|
|
 |
 |
 |
 |
|
|
 |
La spirale de la violence
par Tope Akinwande |
|
Depuis plus d'une décennie,
l'Afrique de l'Ouest est embourbée dans des conflits
généralisés et étroitement entremêlés
qui ont déjà fait des milliers de morts et de
mutilés et entraîné l'exode de plus d'un
million d'habitants. Après le Liberia, la Sierra Leone
et la Guinée, la Côte d'Ivoire a été
emportée à son tour dans la tourmente en automne
2002. |
|

Arrivée à Conadry de Guinéens
qui ont fui la Côte
d'Ivoire (mars 2003)
|
A la veille de l'invasion de l'Irak par la coalition américano-britannique,
le Conseil de sécurité des Nations unies a lancé
un cri d'alarme au sujet d'une autre région ravagée
par la guerre: l'Afrique de l'Ouest. En Côte d'Ivoire,
les récents événements avaient jeté
des dizaines de milliers de civils sur les routes. "Je
poursuivais des études de droit quand mon pays a sombré
à nouveau dans la violence", raconte Bradley Brown,
un réfugié libérien âgé
de 24 ans. "J'aimerais pouvoir rentrer chez moi, terminer
ma formation et me lancer dans la carrière d'avocat
et de militant des droits de l'homme. Je suis las de passer
d'un camp de réfugiés à un autre."
Son ami ivoirien Arnaud Gahé, dix-neuf ans, venait
d'être accepté dans une faculté d'économie
en France. Il se trouvait dans la ville de Man, à l'ouest
du pays, pour faire ses adieux à sa famille, en novembre
2002, quand les combats ont éclaté entre les
forces armées ivoiriennes et les groupes d'opposition.
Il lui a fallu s'enfuir pour sauver sa peau, abandonnant ses
projets d'avenir. "Je voulais devenir un grand économiste
et travailler pour la Banque africaine de développement
ou pour la Banque mondiale. Mes rêves se sont envolés
à cause de cette guerre, car j'ai perdu tous mes documents
de voyage et d'étudiant."
|
|
Une décennie de conflits
Les conflits en Afrique de l'Ouest sont généralement
caractérisés par des affrontements ethniques
transfrontaliers, par des actes de pillage et par le recours
à des mercenaires, de la part aussi bien des forces
gouvernementales que des groupes rebelles. La violence a éclaté
en 1989 avec le déclenchement au Liberia d'une guerre
civile qui allait durer sept ans et s'étendre ultérieurement
à la Sierra Leone, poussant une multitude d'habitants
de ces deux pays à chercher refuge en Guinée.
Celle-ci devint bientôt le premier pays d'accueil du
monde, avec une population de réfugiés de plus
de 400 000 personnes. Une telle situation, qui se prolongea
tout au long des années 1990, eut évidemment
un impact déstabilisateur sur le pays, qui parvint
toutefois à se tenir en dehors des luttes régionales
jusqu'en 2000, année où des groupes armés
de Sierra Leone (notamment le Revolutionary United Front
RUF) et du Liberia lancèrent plusieurs attaques sur
son territoire. En mars 2001, un point critique fut atteint
lorsque des combats éclatèrent dans une base
militaire du Bec de Perroquet, une région guinéenne
étranglée entre la Sierra Leone et le Liberia.
Des dizaines de milliers de réfugiés, ainsi
que leurs hôtes guinéens, furent contraints de
se replier dans l'intérieur du pays.
Depuis lors, la situation s'est peu à peu améliorée
et on n'a plus déploré d'affrontements transfrontaliers,
à part des heurts sporadiques entre l'armée
du Liberia et les opposants des Liberians United for Reconciliation
and Democracy (LURD). Les réfugiés ont été
réinstallés loin des frontières dans
un environnement plus sûr et des centaines de milliers
de Sierra-léonais sont rentrés dans leur pays
après la signature d'un accord de paix officiel le
18 janvier 2002.
