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Que faire contre le bug
de l’an 2000 ?
par Peter de Jager |
| Peter
de Jager est un spécialiste reconnu des questions liées
au bug informatique de l’an 2000. Depuis huit ans, il
s’évertue à promouvoir la prise de conscience
du problème et à persuader les gouvernements
et les milieux des affaires à prendre les mesures qui
s’imposent. La rédaction lui a demandé
quels sont les principaux risques et comment s’y préparer. |
| Je
ne me considère pas comme un pessimiste, pourtant,
chaque année, je dépense une part notable de
mon revenu en assurances — maison, voiture, décès,
maladie — parce que nul n’est jamais à
l’abri d’un accident. Maintenant que l’illusion
d’invulnérabilité de la jeunesse est derrière
moi, je me prépare le mieux possible en prévision
d’éventuelles catastrophes et, alors seulement,
je m’en remets au destin. Comment je détermine
le niveau de préparation qui convient à telle
ou telle éventualité? En procédant à
une simple analyse des risques et en étudiant les statistiques.
Je pourrais, par exemple, figurer parmi les nombreux individus
appelés à mourir soudainement demain, aussi
me semble-t-il raisonnable de pourvoir aux besoins de ma famille
dans une telle hypothèse. De même, j’estime
sage de me prémunir contre l’accident de voiture,
la maladie ou l’incendie qui pourrait me frapper. Bref,
les précautions dont je m’entoure pour l’avenir
se fondent sur l’expérience que j’ai des
dangers qui menacent tout un chacun.
S’agissant du fameux “bug de l’an
2000”, l’absence de précédent limite
singulièrement notre aptitude à définir
avec une certaine précision les mesures qu’il
convient d’adopter. Les risques sont bien réels,
mais leur gravité varie considérablement selon
les domaines. Dans le cas de l’aide à la navigation,
par exemple, le bug informatique pourrait empêcher des
avions de décoller, mais il ne saurait provoquer leur
chute. Quant aux équipements médicaux, seul
un faible pourcentage d’appareils semble susceptible
d’être affecté dans son fonctionnement,
mais, du point de vue du patient qui s’apprête
à passer sur la table d’opération, la
menace est loin d’être insignifiante. En ce qui
concerne les centrales nucléaires, un test de simulation
réalisé aux Etats-Unis a mis hors service un
système de surveillance. A plus ou moins brève
échéance, un tel incident nécessiterait
la fermeture des installations, entraînant ainsi de
sérieuses conséquences économiques.
Si nous choisissions d’ignorer ces risques,
nous agirions de manière irresponsable. Certes, il
est impossible de prévoir et d’empêcher
tous les problèmes qui pourront résulter du
bug de l’an 2000. Déjà, certaines multinationales
admettent qu’elles ne parviendront pas à tout
régler en temps voulu. Reste à savoir si, une
fois les défaillances constatées, on saura y
remédier avant que les dégâts ne soient
trop importants. |
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Qu’est-ce
que le bug de l’an 2000 et en quoi nous concerne-t-il?
Le bug de l’an 2000 a été créé
à une époque où la mémoire des
ordinateurs était beaucoup plus limitée et coûteuse
qu’aujourd’hui. Afin de l’économiser,
les programmateurs décidèrent d’utiliser
deux chiffres plutôt que quatre pour désigner
les années. Cet usage persista bien après que
sa justification première eut disparu et les nombres
à deux chiffres furent également employés
dans les puces électroniques présentes dans
une multitude de machines, produits et appareils allant des
automobiles aux ascenseurs en passant par les systèmes
de ventilation et d’alarme qui font partie intégrante
de notre vie quotidienne.
Lorsque nous changerons de siècle, les programmes
basés sur des codes à deux chiffres ne feront
pas la distinction entre 2000 et 1900. Si lesdits programmes
comportent des procédures subordonnées au passage
du temps, on s’expose à des conséquences
totalement imprévisibles. Personne n’est en mesure
de dire quels problèmes peuvent survenir, quelle pourra
être leur ampleur et combien de temps ils pourront durer.
