assistance
aux victimes des conflits. |
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Qu’est-ce
que la vulnérabilité?
La première grande difficulté à laquelle
on se heurte en tentant de définir le concept consiste
à distinguer entre vulnérabilité et risque.
D’ailleurs, y a-t-il vraiment une différence,
ou n’est-ce qu’une question de vocabulaire? La
vulnérabilité réside-t-elle dans le simple
fait d’être vulnérable, ou s’agit-il
de quelque chose d’autre, de plus complexe? Quant à
l’expression “à risque”, elle provient,
certes, du vocabulaire technique du secteur de l’assurance,
mais est-ce un motif suffisant pour l’écarter?
S’agissant de la notion de “risque”, une
difficulté plus sérieuse réside dans
le fait qu’elle ne peut être dissociée
de l’idée de probabilité, laquelle comporte
deux aspects bien distincts: d’une part, la probabilité
que se produise un phénomène dommageable comme
une inondation, un séisme, un tsunami, une contamination
chimique, une sécheresse ou un conflit; d’autre
part, la probabilité qu’un individu ou un groupe
particulier pâtisse dudit phénomène.
Il apparaît quasiment impossible d’isoler un
seul élément distinctif dont on puisse affirmer
qu’il est indissociable de la notion de vulnérabilité.
De fait, il n’existe guère de similitudes entre
la vulnérabilité des villages économiquement
sinistrés des vallées galloises de l’ère
postindustrielle et celle des enfants des camps de réfugiés
d’Afrique centrale, entre la vulnérabilité
des jeunes toxicomanes de Copenhague et celle des mères
de familles nombreuses d’Egypte ou encore des cultivateurs
d’arachides du Sénégal — autant
de groupes qui ont récemment fait l’objet d’analyses
de la vulnérabilité.
Toutefois, on observe dans tous ces cas certains facteurs
déterminants de la vulnérabilité, au
nombre desquels la Croix-Rouge britannique a distingué:
le lieu, la marginalisation sociale, et le manque de ressources
et de systèmes de soutien social. Pour évaluer
la vulnérabilité, la Fédération
se fonde quant à elle sur l’environnement et
l’exposition au risque, la pauvreté et l’exclusion
sociale.
La vulnérabilité et, par extension, la personne
vulnérable, sont des termes qui ne peuvent être
employés isolément. Il importe toujours de préciser:
vulnérable à quoi? De même, ce concept
est inséparable des notions de temps et d’espace.
Invitées à axer leurs services sur les plus
vulnérables, les Sociétés nationales
ont commencé par intégrer le concept de vulnérabilité
dans leurs énoncés de “mission”
et de “vision”, puis elles se sont employées
à définir des critères permettant de
déterminer quelles étaient les personnes les
plus vulnérables au plan local et régional,
à réviser leurs programmes traditionnels —
premiers secours, santé, préparation aux catastrophes
— et à recentrer leur assistance au bénéfice
des intéressés. D’après Alvaro
Bermejo, de la Fédération, “une stratégie
qui aurait pour effet de redistribuer en leur faveur seulement
5 pour 100 des fonds affectés aux programmes et services
courants de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dégagerait
chaque année environ 1,2 milliard de francs suisses
supplémentaires pour les communautés les plus
vulnérables du monde.”
La principale difficulté que l’on rencontre
en tentant de donner à la notion de vulnérabilité
une dimension universelle est qu’elle revêt des
significations très différentes selon les gens
et les circonstances — sans parler des organisations.
Pourtant, une définition de la vulnérabilité
peut s’avérer très utile pour de nombreuses
organisations locales ou nationales, qu’elles se consacrent
ou non aux situations d’urgence. Dans le premier cas,
elle pourra constituer un critère pour l’établissement
des priorités. Dans le second cas, elle pourra aider
à évaluer ou à réviser les objectifs,
les programmes et la mission. Si on admet, pour les besoins
de l’analyse, que la vulnérabilité est
ce qui transforme un phénomène potentiellement
dangereux en une catastrophe effective, reste maintenant à
savoir qui est vulnérable.
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Tout
ce qu'on apprend
Agustina Badia a 82 ans. Depuis huit ans, elle vit dans un
immeuble appartenant à la Croix-Rouge de Barcelone
réservé aux personnes âgées. Agustina
s’y est installée parce qu’elle vivait
seule et ne pouvait plus grimper les trois étages de
son ancien appartement.