Néanmoins, la tension reste très vive dans
cette partie explosive de l'Afrique de l'Ouest. Au cours des
derniers mois, on a enregistré une inquiétante
recrudescence des hostilités au Liberia et les trois
pays de l'Union de la Mano River (Liberia, Sierra Leone et
Guinée) s'accusent mutuellement d'abriter des groupes
d'opposition armés.
|
|
|
Une
région gangrenée
Certes, les conflits qu'ont connu le Liberia, la Sierra Leone
et la Guinée ont eu des effets dévastateurs,
mais aucun n'aura autant menacé de déstabiliser
l'ensemble de la région que la crise ivoirienne. Jusqu'alors
le pays le plus stable de l'Afrique de l'Ouest, la Côte
d'Ivoire a basculé dans le chaos en septembre 2002,
quand un simple mouvement de protestation contre la démobilisation
imminente d'un groupe de soldats s'est transformé en
une guerre ouverte. Le territoire a bientôt été
coupé en deux, trois groupes armés le
Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), le Mouvement
patriotique ivoirien pour le Grand-Ouest (MPIGO) et le Mouvement
pour la Justice et la Paix prenant le contrôle
du nord et de l'ouest et cantonnant le gouvernement au sud
du pays.
Avec quelque cinq millions d'étrangers, en majorité
des migrants économiques, la Côte d'Ivoire était
le cur économique et politique de la région.
Depuis le début des troubles, des milliers de civils
ont été tués, des millions de personnes
ont été déplacées à l'intérieur
des frontières et quelque 400 000 autres principalement
des ressortissants étrangers ont fui vers les
pays voisins.
Le CICR, qui coordonne les opérations en raison de
la situation de conflit, et la Fédération internationale
soutiennent activement les efforts de la Croix-Rouge ivoirienne
en faveur des victimes de la crise. "Avec les bureaux
du CICR à Abidjan, à Bouaké, à
Korhogo et à Man, et les 39 sections locales de la
Croix-Rouge ivoirienne, nous couvrons l'ensemble du territoire",
affirme Simon Pleuss, délégué communication
du CICR à Abidjan. "Comme nous bénéficions
de l'accord et des garanties de sécurité de
toutes les parties au conflit, nous sommes vraiment en mesure
d'assister toutes les communautés affectées."
Peu après le début des troubles, la Croix-Rouge
ivoirienne a mis en place avec le concours de la Fédération
internationale des permanences téléphoniques
à l'intention des personnes nécessitant une
assistance. "Nous avons reçu de nombreux appels
concernant des blessés à évacuer",
rapporte Louis-Philippe Aka, coordinateur des services d'intervention
d'urgence de la Société nationale. "Plusieurs
hôpitaux débordés nous ont aussi demandé
un appui en personnel et en logistique. La situation était
chaotique."
Elle s'est encore détériorée avec l'extension
des combats à d'autres régions du pays, en particulier
Bouaké, Korogho, Daloa et Man. "Le CICR a soutenu
des services vitaux pour la population, dans les domaines
notamment de la santé et de l'approvisionnement en
eau", rapporte Simon Pleuss. "Depuis le début
des hostilités, nous avons également organisé
trente-quatre convois humanitaires à travers la ligne
de front et assuré des visites régulières
à des combattants et des civils détenus en relation
avec le conflit."
Dans les zones tenues par les rebelles comme dans celles
sous contrôle gouvernemental, les volontaires de la
Croix-Rouge ont pris d'énormes risques pour secourir
les victimes. À Abidjan, la Croix-Rouge ivoirienne
a distribué des secours non alimentaires à des
milliers d'habitants qui se sont retrouvés sans toit
suite à la décision des autorités de
raser des bidonvilles afin d'empêcher que des rebelles
n'y cherchent refuge.
