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Financement de l’assistance
par Randolph Kent |
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multitude d’agences humanitaires, aussi bien multilatérales
que bilatérales ou non gouvernementales, semblent aujourd’hui
confrontées à de sérieuses difficultés
de financement. Faut-il pour autant céder au défaitisme?
Si la crise est réelle, quelles en sont les causes
et les conséquences – et comment pourrait-on
y remédier? Dans le cas contraire, comment s’explique
ce sentiment généralisé que les ressources
ne suffisent plus aux besoins? En tout état de cause,
ne devrions-nous pas envisager des approches nouvelles des
crises humanitaires et de nouvelles façons de promouvoir
l’action humanitaire? |
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Je ne crois pas à l’usure de la compassion”,
déclare Margareta Wahlström, sous-secrétaire
général en charge des opérations à
la Fédération internationale. “Nous avons
des témoignages constants de la vitalité de
ce sentiment. A chaque fois que survient un séisme
ou une inondation, l’argent afflue.” Ce point
de vue est corroboré par nombre de ses collègues
à la Fédération et au CICR. “L’année
dernière, note Urs Boegli, responsable de la communication
au CICR, a été la meilleure que nous ayons connue
sur le plan du financement, tout au moins en termes de contributions
en espèces. Cela tient en partie au fait que nos donateurs
reconnaissent l’importance croissante des activités
de protection.”
Les statistiques officielles indiquent elles aussi que le
financement des acti-vités humanitaires demeure stable.
D’après le Comité d’aide au développement
de l’OCDE, l’aide humanitaire – “visant
à atténuer les souffrances et les privations”
– s’est régulièrement chiffrée
à environ 6 milliards de dollars au cours des trois
années écoulées. Pour le Mouvement de
la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les besoins financiers
sont également restés relativement stables.
Toutefois, cette vision optimiste des choses ne reflète
pas les efforts de plus en plus considérables qu’il
faut déployer pour obtenir les ressources nécessaires,
ni la concurrence acharnée à laquelle se heurtent
tous ceux qui aspirent à une part du gâteau,
quelle qu’en soit la taille. Elle semble plutôt
suggérer, pour reprendre les termes d’un responsable
du CICR, “qu’on arrive toujours à vendre
un bon produit”. |
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Derrière
les statistiques
Pour autant, on ne saurait balayer toute inquiétude
concernant le financement de l’action humanitaire. Derrière
l’apparente bonne santé des chiffres se cachent
des problèmes plus complexes. Symptomatique des dilemmes
auxquels sont confrontées les organisations humanitaires
est notamment le fait que les grandes catastrophes constituent
désormais un facteur déterminant de leur propre
survie. Un autre problème réside dans l’expansion
des frontières de l’action humanitaire.
La hausse ou la baisse des ressources allouées à
l’aide humanitaire reflète une corrélation
logique entre les crises en développement et les besoins
humanitaires à n’importe quel moment. Il n’est
peut-être pas inutile de rappeler à cet égard
que les contributions humanitaires ont atteint leurs niveaux
les plus élevés en 1994-1995, durant la sécheresse
qui a ravagé vingt-trois pays d’Afrique, ainsi
qu’entre 1992 et 1994, lors de l’effondrement
de la Somalie et de l’ex-Yougoslavie et au lendemain
du génocide rwandais.
Si les crises en développement continuent de mobiliser
des fonds, celles qui se prolongent sans évolution
notable tendent à être délaissées
et les appels d’un nombre croissant d’organismes
d’assistance ne sont que partiellement couverts. C’est
en cela qu’on peut parler de déclin des ressources
humanitaires. Selon un responsable de la Fédération,
les gouvernements sont de moins en moins disposés à
engager des dépenses lorsque les problèmes semblent
insolubles, comme en Somalie ou dans la région des
Grands Lacs. Pour certains, cette réticence s’explique
moins par la situation en soi que par l’absence de solutions
créatives. D’autres invoquent la crainte des
gouvernements de favoriser un système d’aide
humanitaire où les contributions en espèces
et en nature des donateurs deviennent des éléments
semi-permanents de l’économie des communautés
bénéficiaires.
