|
|
 |
 |
 |
 |
|
|
 |
Vingt ans de DIH en Pologne
by Katarzyna Derlicka
|
|
Créé il y a plus de vingt ans sous le régime
communiste, le Cours d'été de Varsovie sur le
droit international humanitaire est devenu un rendez-vous incontournable
pour les juristes. À ce jour, plus de six cents spécialistes
y ont pris part. |
|
''Quelle autre ville que Varsovie, anéantie durant
la Seconde guerre mondiale, pouvait mieux incarner l'esprit
humanitaire? Comme le phénix renaissant de ses cendres,
la capitale polonaise symbolise l'espoir et la négation
des effets dévastateurs de la guerre au même
titre que la Croix-Rouge symbolise la paix dans un monde en
folie."
C'est par ces mots qu'Alexandre Hay, président du CICR,
avait justifié en 1977 le choix de Varsovie pour accueillir
le premier Séminaire Croix-Rouge européen sur
la diffusion du droit international humanitaire (DIH). Il
ignorait alors que cette réunion allait donner naissance
à une institution durable: le Cours d'été
de Varsovie sur le DIH.
Le séminaire de 1977, organisé à l'initiative
du CICR, avait rassemblé des représentants de
Sociétés nationales d'Europe et d'Amérique
du Nord afin de débattre de l'urgente nécessité
d'une diffusion élargie du DIH parmi différentes
composantes de la société. Pour faire suite
à cette rencontre, la Croix-Rouge polonaise, avec le
concours du CICR, mit sur pied en 1979 à Cracovie un
symposium de professeurs de droit. C'est là que prit
forme l'idée d'un cours annuel de DIH pour étudiants
en droit européens et nord-américains.
|
|
|
Un
pont Est-Ouest
Varsovie a été choisie pour différentes
raisons. Outre la formidable reconstruction de la ville évoquée
dans le discours d'Alexandre Hay, il faut mentionner la détermination
de la Croix-Rouge polonaise. Si l'idée du cours a été
nourrie par diverses personnalités nationales du monde
juridique, ce sont en effet des membres de la Croix-Rouge
qui ont pris les choses en mains, notamment le professeur
Remigiusz
Bierzanek.
Le choix de Varsovie n'était par ailleurs pas exempt
de signification politique. Située au cur de
l'Europe, la Pologne a toujours joué un rôle
de pont entre l'Est et l'Ouest. En accueillant le cours de
DIH, la Croix-Rouge polonaise escomptait favoriser l'établissement
d'un dialogue sur les questions humanitaires entre les deux
blocs.
En 1981, la première édition rassembla vingt-neuf
étudiants provenant en majorité de pays occidentaux
et de Pologne. Pour certains d'entre eux, comme Elzbieta Mikos-Skuza,
ce cours aura eu un impact durable. Pourtant, la jeune étudiante
polonaise y avait pris part de façon accidentelle,
entraînée à la dernière minute
par un collègue. "À l'époque",
raconte-t-elle, "les contacts avec des professeurs et
étudiants étrangers étaient rares."
Quant au thème, il exerça un tel attrait sur
la jeune femme qu'un an plus tard, elle consacrait sa thèse
de doctorat aux Protocoles additionnels aux Conventions de
Genève. Aujourd'hui, Elzbieta Mikos-Skuza enseigne
le DIH à l'Université de Varsovie et travaille
comme consultante juridique pour la Croix-Rouge polonaise.
Bien entendu, elle intervient aussi comme conférencière
dans le cadre du cours d'été de Varsovie.
En décembre 1981, l'instauration de la loi martiale
plongea le pays dans un climat de terreur bien peu propice
aux débats et aux échanges. "Le cours fut
annulé deux années de suite", rapporte
Alina Kusmierczyk, coorganisatrice du cours depuis sa création.
"Pendant cette tragique période", explique-t-elle,
"les activités du CICR, de la Fédération
internationale et de la Croix-Rouge polonaise à Varsovie
étaient entièrement focalisées sur l'assistance
aux internés, aux détenus politiques et autres
victimes du régime d'exception." Pour Alina comme
pour Elzbieta, les contacts avec le Mouvement revêtirent
une importance particulière dans ces temps difficiles.
