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Les parlementaires à l’aide
par Jean-François Berger |
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Dans le cadre de sa diplomatie
humanitaire,le CICR entretient des relations étroites
et suivies avec les acteurs politiques, en particulier les
gouvernements. Mais quels sont les liens du Mouvement avec
le monde mal connu des parlementaires? Point de départ
de notre enquête, la 100e Conférence interparlementaire
qui s’est tenue à Moscou en septembre dernier. |
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Réunis dans l’enceinte grandiose du Kremlin
pour le rendez-vous annuel de l’Union interparlementaire
(UIP), quelque 1200 parlementaires représentant 123
pays ont durant une semaine débattu divers sujets d’intérêt
commun. Appartenant à des horizons culturels et politiques
fort différents, ces parlementaires ont pour point
commun d’être élus par la voie des urnes
afin de défendre les intérêts de leurs
électeurs. C’est-à-dire d’élaborer
des lois et de contrôler l’action gouvernementale
dans leurs pays respectifs. Mais au fait, qu’est-ce
qui relie les parlementaires à l’action humanitaire?
De toute évidence, les liens sont importants et constituent
un formidable potentiel de coopération pour toutes
les entités du Mouvement international de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge. |
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Un agenda humanitaire
“Les victimes des guerres ne sont pas des électeurs.
Ils ne représentent pas de voix et n’ont donc
pas beaucoup de poids”, observe l’Espagnol Miguel
Angel Martinez, président de l’UIP. “C’est
pourquoi les parlementaires ont un devoir moral de se mobiliser
autour des questions humanitaires.” Se mobiliser, l’image
revient souvent. Mais autour de quelles priorités,
et comment? Divers chantiers sont ouverts à la concertation.
En marge de la conférence statutaire de Moscou, les
femmes parlementaires ont tenu une réunion où
la situation des femmes en temps de guerre a été
abordée. Pour Svetlana Goriatcheva, vice-présidente
de la Douma (Parlement) de Russie, “les femmes peuvent
contribuer à freiner la violence en participant davantage
aux responsabilités – notamment législatives
– car une femme est une mère désireuse
de sécurité pour ses enfants. Si les voix des
femmes avaient été écoutées, il
n’y aurait peut-être pas eu de guerre en Tchétchénie.”
Pour tous les parlementaires, c’est aussi l’occasion
de plaider en faveur du respect des droits de l’homme
alors que l’on commémore le 50e anniversaire
de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Selon Ahmed Fathi Sorour, président de l’Assemblée
du peuple égyptienne, “les parlementaires sont
des acteurs de première ligne en matière de
protection des droits de l’homme, car ils ont pour mandat
d’observer ce qui se passe dans la réalité
quotidienne.” Bien sûr, les perceptions des droits
de l’homme et leur ordre de priorité varient
en fonction des différents niveaux de développement
économique et social auxquels appartiennent les parlementaires.
Autre sujet d’intérêt, la prévention
des conflits, qui s’avère capitale dès
qu’il est question d’enjeux concrets. Prenons
l’exemple de l’eau: la question de l’accès
à l’eau, de sa préservation et de sa gestion
fait partie des grands sujets d’intérêt
commun exigeant des approches parlementaires groupées
et interactives. Selon Moutari Moussa, président de
l’Assemblée nationale du Niger et secrétaire
général de l’Union des Parlements africains,
“les parlementaires doivent traiter des questions de
développement telles que l’eau dans un cadre
régional, afin d’harmoniser les législations
des pays concernés.” L’adoption de consensus
régionaux favorise le règlement des contentieux,
tout le monde en convient. Mais cela implique des efforts
opiniâtres de la part des parlementaires, car il est
vrai que toute adaptation des lois natio-
nales est une longue patience.”
“L’attribution et l’utilisation rationnelle
de l’eau est au centre des priorités de notre
région. Ce qui implique un dialogue approfondi entre
tous les membres nationaux avant d’aboutir à
un accord formel”, confirme Francisco Campbell, secrétaire
du Comité des Parlements d’Amérique centrale.
Des propos qui revêtent aujourd’hui un sens particulièrement
aigu compte tenu des terribles inondations qui ont ravagé
le Honduras, le Nicaragua et le Guatemala en octobre dernier. |
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Le rôle-clé des parlementaires
A côté des principaux sujets de l’ordre
du jour, les parlementaires profitent de la Conférence
pour faire avancer d’autres sujets. Comme la question
des mines antipersonnel qui, même si elle ne figure
plus à l’agenda, continue à mobiliser
les énergies. Il est vrai que le succès de la
campagne visant à l’interdiction des mines antipersonnel
doit beaucoup aux parlementaires de par le monde et à
leur action efficacement coordonnée par l’UIP.
