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Un tournant en Afrique? |
La
6e Conférence panafricaine des Sociétés
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, à Alger en
septembre 2004, a marqué un tournant. Si le VIH/sida
continue de tuer de nombreux jeunes Africains, il y a quelques
raisons d’espérer, y compris les progrès
enfin enregistrés en matière de traitements
antirétroviraux. |
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Dumisani, Busisiwe et Sobondo Mhlongo comptent parmi les
millions d’enfants rendus orphelins par le sida en Afrique.
Pourtant, si leurs parents — membres de la «génération
manquante» du continent — savaient qu’ils
étaient victimes du sida, ils ne l’ont jamais
confirmé aux grands-parents des enfants.
«Leur père est mort en 2000, et leur mère
ne lui a pas survécu plus de quelques mois»,
raconte leur grand-mère, Takazile Mhlongo, âgée
de 73 ans, qui est persuadée que les parents sont morts
de maladies liées au sida. «Nous ne pouvons plus
travailler, ajoute-t-elle; nous ne pouvons pas répondre
aux besoins de ces enfants. Nous comptions sur leurs parents
pour notre propre subsistance.»
Le récit a pour cadre le village de Ndindima, en Afrique
du Sud, mais cette situation est terriblement courante sur
l’ensemble du continent.
En cette fi n d’après-midi, les enfants Mhlongo
regagnent péniblement leur foyer à pied après
une journée d’école qu’ils ont suivie
de leur mieux, une fois de plus sans avoir rien mangé
au lever. Certains soirs, ils auront de la bouillie de maïs
avec des légumes ou des haricots. Parfois, ils se coucheront
le ventre creux.
Les champs de la famille ne donnent plus rien à cause
du manque de pluies; les Mhlongo dépendent désormais
d’un potager soutenu par le programme de soins à
domicile de la Croix-Rouge sudafricaine.
L’ONUSIDA estimait l’année dernière
à plus de 25 millions le nombre de personnes vivant
avec le VIH/sida en Afrique sub-saharienne : c’est près
de 80% du nombre total de séropositifs dans le monde.
Dans 20 ans, selon les Nations Unies, près d’un
Africain sur dix — 90 millions de personnes —
pourrait être porteur du virus.
Le VIH/sida a décimé les tranches d’âge
les plus productives, et sapé la sécurité
alimentaire en faisant chuter la production agricole. Avec
en outre les invasions de criquets, la sécheresse et
les politiques mal avisées des gouvernements, des millions
de foyers africains sont dépendants de l’aide
alimentaire.
«Notre préoccupation majeure, à l’échelle
du continent, a été de casser le lien organique
entre VIH/sida et insécurité alimentaire»,
explique Emma Kundishora, secrétaire générale
de la Croix-Rouge du Zimbabwe. «De gros efforts ont
été accomplis, mais beaucoup reste à
faire.» Depuis la conférence d’Alger, affirme-t-elle,
les Sociétés nationales sont plus nombreuses
à intégrer la sécurité alimentaire
à d’autres programmes, comme la lutte contre
le VIH/sida et la gestion des catastrophes, «pour traiter
les questions clés de manière globale». |

Yshi Jashaker, soignante éthiopienne
bénévole, montre une poignée de médicaments
antirétroviraux distribués gratuitement aux
patients atteints par le VIH/sida.
©GIANLUIGI GUERCIA / AFP
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La thérapie antirétrovirale
Le nombre de personnes qui reçoivent des médicaments
antirétroviraux en Afrique croît enfin légèrement,
même s’il demeure très loin du nombre total
de gens qui pourraient en bénéficier.
En juin, un rapport conjoint de l’ONUSIDA et de l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) indiquait que les antirétroviraux
«continuaient à progresser» dans les pays
en développement, mais que des goulets d’étranglement
persistaient. «En Afrique subsaharienne, la région
la plus durement touchée par le VIH», ajoutait
le rapport, «quelque 500 000 personnes reçoivent
actuellement ce traitement, soit plus du triple par rapport
à juin 2004.»
La Croix-Rouge de Namibie distribue des colis de vivres aux
personnes en traitement à Caprivi, à 1500 km
au nordouest du village des Mhlongo, épicentre de la
crise du sida en Afrique australe. Le secrétaire général
Razia Essack-Kauaria affi rme: «Nous avons vu un grand
nombre de personnes recouvrer la santé et redevenir
capables de travailler pour leur famille. Des enfants qui
sans cela seraient orphelins peuvent aujourd’hui compter
sur leurs parents pendant des années.»
La conférence d’Alger a conclu qu’il fallait
consacrer davantage d’efforts aux objectifs clés
que sont la réduction de l’insécurité
alimentaire, la lutte contre le VIH/sida, la maladie et la
mortalité au sein des groupes vulnérables. Les
Sociétés nationales africaines ont décidé
de réaliser ces objectifs «avec un engagement
et une vigueur renouvelés», affirme Emma Kundishora,
membre par ailleurs de l’équipe de coordination
panafricaine.