Un grand nombre des volontaires de l’organisation en
savent long sur la vulnérabilité, car ils ont
eux-mêmes reçu un jour — ou reçoivent
encore — une assistance de la Croix-Rouge, la Société
nationale espagnole ayant lancé une campagne afin d’associer
les bénéficiaires à la planification
et à la réalisation des programmes. Cette initiative
s’inscrit dans le cadre des efforts déployés
par les Sociétés nationales et la Fédération
internationale pour renforcer les capacités des personnes
et communautés vulnérables.
Agustina est elle-même volontaire de son comité
local. A ce titre, elle rend visite à Florinda, 77
ans, qui est dans l’impossibilité de sortir de
chez elle. “Je vais chercher ses ordonnances chez le
médecin, puis ses médicaments à la pharmacie.
Ensuite, Florinda et moi passons beaucoup de temps à
bavarder, à évoquer nos souvenirs et nos anciennes
connaissances. Mes visites à Florinda sont très
agréables pour chacune de nous. C’est comme un
voyage dans le passé.”
Agustina est reconnaissante à la Croix-Rouge de l’avoir
aidée, mais plus encore de lui avoir offert la possibilité
de travailler comme volontaire. Ainsi qu’elle le dit:
“J’ai beaucoup appris de cette expérience.
En fait, l’aspect le plus important de ce travail, c’est
peut-être bien tout ce qu’on apprend en le faisant.”
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Qui est vulnérable?
Dès l’instant où la vulnérabilité
a commencé d’être regardée comme
une sorte de concept autonome pour repenser les activités
de secours et de développement, on est allé
de surprise en surprise. Au Haut Commissariat des Nations
Unies pour les réfugiés (HCR), on a entrepris
récemment de remettre en question l’idée
reçue selon laquelle les femmes et les jeunes enfants
sont évidemment les catégories les
plus vulnérables dans les situations de réfugiés
et nécessitent, par voie de conséquence, une
protection particulière. Dans le même ordre d’idées,
l’étude iconoclaste de A.P. Davis sur la vulnérabilité
dans les camps de réfugiés kenyans a montré
que, dans les situations de crise, la mortalité rela-
tive des moins de cinq ans augmentait moins que celle des
autres tranches d’âge, notamment des enfants de
plus de cinq ans. Un autre spécialiste des ré-
fugiés à cité en exemple le cas des enfants
allaités au sein qui sont selon toute probabilité
moins vulnérables aux maladies transmises par l’eau
que tout autre groupe.
Il est probablement vrai que, dans la plupart des situations,
y compris les catastrophes naturelles, les pauvres sont plus
vulnérables que les riches, mais la pauvreté
en soi n’est pas nécessairement la cause de cette
vulnérabilité. Ainsi, les séismes ne
frappent à priori pas plus durement les régions
pauvres que les régions riches, mais les maisons bien
construites résistent généralement mieux
à ces phénomènes que les habitations
de fortune — et les riches sont plus couramment au bénéfice
de polices d’assurances qui leur permettent de se relever
plus facilement d’un désastre. Cela dit, les
constructions précaires ne sont pas nécessairement
le lot des seuls pauvres, mais peuvent être la norme
de toute une collectivité, comme l’a montré
le séisme de 1988 en Arménie. D’autre
part, certains types de maisons rudimentaires, comme les huttes
de bambou assemblées par des liens flexibles qui abritent
une grande partie des communautés rurales d’Asie
du Sud-Est, sont plus résistantes aux phénomènes
sismiques que la plupart des bâtiments de béton
et de verre des nouvelles mégapoles.
La vulnérabilité est habituellement envisagée
en relation avec des données individuelles, notamment
physiques, telles que maladie, blessure, faim, âge,
etc. Mais il existe aussi une vulnérabilité
que l’on pourrait qualifier de structurelle, qui résulte
de l’effondrement ou des carences de l’organisation
sociale. L’éloignement, nous l’avons vu,
peut représenter un élément de vulnérabilité,
notamment pour les personnes âgées. Une étude
de la Croix-Rouge canadienne cite en exemple le cas d’un
fermier du Grand Nord qui, s’étant brisé
une jambe sur la piste, se trouve dans l’incapacité
d’atteindre sa radio pour appeler le médecin
volant. Il en va autrement, toutefois, de nombreuses épidémies
actuelles, ainsi de la pandémie du sida dont la propagation
en Afrique a suivi les grandes lignes de communication routière.