Un autre dilemme pour les donateurs réside dans l’expansion
du champ d’action humanitaire. Aujourd’hui, celui-ci
englobe un très large éventail de compétences
et de spécialisations qui va du soutien psychosocial
au dé-minage. La pertinence et l’importance de
ces activités pour le bien-être à long
terme des populations concernées ne sauraient être
mises en doute, mais le coût des interventions s’en
trouve considérablement augmenté. |
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Des frontières fluctuantes
Il y a une décennie, les besoins et les coûts
des opérations humanitaires étaient beaucoup
plus faciles à déterminer: puits instantanés,
programmes de nutrition, vêtements, abris, distribution
d’eau et soins de santé primaires en constituaient
les éléments essentiels et invariables. Depuis
les dramatiques sécheresses du début des années
80 en Afrique, toutefois, le contenu, les outils et les frontières
de l’action humanitaire se sont considérablement
étendus. Progressivement, celle-ci est venue combler
les vides laissés par l’effondrement des structures
de pouvoir et des services publics. Et les grandes crises
des années 90 ont amené la communauté
humanitaire à nouer des liens plus étroits avec
les instances politiques.
Maintien de la paix, sanctions internationales et droits
de l’homme sont devenus étroitement imbriqués
avec l’action humanitaire. De plus en plus souvent,
les appels d’urgence des organismes d’assistance
incluent des éléments visant à restaurer
les mécanismes de gouvernement et à améliorer
l’organisation sociale des populations concernées.
Programmes de réconciliation et de recherche de personnes,
de prévention des conflits, de planning familial et
de réhabilitation des forces de l’ordre sont
peu à peu entrés dans le cadre des mesures destinées
à assurer la survie et le bien-être à
long terme des communautés assistées. Comme
le souligne Steve Davey, sous-secrétaire général
de la Fédération en charge de la communication
et de la coordination des politiques: “Les frontières
de l’aide humanitaire sont de moins en moins définies
par ce que l’on fait et de plus en plus par les circonstances
dans lesquelles on le fait.”
Le caractère de plus en plus fluctuant du champ d’action
humanitaire explique en grande partie pourquoi les ressources
semblent se faire plus rares: un nombre croissant d’organisations
sollicitent des fonds pour réaliser un nombre croissant
d’activités regroupées sous le label flou
d’aide humanitaire. Dans l’ensemble, les donateurs
se montrent bien disposés à élargir la
définition des besoins et des interventions humanitaires,
ce qui est tout à leur honneur. Toutefois, cette tendance
s’accompagne inévitablement d’une confusion
accrue entre le politique et l’humanitaire.
La mince ligne de partage qui sépare l’aide
d’urgence, le développement et l’action
politique peut poser de véritables problèmes
aux organisations humanitaires. “Nos liens se sont fortement
resserrés, convient Margareta Wahlström, et peut-être
était-ce inévitable. Ce qui est en jeu, maintenant,
c’est la manière dont nous nous situons: politiquement
engagés ou non.” Andreas Lendorff, qui a dirigé
pendant près de vingt ans la Division des secours du
CICR avant de s’occuper des activités de financement,
exprime un point de vue similaire. “Les organisations
humanitaires, déclare-t-il, sont de plus en plus confrontées
à des situations de ni guerre, ni paix. La neutralité
qui sous-tend toutes les activités humanitaires risque
de dépendre de plus en plus d’instruments politiques
plus conventionnels tels que les forces de maintien de la
paix.”
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Le
prix à payer pour améliorer l’assistance
Les frontières fluctuantes de l’action humanitaire
contribuent assurément à augmenter la compétition
pour les ressources. Mais il en va de même des efforts
déployés pour affiner les interventions. Selon
Urs Boegli, les opérations de secours conventionnelles
sont généralement faciles à financer.
En revanche, les choses se compliquent dans le cas de programmes
respectueux du contexte culturel et axés sur des solutions
durables. Il cite en exemple les expériences tentées
au Soudan et en Somalie, où le CICR a préféré
“fournir des semences plutôt que des aliments,
et des vaccins pour le bétail plutôt que du bétail”.
