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Depuis toujours, Jean Mohr s'applique
à "jeter des ponts". Né à Genève
en 1925, il a personnellement vécu l'exclusion et les
brimades pendant son adolescence à Genève, en
raison de ses origines allemandes. "J'étais une
cible toute trouvée", constate-t-il sans trace
d'amertume.
Jeter des ponts, c'est se rapprocher
des autres et franchir des frontières de tous ordres.
La première traversée le conduit en 1949 au
Moyen-Orient, où il s'engage comme délégué
du CICR, puis au sein de l'Office de secours et de travaux
des Nations unies pour les réfugiés de Palestine
dans le Proche-Orient (UNRWA). Deux années durant,
ce diplômé en sciences économiques et
sociales s'occupe donc de réfugiés palestiniens
dans les camps d'Hébron et de Jéricho. C'est
à ce moment-là qu'il achète son premier
appareil-photo, un Exacta allemand. Il s'oriente ensuite vers
la peinture et s'installe à Paris. Puis, à l'âge
de 30 ans, il se lance dans ce qui deviendra la passion de
sa vie: la photographie. Son nouveau métier l'emmènera
en reportage sous presque toutes les latitudes pour le compte
du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés,
du CICR, de la Fédération internationale et
de bien d'autres mandataires. Parallèlement, à
travers ses recherches formelles, Jean Mohr entreprend d'explorer
les trésors visuels offerts par la nature et de fixer
la fascinante action du temps sur divers objets et lieux du
quotidien.
Dans son uvre riche et singulière,
l'exil et la marginalité occupent une place prépondérante.
Une évidente empathie l'unit aux "exclus",
sans doute en écho à son propre vécu.
Alors, en douceur, il s'emploie à jeter des ponts,
sa manière à lui de photographier.
Jean-François Berger
Bibliographie
Mémoires de photographes, Jean Mohr, CD-ROM
français/anglais.
After the last Sky, Palestinian lives, 1998, Edward
Sahid and Jean Mohr, Columbia University Press, 1998.
Another way of telling, John Berger, Jean Mohr, Paperback,
1982.
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Autoportrait, Genève, 1966.
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