Dans ce domaine, la délégation canadienne poursuit
une intense activité en faveur de la signature et de
la ratification du Traité d’Ottawa, à
l’image de la bouillonnante Linda Finestone, pour qui
la bataille est loin d’être terminée: “Les
parlementaires ont démontré de quel poids ils
peuvent peser. Surtout en matière de ratification puisque
sans leur approbation, les traités restent lettre morte.”
Mais ratifier n’est pas tout. L’étape
suivante consiste à intégrer les dispositions
d’un traité dans les législations nationales.
C’est dans cette optique qu’a été
mis sur pied un comité spécial de l’UIP
chargé de promouvoir le respect du droit humanitaire
et qui mène actuellement au niveau parlementaire une
enquête mondiale sur l’application nationale des
règles du droit humanitaire. Cette mise à jour
se fait en étroite coopération avec le CICR,
en particulier avec ses Services consultatifs qui ont pour
mission d’appuyer les Etats dans leurs efforts d’adaptation
des législations nationales, efforts auxquels sont
fréquemment associées les Sociétés
nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et la Fédération
internationale des Sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge.
Comme le souligne Pierre Apraxine, délégué-juriste
du CICR pour la CEI, les mesures prioritaires de mise en œuvre
concernent notamment l’adaptation de la législation
interne pour permettre la répression des crimes de
guerre, ce qui implique souvent des modifications des codes
pénaux. Pour préparer effectivement l’adoption
des mesures de mise en œuvre, il est indispensable de
coaliser les différents acteurs impliqués au
niveau national en créant des commissions de mise en
œuvre du droit international humanitaire. La législation
sur l’emblème est également un domaine
important qui mobilise les parlementaires. Ce que confirme
Lioudmila Potravnova, présidente de la Croix-Rouge
de Russie et vice-présidente de la Fédération
internationale: “Les conférences de ce genre
nous permettent de rencontrer des parlementaires de nombreux
pays du monde et d’attirer leur attention sur les aspects
juridiques des activités des Sociétés
nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et, notamment,
sur la question du respect de l’emblème de la
croix rouge et du croissant rouge”.
Pour Arnold Luethold, de la Division des Organisations internationales
au CICR, “le forum des parlementaires permet de dialoguer
et d’attirer l’attention sur de nouvelles problématiques,
par exemple l’émergence des armées privées
qui agissent le plus souvent dans un vide juridique”.
En évoquant ce phénomène en séance
plénière de l’UIP, Luethold a engagé
les parlementaires à réglementer les activités
de ces compagnies privées qui fournissent des services
armés. Même si l’impact de ce type d’intervention
est difficile à mesurer, surtout à court terme,
il faudra répéter ce message régulièrement
de manière à ce qu’il soit entendu et
intégré dans l’agenda humanitaire des
parlementaires.
Comme le souligne Anders Johnson, secrétaire général
de l’UIP, “les parlements sont le relais institutionnel
des préoccupations de la société. Ils
sont le milieu au sein duquel les aspirations de la société
s’expriment dans toute leur diversité et celui
où elles sont canalisées et traduites en volonté
collective. Ils sont aussi, comme institution et par l’entremise
individuelle de leurs membres, la courroie de transmission
auprès des peuples des normes et recommandations votées
par les gouvernements dans les instances internationales.”
Cette réalité constitue un élément
important sur lequel la diplomatie humanitaire d’aujourd’hui
doit davantage s’appuyer.
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Point
de vue
Cornelio Sommaruga, président du CICR
Cornelio Sommaruga, en quoi les parlementaires
peuvent-ils être utiles à l’action humanitaire?
Primo, comme législateurs qui élaborent et
adoptent des normes et des traités utiles à
la protection des victimes. Secundo, comme promoteurs des
valeurs humanitaires dans le débat démocratique.
Et, enfin, comme experts aptes à pousser et à
faire accepter les budgets indispensables à l’action
humanitaire.
Par quels canaux passez-vous pour atteindre le
monde parlementaire?
Par les organes existants, tels que l’Union interparlementaire
qui constitue un lieu extraordinaire pour faire passer des
messages humanitaires. Parallèlement, nous entretenons
des liens étroits avec les assemblées régionales,
comme par exemple le Conseil de l’Europe. Sans négliger
les contacts bilatéraux dans chaque pays, avec un accent
fort sur les commissions des Affaires étrangères
des parlements nationaux.
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Jean-François Berger
J.-F.Berger est rédacteur en chef pour le CICR du magazine
Croix-Rouge, Croissant-Rouge. |
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