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Le Mali: entre guerre et paix


par Sarah Fleming
Après une sanglante guerre civile, le Mali est entré dans une phase de transition délicate où se joue l’avenir du pays. Dans une situation qui reste tendue, les programmes d’assistance doivent être conçus, ciblés et réalisés avec soin, en harmonie avec la culture locale et de manière à produire des résultats durables.

Les habitants du nord du Mali vivent dans une des régions les plus rudes de la planète: le Sahara et le Sahel. Confrontés depuis toujours à des conditions d’existence extrêmement dures, ils ont su développer des modes de vie adaptés à leur environnement, faisant le meilleur usage possible des maigres ressources naturelles et préservant un subtil équilibre intercommunautaire. Les tribus nomades touareg et arabes maintenaient en activité la route du sel — la colonne vertébrale de l’économie nationale — grâce à leurs caravanes de dromadaires qui s’enfonçaient au coeur du Sahara pour y collecter la précieuse substance. Dans le sud, le sel était échangé contre des céréales cultivées par les communautés sédentaires (Sonrahï et Bozo) établies à proximité des principales sources d’eau de la région: le fleuve Niger, le réseau de marécages qui s’étend près de Gao et les lacs situés au sud de Tombouctou, vers les sources du Niger.

Au début des années 90, des populations du nord, se sentant oubliées et abandonnées par les autorités de Bamako, la capitale, se soulevèrent contre les troupes gouvernementales. Il s’ensuivit un tragique conflit ethnique qui déchira les communautés locales et poussa quelque 300000 personnes à quitter le pays ou à s’enfoncer plus profondément dans le désert où ils restèrent terrés pendant plusieurs années. L’économie nationale, déjà fragile, s’en trouva gravement ébranlée.

“Les gens ont été complètement traumatisés par les événements, raconte Attaher, responsable du bureau du CICR à Gao. Tout au long de leur histoire, ils ont été le jouet de l’adversité, ballottés d’une guerre à l’autre.

 

 

 

Restaurer la confiance

Lorsque, la rébellion éteinte, le CICR retourna dans la région pour tenter de secourir les communautés éparpillées par le conflit, les gens prenaient la fuite à l’approche des véhicules. Seuls les employés maliens parvinrent à rétablir le contact avec les habitants terrés dans les vastes étendues désertiques. Recourant à leurs réseaux de relations dans les villages, ils organisèrent des rendez-vous afin de présenter les délégués aux chefs des communautés et aux représentants des ex-belligérants. Grâce à une étroite coopération, le personnel malien et les chefs de villages établirent la nature des besoins les plus pressants et conçurent des programmes adéquats pour y répondre.

Même aujourd’hui, les expatriés ne s’aventurent jamais dans le désert sans être accompagnés par des collègues maliens et des porte-parole de divers groupes ethniques.

Appliquant une nouvelle approche intégrée, le CICR sélectionna un certain nombre de domaines prioritaires sur lesquels concentrer ses efforts en attendant que d’autres organisations soient en mesure d’intervenir à leur tour dans la région. L’un de ces domaines consiste dans l’approvisionnement en eau potable des populations tant nomades que sédentaires.

“Là où l’eau coule en abondance, les gens vivent dans l’opulence”, dit un proverbe touareg. Outre le fait que cette ressource est vitale pour les humains et pour leurs troupeaux, sa rareté peut entraîner de dangereuses tensions entre les différentes communautés. Pendant le conflit, de nombreux puits ont souffert d’un manque d’entretien ou ont été délibérément sabotés, ce qui a entraîné de sérieuses pénuries. Le CICR aide la population à réhabiliter ces points d’eau en fournissant une assistance technique, maté-rielle et logistique ainsi que des informations sur la manière d’entretenir les puits. Ceux-ci doivent être situés à des endroits stratégiques correspondant aux déplacements saisonniers des communautés. Par ailleurs, les puits constituent un lieu de rencontre privilégié pour échanger des informations et renouer les contacts.

Situation sanitaire préoccupante

Les années de conflit ont eu un effet désastreux sur l’infrastructure sanitaire. Le gouvernement malien a introduit un système fondé sur le recouvrement des coûts qui fonctionne bien dans les régions où la population est géographiquement concentrée, mais qui n’est pas adapté au nord du pays dont les habitants, très disséminés, sont souvent trop éloignés des dispensaires de santé et n’ont pas les moyens de payer les soins.

Afin de remédier à cette situation, le CICR a joué un rôle de médiateur entre les communautés concernées et les autorités, organisant des réunions, diffusant des informations et aidant à dresser une “carte sanitaire” qui, sur la base de la densité et des mouvements de population, indique les lieux où il convient de renforcer les services sanitaires. Grâce à cet effort, des postes de santé supplémentaires, placés sous la supervision de médecins basés dans les centres médicaux régionaux, vont être établis, et des équipes mobiles de vaccination seront déployées. De plus, le CICR a lancé un programme d’appui au personnel médical régional et local d’une durée de trois ans, dont l’exécution a été confiée à la Croix-Rouge de Belgique.

Outre leur contribution au bien-être de la population, les projets du CICR jouent un rôle essentiel dans le rétablissement de la confiance. Pour que la paix ait une chance de durer, les habitants du nord doivent surmonter leurs inimitiés en tirant un trait sur le passé et disposer de canaux de communication avec le gouvernement central et le sud plus prospère. Comme le souligne François Grunewald, agronome et consultant auprès du CICR dans le domaine de la réhabilitation agricole et des méthodes d’évaluation: “Les gens ont besoin de croire à l’avenir pour pouvoir enterrer les années de guerre et reconstruire leurs existences.”

 

Sauvez les ânes!

Au Mali, l’âne est l’indispensable compagnon de chacun — “le cheval du pauvre et la bicyclette de l’enfant”. Il sert au transport des marchandises et des gens, représente un bien vital pour les petits commerçants, il tire l’eau des puits plus vite que ne pourrait le faire aucun homme, et constitue un maillon essentiel de la route du sel. Lorsque, à la fin de 1996, une épidémie de pneumonie a commencé à décimer l’espèce, le CICR a traité 2453 ânes et 325 chevaux. Cette action a certainement sauvé quantité de gens du dénuement total. Le CICR a également traité des milliers d’autres animaux contre des ma-ladies comme la peste bovine et la péri-pneumonie. Parallèlement, il a lancé une campagne d’information à l’intention des autorités vétérinaires et des éleveurs afin d’encourager la vaccination du cheptel et de diffuser des méthodes plus efficaces de gestion de ressources.

 

Où aller?

Les habitants de Jaffna sont désespérés. Lors de l’offensive gouvernementale, des milliers de gens ont affronté les violentes pluies de mousson pour gagner des camps de fortune au nord-est de la péninsule. Des milliers d’autres, bravant les tirs d’artillerie, ont entrepris malgré l’interdiction la périlleuse traversée du lagon de Jaffna pour atteindre le “continent”, où ils ont trouvé refuge dans des écoles, des temples et des églises. Là, les conditions de vie étaient si épouvantables qu’aussitôt annoncée la reprise de la péninsule par les forces régulières, des centaines de milliers de Tamouls ont repris le chemin de leurs foyers.

Alors qu’ils commencent une fois de plus à rassembler les morceaux de leurs existences brisées, ils découvrent que la guerre n’est pas finie, mais qu’elle s’est, comme eux, déplacée. Maintenant, d’autres communautés, plus au sud, sont à leur tour prises dans l’étau du conflit.

Sarah Fleming
Rédactrice au département des ressources extérieures du CICR.

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