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Protection juridique pour les victimes
de catastrophes
par Nick Cater |
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Les efforts déployés
depuis quelques années en vue de recenser et d’améliorer
le cadre juridique national et international pour les interventions
lors de catastrophes franchiront une étape déterminante
avec la Conférence internationale qui aura lieu en
décembre à Genève. |
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Après des mois et des mois de travail de recherche
et d’études de terrain dans le cadre de son Initiative
pour un Droit international des interventions lors de catastrophes
(DIIC), la Fédération internationale va soumettre
aux gouvernements et aux autres composantes du Mouvement une
première série de conclusions et propositions.
La rapidité et l’efficacité des interventions
internationales en cas de catastrophe sont cruciales pour
sauver des vies et protéger la dignité humaine.
Or, les efforts d’assistance sont trop souvent entravés
par divers obstacles juridiques. La Conférence internationale
examinera cinq propositions visant à résoudre
ces difficultés (voir encadré).
Un droit hétéroclite
Des centaines de traités, conventions, résolutions
et autres instruments du droit international et national contiennent
des dispositions applicables aux opérations d’assistance
en faveur des millions de victimes que font chaque année
les cataclysmes naturels et les dé-sastres technologiques,
mais, à ce jour, il n’existe dans ce domaine
aucun instrument homogène basé sur des principes
universellement reconnus. Parmi les nombreuses lacunes juridiques
actuelles, les recherches conduites au titre de l’Initiative
ont mis en lumière quatre problèmes majeurs.
• Accès irrégulier aux personnes affectées.
Des considérations politiques, économiques ou
de sécurité influent sur l’accès
aux populations sinistrées. Dans certains pays, le
déploiement de l’aide extérieure est tributaire
d’accords préalables entre les organisations
et les États; dans d’autres, il dépend
des divers cadres juridiques régissant l’assistance;
ailleurs encore, il repose sur la relation de confiance établie
avec les autorités nationales ou locales.
• Entraves bureaucratiques. De nombreux problèmes
découlent du manque de ressources ou du caractère
bureaucratique des administrations gouverne-mentales: délais
excessifs pour l’obtention des visas ou pour les formalités
douanières, taxes d’importation prohibitives
sur les approvisionnements de secours, absence de reconnaissance
officielle ou de protection des organisations humanitaires
et de leur personnel, obstacles au recrutement d’employés
locaux, à la location de bâtiments ou aux opérations
bancaires.
• Application erratique des normes de qualité
et de redevabilité. Les directives existantes, comme
le Code de conduite pour les opérations de secours
ou le projet Sphere, sont généralement bien
connues, mais restent souvent sans effet. Les normes sont
appliquées de façon partielle, on emploie du
personnel expatrié quand les capacités locales
seraient plus utiles, les gouvernements, bailleurs de fonds
et autres groupes d’intérêt influent sur
la répartition de l’assistance.
• Manque de coordination nationale et internationale.
Il semble bien que le manque de coordination constitue le
plus gros obstacle à l’efficacité de l’aide
humanitaire. À cet égard, le rôle central
assumé par les gouvernements des pays sinistrés
est particulièrement préjudiciable, en raison
de l’absence, dans beaucoup de cas, d’une autorité
officiellement chargée de la coordination des opérations
et d’une connaissancesouvent limitée du fonctionnementde
l’aide extérieure parmi les fonctionnaires.
Le développement d’un véritable droit
international des interventions lors de catastrophes –
de préférence, sur la base d’une consultation
élargie incluant les communautés à risque
– permettrait de régler nombre de difficultés,
qu’il s’agisse de la définition des responsabilités
du personnel humanitaire, des normes opérationnelles,
de la coordination de l’assistance ou du rôle
et des capacités des Sociétés nationales
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. En partant des règles
internationales existantes, on pourrait élaborer des
modèles sur la base desquelles les organismes humanitaires
et les gouvernements pourraient débattre de tous les
facteurs qui facilitent ou entravent l’assistance, modèles
qui seraient ultérieurement intégrés
dans les législations nationales. |

Assistance aux victimes du tremblement de terre de mai 2003
en Algérie.
© CHRISTOPHER BLACK / FÉDÉRATION INTERNATIONALE
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Options
et perspectives
Certains spécialistes estiment que le champ d’application
du DIIC devrait être limité aux opérations
de secours d’urgence. Dans un tel cas de figure, un
tel droit s’inscrirait dans une relation de complémentarité
avec d’autres instruments traitant d’aspects connexes
comme la prévention, le relèvement, le développement
ou les conflits, un domaine déjà couvert par
le droitinternational humanitaire issu des Conventions de
Genève.
Les discussions menées avec des gouvernements et d’autres
partenaires ont déjà entraîné un
changement de terminologie. On se réfère désormais
plus volontiers à un concept de “lois”
sur les interventions lors de catastrophes, en considération
de l’éventail des instruments juridiques existants
et du fait que les tentatives visant à codifier un
“droit” des interventions lors de catastrophes
n’ont guère été couronnées
de succès jusqu’à présent.
Quoi qu’il en soit, les efforts accomplis à
ce jour ont mis en lumière le statut unique de la Fédération
internationale et des Sociétés nationales de
la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, à mi-chemin entre
les organisations intergouvernementales et les organisations
non gouvernementales (ONG). Cette position particulière
pourrait leur valoir d’assumer dans ce domaine un rôle
privilégié d’intermédiaire entre
les États et les ONG.