L’isolement s’est donc révélé
à cet égard un facteur de protection.
La vulnérabilité peut aussi être d’ordre
psychologique, que ce soit au plan individuel ou collectif.
Un exemple type de vulnérabilité psychologique
collective est la réaction de panique que peut provoquer
une situation de crise, qu’il s’agisse de l’hystérie
d’un public de match de football ou d’un quelconque
incident dans un camp de réfugiés.
Tout individu est susceptible de devenir vulnérable
à un moment ou un autre de son existence. Un des facteurs
qui a le plus contribué à l’énorme
impact du conflit de l’ex-Yougoslavie sur les pays d’Europe
occidentale est le fait qu’il a touché des gens
“comme nous”. De voir les Croates, les Serbes
et les Bosniaques si vulnérables aux horreurs de la
guerre a rappelé aux autres Européens leur terrible
expérience d’il y a un peu plus d’un demi-siècle.
Certes, l’Europe occidentale et l’Amérique
du Nord sont elles aussi frappées par des catastrophes,
mais la qualité de la préparation et l’efficacité
des interventions en limitent considérablement les
dommages, comme on a pu le voir encore lors des dramatiques
inondations de l’été 1997 sur les rives
de l’Elbe. |
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Indicateurs généraux de vulnérabilité*
Les plus vulnérables sont ceux qui:
- manquent de ressources matérielles et/ou de protection
sociale
- vivent en marge de la société
- vivent dans des zones défavorisées –
banlieues et quartiers sinistrés, régions industrielles
désaffectées, communautés rurales isolées.
*Tiré de Who are the most vulnerable?
Rapport du Research and Planning Department de la Croix-Rouge
britannique, page 59, décembre 1995
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Quand
la vulnérabilité
est-elle collective?
En termes de vulnérabilité collective, il faut
distinguer entre les risques librement assumés et ceux
auxquels on ne peut se soustraire. Il existe des dangers relevant
du seul hasard, mais, dans bien des cas, la notion de responsabilité
entre en jeu. Un exemple intermédiaire est celui de
l’accident chimique de Bhopal. Le fait d’habiter
à proximité d’une usine chimique dangereuse
au moment où elle a explosé ne relevait pas
de la seule malchance mais constituait un cas de vulnérabilité
aggravée, du fait que des êtres humains portaient
la responsabilité d’avoir créé
le risque. Un autre exemple similaire est celui des régions
exposées aux glissements de terrain où on autorise,
voire encourage les établissements humains.
La vulnérabilité économique, qu’on
n’a longtemps évoquée que du bout des
lèvres, consiste dans un système très
complexe d’interactions touchant non seulement des individus
et des classes sociales, mais des nations et des régions
tout entières. Les familles vivant aux limites de la
survie peuvent être particulièrement vulnérables
à une seule mauvaise récolte, ou à un
changement brutal du taux de change. Mais un tel changement,
ou une chute des cours des produits de base, peut avoir des
effets sur toute une économie nationale et entraîner,
par exemple, des coupes dramatiques dans les budgets de l’éducation
et de la santé.
La vulnérabilité d’une population peut
aussi résulter des décisions et actions de son
gouvernement. Les Irakiens, par exemple, ont souffert de la
faim et d’une pénurie dramatique de fournitures
médicales en raison de l’embargo consécutif
à l’invasion du Koweït. Il convient toutefois
de rappeler que la communauté internationale avait
ménagé dès le départ la possibilité
pour le gouvernement irakien d’exporter du pétrole
afin d’acheter des denrées alimentaires et des
fournitures médicales essentielles, les Nations Unies
se réservant d’en superviser la distribution
pour garantir qu’elles profiteraient bien à la
population et non pas à la seule élite du pays.
Or, le gouvernement irakien a refusé jusqu’au
début de l’année de se soumettre à
ces conditions.
La plupart du temps, toutefois, le lien entre vulnérabilité
et politique est nettement plus ambigu. La Croix-Rouge s’est
toujours abstenue de “parler politique”, mais,
pour qu’un débat sur la vulnérabilité
puisse aller jusqu’à sa conclusion logique, une
réflexion politique au sens le plus large est dans
bien des cas inévitable. Même le simple objectif
consistant, pour beaucoup de Sociétés nationales
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, à renforcer
leur capacité pour répondre aux besoins devra
être envisagé sous cet angle.
