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La face cachée de la transition
par Karin Mattison |
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Les plus durement touchés
par la crise qui secoue l’ancienne République
soviétique de Géorgie sont évidemment
les plus vulnérables. Dévasté, le secteur
social n’est plus en mesure d’apporter à
ces victimes de la transition l’assistance dont elles
auraient besoin. Dans un tel contexte, l’aide extérieure,
comme celle que fournit la Croix-Rouge, peut faire la différence
entre la vie et la mort. |
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Autrefois, la Géorgie était considérée
comme le joyau de l’Union soviétique. Ses habitants
y jouissaient de l’un des niveaux de vie les plus élevés
de la région, et les exportations industrielles assuraient
l’équilibre budgétaire du pays. Aujourd’hui,
l’industrie est morte, surtout à Rustavi, au
sud de la République, où les gens n’ont
plus d’emploi, plus de maison et plus guère d’espoir. |
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Une crise générale
Souvent, les plus durement touchés par la crise se
sont retranchés derrière des portes fermées,
trop las ou trop malades pour solliciter de l’aide.
En frappant à des centaines de portes d’immeubles
décrépits et en s’efforçant de
mobiliser les institutions publiques compétentes, la
Croix-Rouge de Géorgie et la Fédération
internationale sont parvenues à tirer de l’oubli
nombre de ces malheureux.
Svetlana, 90 ans, ne connaît que trop les effets de
la transition. Abandonnée à son sort, elle passe
ses journées allongée sur son lit – une
vieille chaise de plage trouvée sur une décharge.
Elle souffre d’une arthrite aiguë qui la réduit
à l’immobilité la plupart du temps. Avec
sa retraite de 8,5 laris (environ 6 dollars) par mois, il
lui reste à peine de quoi acheter un kilo de bœuf
et quelques kilos de pain, une fois payées les factures
de chauffage et d’électricité. Svetlana
figure parmi les quelque 50000 vieillards isolés qui
reçoivent des colis alimentaires mensuels de la Fédération. |
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Au milieu des ruines
Le secteur social étant pratiquement réduit
à néant, l’assistance aux plus vulnérables
est souvent laissée aux soins d’organisations
non gouvernementales comme le Mouvement international de la
Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Sacha, membre de la Croix-Rouge de Géorgie, s’occupe
à Rustavi d’une maison de retraite qui héberge
une majorité de femmes. Anciennement centre de soins
ambulatoires, le bâtiment semble sur le point de s’écrouler,
mais les pensionnaires n’en sont pas moins reconnaissants
d’avoir un toit sur la tête. L’année
dernière, la Croix-Rouge néerlandaise a fourni
des fonds afin de réhabiliter l’immeuble. On
a remis des vitres aux fenêtres, recrépi et peint
les murs, installé un chauffage. Grâce à
ces travaux, le froid mortel de l’hiver a été
tenu à l’écart.
En 1997, la Fédération a pour sa part rénové
des locaux à usage médical et social qui disposent
désormais d’installations de chauffage et de
toitures étanches. Cette contribution à la restauration
d’une partie même modeste du système de
santé national est vitale pour les bénéficiaires.
L’hôpital psychiatrique de Surami, à la
périphérie de Tbilissi, est l’un des cinq
établissements spécialisés à profiter
des programmes d’assistance de la Fédération
internationale. Des vivres, des médicaments et des
vêtements y ont été distribués
à la soixantaine de patients dont c’est l’unique
domicile. Cette clinique, sûrement très active
autrefois, n’a plus aujourd’hui que deux ou trois
services en fonction. A l’extérieur, on peut
voir des bus qui ne transporteront plus jamais de malades,
car réduits à l’état d’épaves
mais qui n’ont pas été remplacés
pour autant. “Ce serait formidable d’avoir une
ambulance”, soupire le docteur Malkhazi Tchagorhvili.
Malheureusement, ses ressources sont bien minces en dehors
de celles que lui fournit la Croix-Rouge. |
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Violences ethniques
A l’instar de maintes autres parties de l’ex-Union
soviétique, la Géorgie a connu depuis le démantèlement
les affres de conflits internes nés de velléités
d’indépendance. L’Abkhazie, jadis lieu
de vacances très prisé, est aujourd’hui
cernée de champs de mines et gardée par des
troupes russes et des observa-teurs de l’ONU. La plupart
des habitants ont fui. L’Abkhazie et la Géorgie
ne peuvent survivre l’une sans l’autre. Pourtant,
le conflit continue, au détriment de tout le monde.
Aujourd’hui, la Géorgie abrite quelque 200000
personnes déplacées provenant de l’Abkhazie.
En 1997, la Fédération a fourni une assistance
à 130000 d’entre elles dans la région
de Samegrelo, à l’ouest du pays. La plupart vivent
auprès de parents ou dans des centres collectifs aménagés
dans d’anciens hôtels décrépits
et privés d’eau courante, où les incendies
sont fréquents. Des efforts ont été mis
en œuvre pour encourager ces gens à rentrer chez
eux, mais, étant donné qu’ils ont généralement
tout perdu et que la violence perdure, cela n’a eu pratiquement
aucun effet. |
Reconstruire
le pays
Maillon essentiel du pipeline pétrolier qui relie
l’Azerbaïdjan aux ports de la mer Noire, la Géorgie
pourrait retirer de cette situation stratégique de
substantiels profits. Mais, compte tenu des nombreux problèmes
auxquels elle est actuellement confrontée – violences
interethniques, crise économique, dislocation sociale
– le relèvement sera difficile. Les organismes
d’assistance ont jusqu’ici joué un rôle
crucial en secourant les habitants les plus durement touchés
par la transition. Dorénavant, toutefois, il va falloir
répondre à des besoins plus durables et résoudre
des problèmes de fond.
Dans cette perspective, nombre d’organisations ont
entrepris de réexaminer leurs priorités et stratégies.
Paul Murray, chargé de programme à la Fédération
internationale, explique l’orientation future des activités
de l’organisation en Géorgie: “Nous allons
réduire progressivement nos opérations d’urgence
et mettre l’accent sur la promotion de l’autosuffisance
parmi les groupes vulnérables et au sein de la Société
nationale. La priorité est au renforcement des capacités.”
Certes, la situation des Géorgiens n’a, hélas,
rien d’original dans la région. C’est pourquoi
les bailleurs de fonds sont de plus en plus réticents
à financer les programmes en cours et exercent des
pressions croissantes pour réduire et réorienter
les activités. Néanmoins, il convient de rappeler
que l’aide apportée par le Mouvement de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge à des centaines de milliers d’habitants
du pays aura revêtu – et continue de revêtir
– une importance vitale pour les victimes de la brutale
transition survenue dans l’ancienne Union soviétique.
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Karin Mattison
Journaliste résidant en Suède. |
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