L’importance du DIIC et le rôlespécial
du Mouvement ont été mis en évidence
devant des instances nationales, régionales et internationales,
y compris l’Assemblée générale
des Nations unies et son Conseil économique et social.
Le secrétaire général de l’ONU,
Kofi Annan, a d’ailleurs mentionné l’Initiative
pour le DIIC dans son rapport consacré à la
coordination de l’aide humanitaire d’urgence des
Nations unies.
Pour maintenir l’élan, il est prévu de
lancer à l’occasion de la Conférence internationale
un CD-ROM recensant des centaines de dispositions juridiques
compilées dans le cadre de onze études conduites
dans des pays de toutes les parties du monde, du Nicaragua
à la Turquie, ainsi qu’un livre examinant les
nombreux aspects qu’englobe le DIIC, de la gestion des
risques à la redevabilité humanitaire, en passant
par les populations déplacées. Pour plus de
détails sur ce thème, on peut consulter le site
Internet de la Fédération internationale (www.ifrc.org/what/disasters/idrl).
“Nous sommes au début d’une longue route,
mais le travail considérable accompli à ce jour
nous a confirmé que nous étions sur la bonne
voie”, note Victoria Bannon, coordinatrice de l’Initiative.
“À la Fédération internationale,
nous savons que les Sociétés nationales, les
gouvernements et autres institutions concernées sont
déterminés à nous aider à aller
de l’avant. L’amélioration des lois et
autres instruments régissant les interventions internationales
lors de catastrophes n’est pas unsimple exercice académique
– l’enjeu n’est rien moins que la vie ou
la mortde millions d’individus. Si nous voulons vraiment
“protéger la dignité humaine”, nous
n’avons donc pas le choix.” |
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Nick Cater
Nick Cater est journaliste et consultant spécialisé
dans les questions d’assistance.
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Définition
du DIIC
Le DIIC désigne l’ensemble des lois, principes
et autres instruments juridiques régissant l’accès
aux populations sinistrées et les modalités
de l’assistance internationale – déploiement,
coordination, normes de qualité et de redevabilité
– dans le cadre de catastrophes non liées à
des situations de conflit, y compris les efforts de préparation
en prévision d’une catastrophe imminente.
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Et ensuite?
Cinq pistes de réflexion pour la Conférence
internationale
• Si l’on veut relever efficacement les défis
posés par les catastrophes, il est impératif
que le concept et le contenu du DIIC bénéficient
d’une plus grande attention au sein des instances internationales.
• Le travail de recherche doit être poursuivi
et renforcé afin de recenser et de comparer un éventail
aussi large que possible d’instruments juridiques nationaux,
régionaux et internationaux ayant une incidence sur
les interventions lors de catastrophes.
• Les principes et normes établis dans le cadre
de résolutions et autres décisions d’instances
internationales comme les Nations unies devraient être
mis à profit pour développer et améliorer
le DIIC à travers le monde entier.
• La production d’un manuel pratique –
assorti de mécanismes de formation et de soutien –
contribuerait à faire mieux connaître les lois
existantes et à promouvoir leur application par toutes
les parties intervenant dans des situations de catastrophe.
• Les efforts de sensibilisation sont cruciaux pour
promouvoir un dispositif juridique propre à améliorer
l’accès aux millions d’individus frappés
chaque année par des catastrophes ainsi queles modalités
de l’assistance internationale mobilisée en leur
faveur – déploiement, coordination, normes de
qualité et de redevabilité. |
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Le DIIC en action
L’expérience du séisme de mai 2003 en
Algérie a montré comment des résolutions
d’instances internationales peuvent contribuer à
améliorer la réponse aux crises. Dans les jours
qui ont suivi la catastrophe, des centaines de sauveteurs
accompagnés de chiens ont afflué dans le pays,
dans l’espoir de soustraire des rescapés aux
décombres des immeubles.
Suite à des critiques concernant la qualité
des interventions lors de tremblements de terre dans les années
1990, l’International Search and Rescue Advisory Group
(INSARAG), une institution spécialisée dans
ce type d’opérations, avait tenté d’élaborer
une convention globale dans ce domaine, mais la tâche
s’était révélée trop complexe.
À la fin 2002, toutefois, l’Assemblée
générale des Nations unies a adopté la
résolution 57/150 établissant des normeset procédures
applicables en de telles circonstances.
Thomas Peter, de l’office des Nations unies pour la
coordination des affaires humanitaires,a dirigé une
équipe d’évaluation et de coordination
en Algérie. “Pour faire passer la résolution,
nous avions effectué un énorme travail de sensibilisation
aux différents aspects des opérations de recherche
et de sauvetage, et ce à tous les niveaux, depuis les
praticiens jusqu’aux ministères des affaires
étrangères de nombreux pays. La coordination
de l’intervention en Algérie a été
singulièrement facilitée par ces efforts.”
De fait, une récente réunion d’experts
consacrée à l’opération algérienne
a confirmé que l’adoption de la résolution
57/150 avait joué un rôle déterminant
et conclu qu’elle pourrait servir de cadre stratégique
pour les futurs travaux de l’INSARAG.
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