Le rôle que pourraient ou devraient jouer des organisations
comme les Sociétés nationales de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge pour prévenir la vulnérabilité
écologique ou économique est loin d’être
clairement établi. Certains estiment que cela ne les
concerne absolument pas; d’autres s’y sont essayé.
En Afrique australe, où les sécheresses sont
fréquentes mais irrégulières, on a tenté
de réduire la vulnérabilité des populations
à ces phénomènes par des mesures telles
que la construction de réservoirs ou la distribution
de semences adaptées aux climats arides. De telles
actions préventives, aussi efficaces soient-elles,
ne sont cependant pas toujours regardées comme conformes
aux critères définissant l’assistance
aux plus vulnérables. En outre, le travail préventif
n’a pas l’impact médiatique d’un
conflit, d’une famine ou autre situation de crise.
Au cours des récentes années, tant la Fédération
que le CICR ont repensé en profondeur leur mission
respective. La tâche a été plus difficile
pour la Fédération en raison de sa nature même
— une association regroupant plus de 170 organismes
indépendants dont la taille et le style d’action
diffèrent considérablement. Certaines Sociétés
nationales émergent à peine de l’ère
où “faire le bien” consistait essentiellement
à tricoter des chaussettes, à distribuer des
couvertures et à organiser des campagnes de don du
sang. Or, même les actions les plus charitables méritent
d’être parfois réexaminées d’un
oeil critique. La grande difficulté, c’est de
porter le même regard critique non seulement sur chacune
des Sociétés qui composent la Fédération,
mais aussi sur tous les comités et sections locaux.
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Des
chaussures pour l'hiver
Avec des températures atteignant moins 50 degrés
celsius, pas question de sortir sans chaussures d’hiver
dans les montagnes du Pamir, au Tadjikistan. Les enfants qui
en sont dépourvus — ils sont nombreux —
sont condamnés à rester à la maison et
manquent ainsi l’école. Les écoles du
Pamir sont normalement fermées durant les mois particulièrement
rigoureux de janvier et février. Toutefois, une enquête
conduite en 1995-1996 par la Fédération a révélé
que 30 pour 100 des enfants en âge de scolarité
manquaient les cours également en décembre et
en mars, faute de chaussures. Jusqu’à l’hiver
dernier, la Fédération en a fourni des milliers
de paires à la population locale, mais, désormais,
les écoliers du Pamir confectionnent leurs propres
bottes de cuir, grâce à un programme soutenu
par le gouvernement suédois par l’intermédiaire
de sa Société nationale.
Coordonné par la Fédération et le Croissant-Rouge
du Tadjikistan, ce projet pi-lote a permis à ce jour
de fabriquer 1200 paires de chaussures neuves et d’en
réparer 750 autres. L’hiver prochain, des élèves
des degrés secondaires bénéficieront
d’une formation, d’outils et de matériaux
qui leur permettront de produire plus de 6000 chaussures.
“Tout en répondant à un besoin vital,
ce programme constitue un puissant stimulant pour les habitants,
qui découvrent en eux-mêmes des ressources et
des capacités insoupçonnées,” souligne
Scott Simmons, délégué aux secours détaché
par la Croix-Rouge australienne. A travers cette initiative,
la Fédération espère favoriser l’autosuffisance
et réduire d’autant la dépendance vis-à-vis
de l’aide extérieure.
Thorir Gudmundsson |
| Une
définition cohérente et flexible
La Fédération définit les plus vulnérables
comme “ceux qui sont le plus exposés à
des situations qui menacent leur survie ou leur aptitude à
vivre avec un minimum de sécurité sociale et
économique et de dignité humaine”. Cette
définition peut être interprété
en fonction des conditions et nécessités locales,
ou tout au moins nationales ou régionales. En ce sens,
il représente bien un outil — pour citer le terme
parfois usité à la Fédération
— propre à aider les Sociétés nationales
et leurs comités locaux à repenser leur rôle.