“Autrement dit, souligne-t-il, plus on s’applique
à résoudre les causes profondes de la crise,
plus il est difficile de mobiliser des fonds.”
De fait, les donateurs préfèrent souvent donner
des vivres plutôt que des fonds pour acheter des semences.
De même, ils sont réticents à financer
le coût à première vue élevé
de services d’experts, quand bien même ces derniers
aident les communautés concernées à mettre
en place des solutions qui limiteront le recours à
l’aide extérieure. En bref, ils optent plus volontiers
pour des projets faciles à défendre devant les
parlementaires et les ministres des finances, les médias
et autres groupes influents. |
| Contrôle,
affectation des fonds et partenariat
Les exigences accrues concernant l’utilisation des
fonds publics, les enjeux politiques liés à
certaines crises humanitaires en cours ou potentielles et
le renforcement des compétences gouvernementales représentent
autant d’éléments d’explication
des efforts déployés pour exercer un certain
contrôle sur les activités humanitaires. Cette
volonté de contrôle s’exprime entre autres
par l’imputation des fonds à des programmes particuliers,
par des propositions de partenariats et par l’obligation
de rendre compte des activités réalisées.
L’affectation des fonds n’est pas une
nouveauté dans le financement de l’aide humanitaire.
En dépit des tentatives répétées
de diverses organisations pour convaincre les donateurs de
renoncer à cette pratique, ces derniers restent nombreux
à vouloir décider à quel usage précis
seront utilisées leurs contributions. Pour Andreas
Lendorff, cela ne constitue pas nécessairement une
contrainte insupportable. Il estime que, dans 80 pour 100
des cas, les conditions régissant l’utilisation
des fonds alloués au CICR sont tout à fait acceptables
et ménagent à l’organisation une marge
de manœuvre suffi-
sante. Le problème devient plus sérieux lorsque
les critères d’affectation sont si précis
et si rigides qu’ils ne permettent pas de s’adapter
à l’évolution des besoins.
La volonté, chez les donateurs, de nouer des partenariats
avec des organisations non gouvernementales ou même
multilatérales est en revanche plus récente.
Cette tendance comporte des risques non négligeables.
Compte tenu de la nature éminemment politique de certaines
crises humanitaires, on peut légitimement craindre
que des partenariats entre des gouvernements donateurs et
des organisations humanitaires ne minent les principes fondamentaux
de neutralité et d’impartialité qui régissent
l’action de ces dernières. Tel est bien le sens
du cri d’alarme lancé en 1994 par une grande
institution multilatérale, qui estimait que ses accords
de financement avec l’Office humanitaire de la Communauté
européenne (ECHO) mettaient en danger ses propres programmes
de protection dans la région des Grands Lacs et menaçaient
de compromettre toute coordination efficace entre les différentes
agences présentes sur le terrain.
Bien entendu, tout cela dépend de la nature des partenariats.
Le bagage d’expériences et de compétences
disponible au sein de certains départements gouvernementaux
chargés de l’aide extérieure peut s’avérer
très précieux pour évaluer les situations
de crises et, jusqu’à un certain point, pour
planifier les interventions appropriées. Au milieu
des années 90, on a eu avec la Somalie un exemple relativement
heureux de collaboration entre les gouvernements et les agences
humanitaires. Et, depuis 1992, les agences des Nations Unies
se montrent toujours favorables à la participation
de représentants des bailleurs de fonds dans leurs
processus d’appels consolidés, ne serait-ce que
pour accélérer la mobilisation des ressources.
Néanmoins, de sérieux doutes subsistent quant
à la pertinence de nouer des relations trop étroites
entre les différentes parties. En fait, le “partenariat”
peut revêtir des formes très diverses –
collaboration dans le cadre de projets élaborés
en commun, évaluations conjointes, échanges
d’informations, dialogue – le seul véritable
risque étant que l’une ou l’autre des parties
n’impose des orientations incompatibles avec les mandats
et principes de son ou ses partenaires.