Heureusement, les gouvernements, les banques et autres institutions
financières, les entreprises commerciales et autres
organismes exposés à ces problèmes s’y
préparent très activement.
Ce texte est tiré d’une brochure de la Croix-Rouge
américaine consacrée à la préparation
au bug de l’an 2000. On peut la consulter sur son site
web: www.redcross.org. La Fédération a constitué
une cellule de crise afin d’analyser tous les aspects
du problème. Les contributions des Sociétés
seront les bienvenues (e-mail: black@ifrc.org). Voir également
sous: “The ICRC and the transition to the year 2000”,
http://www.icrc.org. |
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Prévention
à la carte
Pour en revenir aux mesures préventives, celles-ci
dépendront étroitement des moyens à disposition,
du niveau de dépendance technologique et du degré
de préparation existant face à des événements
similaires. Je vis moi-même à Toronto (Ontario),
ville canadienne étroitement assujettie à la
technologie. Pour autant que je peux en juger, les responsables
des secteurs les plus directement concernés —
finances, télécommunications et énergie
— prennent le problème très au sérieux
et agissent de manière adéquate. En outre, la
rigueur des hivers canadiens fait que ma communauté
est dans l’ensemble bien préparée à
surmonter les défaillances d’infrastructure.
On en a eu la confirmation lors des tempêtes givrantes
de 1998, à la suite desquelles la région de
Montréal a été privée durant deux
à trois semaines d’électricité,
de services et de transports. Et, à mon avis, une telle
période d’autonomie est amplement suffisante
pour venir à bout des méfaits potentiels du
bug de l’an 2000.
Mais tout le monde ne vit pas dans ma communauté.
Dans d’autres régions du monde — je songe
à l’Extrême-Orient, à la Russie,
à l’Europe occidentale (notamment à l’Italie)
et à l’Afrique centrale on a peu, voire rien,
fait pour se préparer au jour ‘J’ et une
autonomie de deux à trois semaines, en admettant qu’elle
existe, pourrait s’avérer insuffisante. Là,
l’impact potentiel du bug se présente sous un
jour différent et incontestablement plus menaçant.
Bien sûr, il existe aussi des régions et pays
qui, comme l’Amérique du Sud, l’Espagne,
l’Allemagne et les Caraïbes, se tiennent à
mi-chemin entre la négligence et la préparation
intensive.
L’une des meilleures façons de se préparer
consiste à identifier aussi clairement que possible
les menaces auxquelles la communauté est exposée.
Dans tous les cas, il convient de se soucier en priorité
de la trinité fondamentale: finances, télécommu-nications
et énergie. Pourquoi? Parce que, dans ces secteurs,
toute rupture, même de courte durée, a des effets
fulgurants et d’une portée incalculable. On s’assurera
donc que les banques, les télécommunications
et le secteur énergétique ont bien pris en compte
les risques associés au bug. Si les centrales nucléaires,
en particulier, n’ont pas été “immunisées”,
il faudra le faire sans délai ou, à défaut,
les fermer pendant la période de transition. Une telle
mesure sera beaucoup moins coûteuse et préjudiciable
que les retombées d’une éventuelle défaillance.
Ensuite, on se préoccupera des systèmes d’approvisionnement,
notam-ment en denrées alimentaires et en produits pharmaceutiques.
Les transports terrestres sont moins menacés que les
transports sur mer ou par avion, mais il importe néanmoins
d’examiner de près toute la chaîne de distribution,
y compris la production, afin d’évaluer les risques
d’interruption. Les conclusions de ces diverses enquêtes
constitueront la meilleure des indications pour déterminer
le niveau de préparation requis.
En conclusion, les risques associés au bug de l’an
2000 sont réels, mais ils varient en fonction du contexte.
Pour les minimiser, il convient de prendre les mesures qui
s’imposent sur la base d’une évaluation
minutieuse des besoins et des capacités de chaque communauté. |
Peter de Jager
Pour plus d’informations, consultez le site internet
créé par l’auteur: www.year2000.com.
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