La situation est particulièrement alarmante dans l'ouest
du pays. "Nous nous sommes efforcés d'assister
les personnes vulnérables vivant dans cette région,
mais notre tâche a été rendue très
difficile par l'insécurité ambiante", explique
Monique Coulibaly, présidente de la Croix-Rouge ivoirienne,
qui précise que quatre volontaires ont été
tués à Toulepleu. "Durant les premiers
jours de combats à Bouaké, les volontaires Croix-Rouge
étaient les seules personnes visibles dans les rues
à part les combattants", note fièrement
Germain Konan Kouamé, chargé d'information à
la section locale. "Nous avons sillonné tout le
secteur pour recueillir et identifier les corps des victimes.
Nous avons aussi aidé à évacuer les déchets
à l'extérieur de la ville."
Au moment de la rédaction de cet article, la situation
ne semblait pas devoir s'améliorer. "Dans l'ouest
du pays", notait Pierre Ryter, chef de la délégation
du CICR en Côte d'Ivoire, "notre action est sérieusement
entravée par les problèmes de sécurité."
|
Réfugié globe-trotter
Quand il ne lit pas sa Bible ou n'écoute pas les informations
sur son transistor délabré, Pappy Good Old Days,
de son vrai nom David Crawford Siaway Jr., passe son temps
à bavarder avec d'autres réfugiés, en
particulier des adolescents qu'il abreuve de leçons
de morale et de souvenirs du bon vieux temps, de l'époque
où "les gens pouvaient traverser les frontières
sans craindre de se faire trouer la peau par une balle rebelle".
Cette référence permanente à un passé
pacifique lui a valu son surnom de Pappy Good Old Days - ou
Pépé Bon Vieux Temps. Il est très apprécié
de ses compagnons d'exil, qui se tournent régulièrement
vers lui en cas de dispute.
La sérénité et l'égalité
d'humeur de David Siaway donnent tout son poids à sa
philosophie et son histoire est emblématique de celles
de milliers de réfugiés pris dans la tourmente
des conflits en Afrique de l'Ouest. Après des études
d'économie et de droit, David a travaillé au
sein d'une institution financière jusqu'à son
départ du Liberia en 1990, avec quinze membres de sa
famille. Réfugiés dans un premier temps en Sierra
Leone, David et les siens ont dû fuir à nouveau
la guerre en 1992, d'abord pour la Guinée, puis la
Côte d'Ivoire, où ils sont restés jusqu'en
1997. Rentrés au Liberia après les élections
générales, avec l'espoir de reconstruire leur
vie au pays, ils ont été contraints de reprendre
la route suite à de nouveaux combats entre les troupes
gouvernementales et les rebelles des LURD.
David s'est alors réinstallé en Côte
d'Ivoire avec onze membres de sa famille quatre avaient
péri dans l'intervalle à l'occasion de différents
affrontements. Ils y sont restés jusqu'en novembre
2002, quand le déchaînement de la violence dans
l'ouest du pays les a forcés à se réfugier
en Guinée.
Comment David voit-il l'avenir? "J'aimerais aller au
Ghana. J'ai appris que mon fils aîné s'y était
installé. Ainsi, je pourrais peut-être finir
mes jours auprès de lui", répond-il avant
de conclure malicieusement: "Mais qui sait? Après
tout, je suis un réfugié globe-trotter..."
|
|

Á Monrovia, devant le siége de
la délégation du CICR, des volontaires de la
Croix-Rouge du Liberia affichent des avis de recherche.
|
Une masse de réfugiés
"Compte tenu de la position de la Côte d'Ivoire
en Afrique de l'Ouest, ce conflit pourrait dégénérer
en une crise très grave et durable dans toute la région",
avertissait dès octobre 2002 Niels Scott, chef de la
délégation régionale de la Fédération
internationale à Abidjan. "Pour tenter de limiter
les dégâts, poursuivait-il, nous aidons non seulement
la Croix-Rouge ivoirienne, mais aussi les Sociétés
nationales des pays voisins qui se préparent à
un afflux massif de réfugiés."
Aussitôt après le déclenchement des hostilités
en septembre 2002, des gens ont commencé à fuir
vers le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Ghana. Dans
de telles circonstances, la Croix-Rouge est souvent le premier
recours des personnes déplacées, auxquelles
les volontaires offrent des services de premiers secours,
d'information et de conseil.