“Nous sommes conscients, déclare Jean-Daniel
Tauxe, directeur des opérations du CICR, que nous devons
nous montrer plus ouverts et échanger nos points de
vue beaucoup plus tôt que nous ne le faisions par le
passé. Cela dit, nous devons aussi préserver
notre indépendance en termes de planification et de
mise en oeuvre.” Pour cela, souligne Urs Boegli, il
faut que les relations soient clairement définies.
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D’où
vient l’argent? …et où il va
Les activités du CICR sont entièrement
financées par des contributions volontaires de gouvernements,
de Sociétés nationales et d’organisations
supranationales telles que la Commission européenne,
ainsi que par des dons provenant de diverses instances publiques
et privées. Chaque année, le CICR sollicite
ses donateurs par le biais des Appels d’urgence afin
de financer les activités conduites sur le terrain
par sa cinquantaine de délégations et par le
biais de l’Appel Siège afin de couvrir les dépenses
d’administration, de coordination et de supervision
des activités humanitaires depuis Genève. En
cas d’accroissement des besoins ou de nouvelle crise
pendant une période budgétaire donnée,
il sollicite des fonds supplémentaires au moyen d’appels
complémentaires (Budget Extension Appeals) ou d’appels
spéciaux. Il reçoit des contributions en espèces,
en nature et en services; les contributions émanant
des gouvernements et de la Commission européenne représentent
plus de 85 pour 100 du total des fonds reçus par le
CICR.
La Fédération internationale
assure le financement de ses activités sur le terrain
et au siège de trois façons: par les contributions
statutaires, par les contributions volontaires destinées
au fonctionnement du siège et par les contributions
volontaires affectées aux opérations sur le
terrain. Les contributions statutaires sont versées
par les Sociétés nationales selon un barème
fixé par l’Assemblée générale
de la Fédération. Les contributions volontaires
au siège proviennent de Sociétés nationales,
de gouvernements et d’autres donateurs; elles servent
à financer l’exécution du Plan de travail
stratégique par le Secrétariat. Les contributions
volontaires pour les opérations de secours et autres
activités sur le terrain proviennent de Sociétés
nationales, de gouvernements, d’organisations non gouvernementales
et d’autres sources; elles sont affectées aux
opérations et programmes mentionnés dans l’Appel
d’urgence de la Fédération internationale.
Le financement des Sociétés nationales
reflète leur profonde diversité. Les sources
de
revenus les plus courantes sont les suivantes: subventions
gouvernementales, dons d’entreprises, activités
commerciales, recouvrement des coûts, contributions
internationales (Croix-Rouge/ Croissant-Rouge ou autres),
cotisations des membres et dons individuels.
Les dix premiers donateurs en 1997
CICR
États-Unis 151,97
CE 92,29
Suisse 81,01
Suède 38,77
Pays-Bas 34,68
Royaume-Uni 33,41
Norvège 23,24
Japon 18,59
Canada 17,00
Danemark 11,49
(Millions de CHF)
Fédération
CE* 59,81
États-Unis 37,91
Suède 33,84
Norvège 27,51
Royaume-Uni 17,51
Japon 14,72
Allemagne 12,04
Corée (Rép.) 10,65
Pays-Bas 9,94
Danemark 9,21
* Y compris contributions ECHO aux Soc.nat.
(Millions de CHF)
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Répondre
de ses actions
Le succès des efforts de financement est de plus
en plus étroitement lié à la notion de
responsabilité. Les donateurs peuvent se montrer plus
ou moins flexibles dans leur définition de l’humanitaire,
il n’en reste pas moins que toutes les parties doivent
d’une manière ou d’une autre répondre
de leurs actions. Toutefois, la question de savoir “à
qui” il y a lieu de rendre des comptes est encore loin
d’être tranchée pour les donateurs comme
pour les organismes d’assistance. Ces derniers sont-ils
responsables essentiellement vis-à-vis des bénéficiaires,
autrement dit de ceux qui sont visés par leur action?
