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Un minimum de respect
par Carole Vann / InfoSud |
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le cadre d’un projet intitulé “Sphere”,
un groupe d’organisations humanitaires a publié
une charte énonçant les droits et les services
minimums que peuvent revendiquer les populations victimes
de guerres ou d’autres situations de crise. La Fédération
internationale a joué un rôle de premier plan
dans cette initiative visant à garantir la dignité
des personnes vulnérables. |
| La
crise des Grands Lacs a illustré de façon dramatique
les limites de l’aide humanitaire. Dans la confusion
la plus totale, des centaines d’organisations non gouvernementales
(ONG) s’étaient précipitées dans
la région. Sur place, on s’est bientôt
égaré dans d’interminables discussions
techniques, chacun prétendant imposer ses critères
d’assistance. Dans le chaos de la guerre et des mouvements
de population, tout, jusqu’au moindre détail,
faisait l’objet d’âpres négociations:
combien de toilettes fallait-il installer dans les camps?
À quelles distances les unes des autres? Que devait-on
distribuer? En quelles quantités? Qui s’en chargerait? |
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Une
charte internationale
Partant de ce constat, un comité de huit organisations
humanitaires a lancé l’idée d’une
charte internationale qui assurerait “des services et
des droits minimums” aux populations victimes de guerres
ou de catastrophes naturelles. Mené par la Fédération
internationale des Sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge, ce comité rassemble quelques-unes
des principales ONG intervenant sur le terrain: Care International,
Caritas Internationalis, l’Alliance internationale Save
the Children, la Fédération luthérienne
mondiale, Médecins Sans Frontières, Oxfam International
et le Conseil œcuménique des églises.
Pendant une année, des centaines d’ONG du monde
entier ont été invitées à participer
à des ateliers de travail dans plusieurs villes du
Sud. Une di-zaine de pays donateurs et des agences onusiennes,
ainsi que le Comité international de la Croix-Rouge
(CICR) se sont aussi intéressés de près
à cette initiative. “Nous avons diversifié
au maximum les intervenants en faisant appel à des
universitaires et à des hommes du terrain. Par ailleurs,
nous avons donné une place importante aux voix du Sud.
Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et
du Croissant-Rouge de 160 pays ont participé aux consultations”,
explique Joel McClellan, Secrétaire exécutif
du comité de direction du projet.
Ce travail a abouti à la publication d’un rapport
énonçant les standards minimums auxquels devraient
se con-former les organisations humanitaires sur le terrain.
Ledit rapport se divise en deux grandes parties. La première
traite des questions de fond et contient une charte humanitaire
qui s’inspire d’éléments du droit
international et du Code de conduite du Mouvement. Cette charte
réaffirme, entre autres, la différenciation
entre combattants et civils, le droit au non-refoulement et
le respect de l’intégrité corporelle et
morale des bénéficiaires. “Le projet Sphere
met en relief la relation de partenariat entre les organisations
humanitaires et les bénéficiaires, précise
Susan J. Purdin, administratrice du projet. Ces derniers ont
des droits qu’ils peuvent revendiquer et ils ont leur
mot à dire sur la qualité de l’assistance
et sur la manière dont elle est fournie.”
Le volet pratique de cette charte éthique se situe
dans la seconde partie du rapport. De façon très
pragmatique, il énonce les besoins de base qui garantissent
la dignité des victimes. Ces exigences recouvrent cinq
grands domaines: l’approvisionnement en eau et le système
sanitaire; les programmes alimentaires; les services de santé;
les programmes nutritionnels; les abris et leur emplacement.