"Le jour qui a suivi le début du conflit, nous
avons enregistré un flot incessant de réfugiés
et de rapatriés", confirme Sibiry Diarra, secrétaire
général de la Croix-Rouge malienne. "Nous
avons été la première organisation humanitaire
à aider les victimes de cette crise et avons fourni
à chaque famille de la nourriture, du savon, des moustiquaires
et des nattes." Bientôt toutefois, les capacités
locales ont été dépassées par
l'ampleur des besoins.
"Nous sommes débordés par l'arrivée
en masse de gens fuyant les violences en Côte d'Ivoire",
note Samasseko Bocary, gouverneur de Sikasso, la municipalité
dont dépend le camp de réfugiés de Loulouni.
"Bien que la Croix-Rouge nous seconde depuis le premier
jour, nous avons impérativement besoin d'une assistance
supplémentaire."
En prévision du retour de près de trois millions
de ses ressortissants établis en Côte d'Ivoire,
la Croix-Rouge burkinabé a mis en place une cellule
de crise. "Dès que les troubles ont commencé",
rapporte Lazare Zoungrana, chargé d'information à
la Société nationale, "nous avons su qu'il
allait y avoir un afflux massif de rapatriés et de
réfugiés et nous ne voulions pas être
pris de court. Quand les premiers sont arrivés le 22
septembre 2002, nos volontaires étaient à pied
d'uvre à la ville frontière de Banfora"
Près de 90 pour 100 des personnes déplacées
étaient des enfants, des femmes et des vieillards qui
avaient parcouru des centaines de kilomètres à
pied, à bicyclette ou à moto.
Des milliers de personnes ont aussi cherché refuge
au Liberia, où elles sont maintenant prises en tenaille
entre les forces gouvernementales et les rebelles des LURD.
"Bien que les organisations humanitaires estiment à
plus de 70 000 le nombre des personnes qui ont fui la Côte
d'Ivoire pour notre pays depuis novembre 2002, nous en avons
enregistré un peu plus de 30 000", déclare
Varfee Dorly, coordinateur des secours à la Croix-Rouge
du Liberia. "Il s'agit, pour près de la moitié,
de réfugiés libériens qui avaient quitté
notre pays quelques années auparavant, le reste se
composant de réfugiés ivoiriens et de ressortissants
de pays tiers. Tous arrivent dans un état de grande
fatigue et de profonde confusion."
La Croix-Rouge guinéenne a une longue expérience
de l'aide d'urgence aux populations déplacées.
"Depuis le début du conflit au Liberia, nous avons
assisté plus de 800 000 rapatriés et réfugiés",
affirme Belly Diallo, secrétaire exécutif de
la Société nationale. "L'automne dernier,
nous avions anticipé un afflux massif de personnes
déplacées en provenance de Côte d'Ivoire.
Pour faire face, nous avons mis en place, avec le concours
de la Fédération internationale et du CICR,
des groupes d'alerte rapide." Constitués de volontaires
Croix-Rouge, ces groupes sont déployés à
des points d'entrée possibles (frontières, aéroports,
ports maritimes), avec pour mission d'alerter les autorités,
la Croix-Rouge et autres organisations humanitaires concernées
de tout mouvement de population.
Ces groupes ont fait preuve d'une telle efficacité
que d'autres organisations humanitaires sollicitent désormais
leurs services. "J'ai aidé le HCR à organiser
le retour de réfugiés burkinabé dans
leur pays", témoigne fièrement Balla Bamba,
membre d'un de ces groupes.
|
|

À Abidjan, des enfants vivant avec
le VIH/sida ont participé à une campagne de
sensibilisation en peignant des messages de prévention
sur les murs.