Et, pour les donateurs, s’agit-il de justifier de l’efficacité
de l’aide publique ou de satisfaire aux préoccupations
des ministères des finances?
Pour beaucoup, l’apparition de nouvelles responsabilités
et obligations a créé de sérieux dilemmes.
D’un côté, les donateurs poussent vers
ce que l’on pourrait appeler des “solutions globales”,
mais, dans le même temps, ils encouragent des projets
spécifiques faciles à évaluer au regard
de paramètres bien définis. Qui plus est, certains
bailleurs de fonds limitent leur soutien aux activités
sur le terrain et se refusent à contribuer aux dépenses
de fonctionnement des sièges de leurs partenaires.
Par ailleurs, les efforts de transparence et de performance
se heurtent à des problèmes de bureaucratie
interne. La responsabilité vis-à-vis des victimes
de catastrophes et autres situations de crise posent des questions
telles que la pertinence et l’opportunité de
l’assistance fournie. Le plus souvent, c’est à
“l’exécutant” qu’il incombe
de rendre des comptes. Cette conception de la responsabilité
est trop simpliste, car elle néglige les conséquences
opérationnelles des procédures bureaucratiques
et des préférences des donateurs. Il apparaît
donc indispensable que les bailleurs de fonds se penchent
sérieusement sur la question de leur propre responsabilité,
une mise en question qui risque d’être diversement
appréciée.
Qui plus est, les critères imposés à
cet égard par un ministère des fi-nances ne
coïncident pas toujours avec ceux appliqués par
le département de l’aide extérieure du
même gouvernement. Là encore, les organisations
humanitaires, soucieuses de se plier aux exigences de tel
ou tel donateur, peuvent se trouver dans des situations très
embarrassantes.
De manière générale, toutefois, ces
organisations répondent parfaitement aux exigences
des bailleurs de fonds. La véritable question réside
dans le temps et les ressources consacrés à
cet effort. En effet, une part croissante des fonds alloués
par les donateurs sert à satis-faire leur demande en
la matière, et la nécessité de critères
standardisés se fait de plus en plus urgente. “L’obligation
de rendre compte de nos actions ne nous pose aucun problème,
confirme un représentant du CICR. Ce que nous souhaiterions,
c’est que les donateurs conviennent d’une procédure
unifiée dans ce domaine. Cela contribuerait à
renforcer notre efficacité tout en réduisant
les coûts.” |
| Nouvelles
stratégies de coopération
Quoi qu’il en soit, les organisations non gouvernementales
et multilatérales vont être obligées de
rationaliser leurs interventions dans les pays en crise. Le
chaos entretenu par la prolifération anarchique de
groupes bien intentionnés va devoir céder la
place à une stratégie coordonnée entre
toutes les parties concernées. Selon Michael Hayes,
responsable du développement institutionnel à
la Fédération, une façon de concilier
efficacité et responsabilité consisterait à
promouvoir beaucoup plus activement le développement
des capacités locales et des institutions communautaires.
S’agissant de la Croix-Rouge, une Société
nationale forte représente dans la plupart des cas
l’instrument le plus approprié et le plus efficace
pour faire face aux crises humanitaires, du fait de sa familiarité
avec l’environnement socioculturel et de son implantation
au sein de la collectivité.
Cela dit, la communauté humanitaire va également
devoir renforcer ses liens avec des partenaires moins conventionnels,
notamment avec le secteur commercial. Dans la majorité
des pays en développement, le potentiel de ce secteur
dépasse de beaucoup celui des ONG et des organisations
multilatérales. Heureusement, il commence à
prendre conscience qu’il lui appartient de jouer un
rôle dans la prévention des conflits, le relèvement
et autres efforts humanitaires, ne serait-ce que pour préserver
son cadre d’investissement et de croissance. Dès
lors, le défi consiste pour les organisations humanitaires
à canaliser les intérêts et préoccupations
du secteur commercial de manière à répondre
aux besoins des individus et communautés vulnérables
sans que soient compromis les principes humanitaires fondamentaux.