Les questions pratiques sont abordées dans les moindres
détails, chiffres à l’appui. |
| Professionnaliser
l’humanitaire
“Le projet Sphere ne va pas révolutionner
le monde de l’humanitaire, reconnaît Peter Walker,
directeur à la Fédération du département
des politiques relatives aux catastrophes. Toutefois, nous
espérons pouvoir changer la manière de travailler
de certaines ONG et les inciter à se dégager
d’une forme d’assistance paternaliste. Qu’elles
ne se considèrent plus comme un service postal chargé
de délivrer de l’humanitaire, mais qu’elles
travaillent sur une base de réciprocité avec
les bénéficiaires.” En d’autres
termes, il s’agit de professionnaliser l’humani-taire
en exigeant des ONG qu’elles soient à même
d’assurer un service minimum auprès des victimes.
La concrétisation du projet doit se dérouler
sur deux ans et comprend trois grandes étapes. Tout
d’abord, il s’agit de faire connaître le
contenu du rapport dans un maximum de pays. Des séminaires,
auxquels participeront de nomreuses ONG et agences onusiennes
sont prévus. “Nous misons aussi sur la diffusion
de ces informations sur Internet, qui constitue un outil de
travail important pour les ONG des pays du Sud”, ajoute
Peter Walker.
Vient ensuite l’application sur le terrain. “Nous
réfléchissons aux moyens de faire respecter
ces standards minimums. Il faut faire connaître leurs
droits aux bénéficiaires, mais aussi inciter
les organisations à travailler dans la transparence,
explique Susan J. Purdin. La pression des autres ONG et des
donateurs devrait jouer un rôle déterminant à
cet égard.”
Le plus délicat – c’est la troisième
étape – consistera à trouver un système
de contrôle. Qui s’en chargera? Et de quelle manière?
“On pourrait peut-être développer un système
de médiateurs ou de consultants indépendants
qui recevraient les doléances et qui interviendraient
en plusieurs étapes auprès des ONG concernées”,
suggère Peter Walker.
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Questions
et défis
Reste que cette charte ne répond pas aux questions
les plus sensibles. Car, avec ce droit au service minimum,
le risque est de voir d’immenses attentes de la part
des bénéficiaires dans des situations où
le minimum du minimum s’avère impossible. Par
exemple, quand les victimes elles-mêmes ne se montrent
pas coopératives, ou lorsqu’il y a des troubles
dans le camp ou encore des problèmes d’accès
ou des entraves de la part des autorités. Que faire
également lors d’un conflit non médiatisé
ou lorsque les victimes sont mal vues des donateurs? Comment
agir quand il n’y a pas de fonds de la communauté
internationale? Il y a, enfin, le cas extrême où,
comme au Burundi ou en Tchétchénie, les organisations
humanitaires ne travaillent plus à cause de l’insécurité.
Selon le Sénégalais Hassan Ba, secrétaire
général de Synergie Africa, cette initiative
n’en demeure pas moins très louable. Mais attention
aux dérapages! Ce cadre, souligne-t-il, ne doit pas
entraîner une nouvelle technocratie de l’humanitaire
sous prétexte qu’il aura été établi
à Genève ou à Londres. “Si cette
charte veut séparer les bonnes des mauvaises graines,
bravo. Mais si professionnalisme signifie darwinisme humanitaire,
c’est-à-dire la survie des plus forts au détriment
des petites ONG, c’est inacceptable.”
“Certaines ONG du Nord, poursuit-il, agissent avec
leur logique sans tenir compte du processus de survie que
les gens ont pu mettre en place avant leur arrivée.
Dans certains cas, en Afrique, il est plus important de donner
la priorité aux personnes âgées qui sont
porteuses de la sagesse. Mais la logique culturelle de l’Occident
veut que les femmes et les enfants passent en premier. Trop
souvent, ces ONG étran-gères utilisent le concept
de partenariat pour, en fait, renforcer leurs programmes à
travers les associations locales.”
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Le rapport The Sphere Project, Minimum Standards in Humanitarian
Response est disponible au siège de la Fédération
internationale des Sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge à Genève. Des traductions
en français et en espagnol sont prévues. |
Carole Vann / InfoSud
Journaliste, l’auteur collabore avec l’agence
de presse InfoSud sise à Lausanne, Suisse. |
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