"C'était comme un rayon de soleil dans les ténèbres
cela nous redonnait espoir et nous aidait à
poursuivre notre tâche", se souvient Elzbieta.
|
Témoignages
"Ayant pratiqué pendant plusieurs années
le droit civil aux États-Unis avant de travailler à
plein temps pour la Croix-Rouge, j'ai été fortement
impressionné par le cours de Varsovie, dont le contenu
a dépassé mes attentes. Il vaut la peine de
mentionner que quatre de mes collègues du département
des Services internationaux de la Croix-Rouge américaine,
activement engagés dans nos activités de diffusion,
sont eux aussi passés par le cours de Varsovie."
|
|
James R. Ackley, Directeur, soutien international
Département des services internationaux, Croix-Rouge
américaine
|
|
"Le premier cours d'été de Varsovie, en
1981, a constitué mon premier contact avec le DIH et
avec la Croix-Rouge. Mon professeur de droit international
était sceptique. Il doutait que le droit soit vraiment
applicable dans les situations de conflits armés ()
À Varsovie, j'ai bénéficié d'une
excellente introduction au DIH et j'ai trouvé une réponse
concluante au questionnement de mon professeur. Fort de mon
expérience de collaborateur du CICR et de coauteur
d'un ouvrage intitulé How does Law Protect in War,
j'enseigne à mes élèves que le DIH représente
une contribution majeure au droit international."
|
|
Marco Sassóli, professeur de droit international
à l'Université du Québec à Montréal,
Canada, et consultant bénévole en DIH auprès
de la Croix-Rouge canadienne.
|
|
"Les cours d'été de Varsovie, auxquels
j'ai participé en tant qu'élève et que
conférencier, ont exercé sur moi une profonde
influence professionnelle et intellectuelle et ils m'ont donné
l'occasion de mieux comprendre et apprécier le rôle
du CICR en tant que garant des Conventions de Genève.
C'est une chose que de connaître les dispositions du
DIH, c'en est une autre que de prendre conscience du contexte
historique dans lequel elles s'inscrivent et de bénéficier
de l'expérience et des compétences transmises
de génération en génération par
le CICR."
|
|
Dino Kritsiotis, chargé de conférences
à la Nottingham School of Law, Royaume-Uni.
|
|
Un rayonnement mondial
En 2002, le cours d'été de Varsoviea fêté
sa 20e édition en accueillant 40 participants provenant
de plus de 30 pays. Récemment, des réunions
similaires ont été mises sur pied en Afrique,
en Amérique latine et en Asie du Sud.
Le cours de Varsovie procure au CICR, qui a joué un
rôle clé dans son organisation dès le
premier jour, une occasion unique de former des étudiants
et de jeunes juristes au droit international humanitaire.
"Ces sessions jouissent d'une telle réputation
qu'elles sont désormais regardées comme quasiment
indispensables par nos spécialistes et par ceux des
Sociétés nationales", souligne Antoine
Bouvier, délégué du CICR auprès
des institutions académiques et directeur du cours
depuis 1998.
"Au fil des ans, le cours d'été est devenu
la meilleure vitrine de la Croix-Rouge polonaise", observe
Alina Kusmierczyk. De fait, une récente étude
a révélé que plus de 50 pour 100 des
diplômés du cours de Varsovie continuent de travailler
pour la Société nationale. "Certaines Sociétés
s¦urs reprendraient volontiers le flambeau", poursuit
Alina, "mais comment le fameux cours d'été
de Varsovie pourrait-il bien se tenir ailleurs qu'à
Varsovie?"
|
|
|

Katarzyna Derlicka
Katarzyna Derlicka travaille au département international
de la Croix-Rouge polonaise.
|
|
 |
 |
 |
Haut de page
| Nous contacter | Crédits
| Edition antérieure
| Webmaster

© 2003 | Copyright
|
|
|