Les entreprises commerciales sont de plus en plus intéressées
par des partenariats humanitaires, confirme Dwight Mihalicz,
responsable du développement des sources de financement
à la Fédération. Leurs dirigeants sont
séduits par “l’aura” associée
à ce domaine d’activité et leurs employés
apprécient de travailler pour une entreprise “charitable”.
Les entreprises sont également attirées par
les possibilités d’échanges d’informations
et de formation que comporte la collaboration avec des organisations
humanitaires.
Quant à ces dernières, elles voient dans les
partenariats avec le secteur commercial un précieux
potentiel pour réhabiliter ou développer l’infrastructure,
prévenir les conflits grâce à des politiques
d’emploi judicieuses, fournir des services d’éducation
et de santé et assurer une multitude d’autres
activités à vocation humanitaire. Toutefois,
chaque partie doit faire preuve de circonspection. Du point
de vue des organisations humanitaires, souligne un responsable
du CICR, de tels partenariats présentent de sérieux
risques politiques, les entreprises commerciales pouvant être
tentées de miser sur leur “engagement humanitaire”
pour influer sur les procédures d’achat.
Cela étant, les perspectives de collaboration sont
réellement intéressantes, à condition
que les organisations humanitaires se tiennent fermement à
leurs principes et mandats.
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Marketing
d’hier et de demain
Le marketing associé à une cause est à
la mode depuis que l’American Express Corporation a
contribué, il y a une vingtaine d’années,
à la restauration de la Statue de la Liberté.
Un nombre croissant d’organisations humanitaires autorisent
que leur nom soit utilisé, de diverses manières,
par des entreprises commerciales afin de collecter des fonds
supplémentaires. L’utilisation de l’emblème
de la croix rouge dans le cadre du projet HelpAd est un bon
exemple des avantages mutuels qui peuvent résulter
de la “publicité croisée”. Les entreprises
associées au projet bénéficient de l’image
positive que véhicule le symbole et la Croix-Rouge
– Sociétés nationales et Fédération
– touche en retour une partie du produit des ventes.
A ce jour, toutefois, les ressources obtenues grâce
à ce genre de partenariat sont loin d’égaler
celles provenant des sources de financement traditionnelles.
Mais nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements
du marketing humanitaire. Récemment, une loterie a
été lancée à l’initiative
de sympathisants de l’action de la Croix-Rouge. Comme
l’expliquent les responsables de la Fédération,
il importe de tester toutes les voies possibles afin de garantir
le financement de besoins humanitaires en pleine expansion.
Cartes téléphoniques, collectes de fonds sur
Internet, partenariats avec le secteur commercial, sollicitation
de fondations et autres accords de coopération constituent
autant de stratégies à explorer.
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Où
trouver les ressources?
Pour la communauté humanitaire, le vrai problème
demeure: où trouver les ressources nécessaires
pour financer des activités en pleine expansion? De
l’avis de certains analystes, une distinction moins
rigide de la part des donateurs entre secours et développement
permettrait de tirer un meilleur parti des fonds disponibles
grâce à une approche intégrée de
l’assistance aux sociétés et aux gouvernements
en crise. Néanmoins, cela ne suffirait certes pas à
résoudre le problème.
De fait, non seulement le champ d’action humanitaire
continue de s’étendre, mais, si on en croit une
récente étude de l’Agency for International
Development des Etats-Unis se fondant sur les grandes ten-dances
économiques, sociales, politiques et environnementales,
la fréquence, la complexité et l’étendue
géographique des catastrophes vont continuer d’augmenter.
Dans ces conditions, les organisations humanitaires vont devoir
retourner au bon vieux tableau noir et dessiner des schémas
plus performants si elles veulent assurer le financement de
leurs activités. Elles vont devoir examiner de plus
près les différentes interactions qui les unissent
et les relations stratégiques qu’il conviendrait
de développer pour l’avenir. Elles vont devoir
imaginer des méthodes de collecte de fonds qui n’auront
plus rien à voir avec les bonnes vieilles cagnottes
d’antan.
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Randolph Kent |
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