|
Catastrophes en chaîne
Les mouvements de populations suscités par les conflits
régionaux, notamment la crise ivoirienne, entraînent
à leur tour d'autres catastrophes, à commencer
par la propagation accélérée des maladies
sexuellement transmissibles et du VIH/sida. Lorsque des gens
fuient d'un pays vers l'autre, on observe souvent une augmentation
de la prostitution en tant que moyen de survie. Ainsi, dans
une ville d'accueil de réfugiés, la prévalence
du VIH/sida est passée de 2 pour 100en 1992 à
7 pour 100 en 2002. Préoccupée par cette menace,
la délégation de la Fédération
internationale pour l'Afrique occidentale et centrale a signé
avec l'antenne régionale de l'ONUSIDA un accord de
coopération. Dans le cadre d'une campagne commune de
mobilisation contre la pandémie, les deux organisations
vont multiplier les contacts avec les personnes affectées
par le VIH/sida et concentrer leurs efforts le long d'un axe
Abidjan-Accra-Lomé-Lagos, où les mouvements
de populations ont triplé depuis le début de
la crise ivoirienne.
|
|
À quand la paix?
Si la communauté internationale ne se mobilise pas
plus énergiquement pour enrayer la violence en Côte
d'Ivoire, la crise risque bien d'échapper à
tout contrôle et de gangrener l'ensemble de la région.
Le bilan humanitaire est déjà lourd. Comme lors
des crises précédentes en Sierra Leone, en Guinée
et au Liberia, il se chiffre en milliers de morts et en millions
de personnes déplacées. Pour l'heure, hélas,
il semble que la réponse à cette question doive
encore attendre.
|
|
Tope Akinwande
Tope Akinwande is International Federation information officer
in Abidjan.
Article écrit en collaboration avec le CICR en Côte
d'Ivoire.
|
|
| |
Interview
de la présidente de la Croix-Rouge de Côte d'Ivoire
Monique Coulibaly est présidente de la Croix-Rouge
de Côte d'Ivoire depuis mars 2002. Spécialiste
de l'éducation sanitaire, elle a collaboré à
divers projets sociaux et de santé publique dans son
pays.
Madame Coulibaly, où vous trouviez-vous lorsque
la crise a éclaté dans votre pays?
J'étais au siège du CICR à Genève
quand j'ai appris qu'une mutinerie au sein des forces armées
s'était étendue à plusieurs villes de
Côte d'Ivoire. Pour moi, cela a été un
choc et j'étais frustrée de me trouver si loin
de mes collègues dans de telles circonstances. Heureusement,
grâce aux moyens de télécommunication
modernes, j'ai pu établir immédiatement un contact
avec notre secrétaire général et faire
activer notre plan d'intervention d'urgence.
Quelles mesures votre Société nationale
a-t-elle prises depuis le déclenchement du conflit?
La Croix-Rouge de Côte d'Ivoire s'est trouvée
confrontée à la première situation de
conflit armé de sa brève existence. Compte tenu
de notre manque d'expérience, le défi semblait
impossible à relever. Toutefois, nos 39 sections locales
ont été placées en état d'alerte
à mesure que les hostilités gagnaient de nouvelles
régions du pays, et nous avons rappelé à
tous nos responsables leur obligation d'observer une neutralité
et une impartialité totales dans toutes leurs actions.
Depuis le 19 septembre 2002, le pays est coupé
en deux, les rebelles contrôlant le Nord et le gouvernement
le Sud. Comment vous accommodez-vous de cette situation?
C'est une tâche délicate, qui exige un rappel
constant de nos principes et de nos méthodes opérationnelles.
Grâce à la bonne formation de nos responsables
dans l'une et l'autre zone, nous avons pu limiter au maximum
les maladresses de la part de nos volontaires. Certes, on
ne peut empêcher complètement les impairs, dont
certains ont coûté la liberté à
leurs auteurs, mais, dans l'ensemble, nous sommes parvenus
à préserver notre cohésion, pour le plus
grand bien des victimes de la crise. Il est essentiel de conserver
la confiance de toutes les parties. À cet égard,
je dois dire que tant le gouvernement que les insurgés
apprécient les efforts que nous déployons pour
assister nos concitoyens dans les zones de conflit.