En l’employant strictement comme tel, la Croix-Rouge
danoise, par exemple, a découvert une réalité
parfois différente de la perception populaire. Si vous
demandez au Danois “moyen” qui sont à son
avis les individus les plus vulnérables, il vous répondra
probablement les personnes âgées. Aujourd’hui,
pourtant, ces dernières recueillent les fruits du remarquable
système de sécurité sociale du pays et
leur sort est souvent bien plus enviable que celui de tant
de jeunes chômeurs, sans-abri ou séropositifs.
Et maintenant, que s’agit-il de faire? La réponse
tient dans un élément souvent négligé
lorsqu’on s’attache à évaluer les
vulnérabilités: déterminer les capacités.
Vulnérabilités et capacités sont en effet
les deux faces d’une même pièce. Dans toute
analyse de la vulnérabilité, on examine les
forces et les faiblesses afin de déterminer qui sont
les individus les plus exposés. De même, l’élaboration
des programmes doit prendre en compte l’un et l’autre
éléments. Comme le souligne le Guide de la Fédération
pour l’évaluation des vulnérabilités
et des capacités, nous devons tenir compte du fait
que même les membres les plus fragiles d’une communauté
possèdent des aptitudes, des ressources et des forces
qu’ils peuvent mettre à profit pour s’aider
eux-mêmes — et, peut-être, pour aider les
autres.
En s’efforçant de soutenir ces capacités,
le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
tend à passer d’un rôle de strict pourvoyeur
d’assistance à celui de moteur du développement
communautaire. Pour en revenir à notre définition
selon laquelle la vulnérabilité est ce qui transforme
un phénomène potentiellement dangereux en une
catastrophe effective, il peut, comme le note encore le Guide
de la Fédération, contribuer de façon
notable à réduire la vulnérabilité
en s’attaquant à ses causes profondes par le
biais de programmes d’aide au développement,
de préparation en prévision des catastrophes
et de relèvement. Indubitablement, cela représente
un pas décisif pour atténuer et prévenir
les souffrances humaines. |
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Une
exemple de participation communautaire
“ICI, nous recevons très peu d’assistance,
si ce n’est en période électorale ou lorsqu’il
y a des inondations, explique Carlos. Alors, on nous apporte
des vêtements ou de la nourriture. Parfois, avec un
peu de chance, nous recevons quelques matériaux pour
réparer un peu nos maisons endommagées. Mais,
depuis que la municipalité a décidé de
construire une retenue le long de la rivière, on ne
nous envoie plus rien, car il ne devrait plus y avoir d’inondations.”
Carlos vit dans une banlieue sinistrée comme en comptent
toutes les grandes agglomérations d’Amérique
du Sud. Il a dix enfants à charge, pas de travail,
et sa femme est morte voici quelques mois du choléra.
Depuis, Maria, sa fille de 12 ans, s’occupe de ses jeunes
frères pendant que Carlos se consacre à ses
tâches de volontaire du comité de la Croix-Rouge
de Clorinda, au nord de l’Argentine.
La région du bassin de La Plata est périodiquement
sinistrée par des inondations spectaculaires. En collaboration
avec 21 comités Croix-Rouge d’Argentine, du Paraguay,
d’Uruguay et du Brésil, la Fédération
internationale a mis sur pied des programmes communautaires
de sensibilisation, de santé et d’éducation.
Avec les personnes directement concernées, elle s’emploie
à déterminer les méthodes les plus efficaces
pour limiter les effets des inondations et réparer
les dommages qu’elles provoquent.
Carlos est membre d’un groupe de travail associé
à ce projet. Avec ses compagnons, il est chargé
de dresser un inventaire des ressources et des besoins de
sa communauté. Son groupe a également participé
à plusieurs ateliers organisés par le comité
de la Croix-Rouge ainsi qu’à des séances
de discussion visant à définir les modalités
d’exécution du projet du bassin de La Plata.
“Auparavant, raconte Carlos, nous nous demandions
ce qu’on allait faire pour nous. Mais, depuis que nous
participons directement aux activités et, surtout,
aux décisions concernant ce qui sera entrepris ou non
au sein de notre communauté, nous avons trouvé
quelque chose que personne ne peut nous apporter: la confiance
en nous-mêmes.”
Macarena Aguilar |
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Liesl Graz
Ex-journaliste à The Economist. Aujourd’hui indépendante,
Liesl Graz réside à Epalinges,
en Suisse.
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