Comment cela se passe-t-il avec les autres compostantes
du Mouvement?
Dès le premier jour, nous avons constitué une
commission tripartite rassemblant le CICR, la Fédération
internationale et la Croix-Rouge de Côte d'Ivoire. Conformément
aux accords de Séville, c'est au CICR qu'incombe la
responsabilité de la coordination des opérations
du Mouvement dans les zones de conflit, à savoir dans
le nord et l'ouest du pays, où il travaille avec le
concours de nos volontaires locaux. De son côté,
la Fédération internationale nous a fourni un
soutien inappréciable en matière de logistique
et de renforcement de nos capacités au siège.
La formation de nos cadres, en particulier, nous a énormément
aidé.
Quels sont les principaux problèmes et besoins
de la population civile en Côte d'Ivoire et comment
y répondez-vous?
Les besoins sont considérables, mais ils varient d'une
région à l'autre. Dans certains secteurs de
l'ouest du pays, comme la région de Toulepleu, la situation
est véritablement catastrophique. De nombreuses maisons
ont été pillées, des réserves
de céréales incendiées et des attaques
à répétition ont pratiquement paralysé
l'agriculture. Seul un nombre très limité d'établissements
médicaux fonctionnent et les conditions d'hygiène
sont particulièrement alarmantes. En fait, tout manque
dans cette région, où nos volontaires ont en
outre été confrontés à de sérieux
problèmes de sécurité. N'oublions pas
que quatre d'entre eux ont été tués à
Toulepleu en janvier dernier.
Dans le nord et le centre, les problèmes sont similaires,
mais moins aigus. À Bouaké, nos volontaires
mènent différentes activités dans les
domaines de la santé, de l'hygiène et de la
nutrition au bénéfice des personnes vulnérables.
En coopération avec le CICR, nous avons dépêché
à plusieurs reprises des médecins parmi des
communautés affectées par le conflit. Souvent,
la Croix-Rouge a dû assumer l'essentiel des services
de santé en attendant que les autorités compétentes
ou d'autres ONG spécialisées puissent reprendre
les choses en main.
Dans la zone sous contrôle gouvernemental, le déplacement
de plusieurs centaines de milliers de personnes a lourdement
pesé sur les familles d'accueil. Quand on sait que,
dans certains districts, des maisons qui abritaient auparavant
une famille en comptent maintenant deux ou trois de plus,
on peut facilement imaginer les difficultés qui en
résultent. Les familles d'accueil doivent être
aidées afin que les personnes déplacées
ne restent pas à la rue. Nous devons élaborer
une politique claire à cet égard, basée
sur des critères bien définis.
Enfin, près de la ligne de front, des villes comme
Yamoussoukro, San Pédro et Daloa ont été
littéralement submergées par le flot des personnes
déplacées. La Croix-Rouge est particulièrement
active dans ces régions. Parmi nos nombreuses activités
d'assistance, nous nous consacrons également à
la recherche des personnes disparues.
Quelles leçons la Croix-Rouge de Côte d'Ivoire
retirera-t-elle de cette crise?
Tout d'abord, je tiens à souligner la satisfaction
qu'a représenté pour nous l'étroite collaboration
entre les trois composantes du Mouvement. Je pense que cette
expérience aura contribué à nous rapprocher.
Nous sommes aussi mieux organisés au plan interne.
Malheureusement, le manque de ressources a sérieusement
limité les activités de nos sections locales.
Peut-être le principal enseignement à retenir
est qu'on ne peut pas tout faire. Il faut définir des
priorités. L'assistance doit aller en premier lieu
à ceux qui sont totalement dépourvus de ressources.
|
Propos recueillis par Simon Pluess, CICR, Abidjan.
|
|
 |
 |
 |
Haut de page
| Nous contacter | Crédits
| Edition antérieure
| Webmaster

© 2003 | Copyright
|
|
| |
|