Entre la réunion de Ouagadougou, en 2000, et celle
d’Alger, presque toutes les Sociétés nationales
d’Afrique ont mis en place des programmes VIH/sida,
de types divers.
Le projet de sécurité alimentaire de la Croix-Rouge
du Swaziland à Sigombeni (voir encadré), où
la Société gère l’un de ses dispensaires
ruraux, incarne une nouvelle conception de la manière
dont des programmes intégrés peuvent bénéficier
aux communautés. Les projets lancés au Swaziland
comprennent des élevages de volaille à petite
échelle et des petits potagers; deux projets communaux
de sécurité alimentaire sont en cours, parallèlement
au dispensaire de la Croix-Rouge, qui pratique le dépistage
du VIH et fournit des médicaments antirétroviraux.
Les chiffres récents du ministère de la Santé
montrent que près d’un tiers des adolescents
swazis de 15 ans et plus sont séropositifs. Pour les
femmes enceintes, la proportion atteint 42%, probablement
le taux le plus élevé du monde. À Alger,
les Sociétés nationales africaines ont admis
que c’est en stimulant les capacités de résistance
des communautés que l’on réduira la vulnérabilité. |
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Du lait, des arbres et des ruches
«Nous ne voulons pas réduire les gens à
un rôle de bénéficiaires passifs, mais
leur donner les moyens de se prendre en mains», explique
Asha Mohammed, secrétaire général adjoint
de la Croix-Rouge du Kenya et président de l’équipe
de coordination panafricaine. «Nous formons des agriculteurs
pour améliorer la sécurité alimentaire.
Des projets générateurs de recettes ont aussi
été soutenus.» La Croix-Rouge fournit
des chèvres pour le lait, des jeunes plants d’arbres
fruitiers et des ruches.
En réunissant des partenaires issus de la société
civile, du secteur privé, des Nations Unies et d’autres
organisations humanitaires, ainsi que de Sociétés
nationales d’autres continents, la Conférence
d’Alger a marqué un tournant.
Selon Asha Mohammed, «Nous avons créé
des synergies avec des organismes des Nations Unies comme
le Programme alimentaire mondial sur la fourniture de vivres,
l’OMS sur la santé et l’UNICEF sur d’autres
questions humanitaires.» Elle considère que le
secteur privé, lui aussi, «s’est réveillé»
et a compris qu’il avait un rôle à jouer.
Nestlé, DHL et Unilever sont parmi les grandes sociétés
qui soutiennent désormais activement les Sociétés
nationales en Afrique. Ainsi, Nestlé appuie les programmes
d’éducation par les pairs et sur le lieu de travail
conduits par la Croix-Rouge du Kenya, qui en retour aide Nestlé
à mettre en oeuvre un programme VIH/sida sur le lieu
de travail pour son propre personnel.
Comme toujours, l’atout sans pareil des Sociétés
nationales d’Afrique est leur vaste réseau de
volontaires locaux. Issus des communautés qu’ils
épaulent, ils s’approprient chaque jour davantage
les projets communautaires.
Pour le Mouvement, seule l’audace peut permettre d’aller
de l’avant. Comme l’écrivait voici deux
ans le président de la Fédération internationale,
Juan Manuel Suárez del Toro (L’Afrique de tous
les maux, juin 2003) : «La crise en cours est sans précédent
et les réponses humanitaires conventionnelles seront
impuissantes à l’enrayer. Nous sommes engagés
dans des territoires non balisés où les cartes
du passé ne nous seront d’aucune utilité.
Personne ne peut dire ce qui va se passer...» |

Dumisani Mhlongo, 10 ans, au travail dans le
jardin potager qui représente désormais la seule
source de revenus de la famille. En période de sécheresse,
la Croix-Rouge sudafricaine soutient des familles comme celle-ci
en leur fournissant semences, engrais et autres produits indispensables.
©FÉDÉRATION INTERNTIONALE
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Tapiwa Gomo
Responsable régionale de l’information
à la Délégation régionale
de la Fédération internationale à
Harare.
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«Le VIH
n’est pas la fin de tout»
Jane Dlamini est formelle : l’aide du centre de santé
de la Croix-Rouge du Swaziland à Sigombeni a contribué
à la maintenir en vie depuis qu’elle a découvert
sa séropositivité. Jane est devenue un symbole
d’espoir. Elle est membre d’un groupe de soutien
local qui apporte une orientation à d’autres
personnes dans une communauté où la maladie
suscite toujours un vif opprobre.
«Je faisais de fréquents séjours à
l’hôpital, mais après avoir reçu
les conseils du centre de santé de la Croix-Rouge,
j’ai compris que le VIH n’était pas la
fi n de tout.
«Je prends des antirétroviraux. J’ai reçu
quelques semences pour mon jardin de 100 m2. Nous cultivons
aussi des jardins, qui contribuent à nourrir les patients
qui reçoivent des soins à domicile et des orphelins.
«Pour moi, le plus important est de pouvoir nourrir
mes enfants, leur donner de l’amour et leur permettre
de fréquenter l’école jusqu’à
ce qu’ils soient assez grands.
«Par ce projet, nous pouvons nous occuper d’orphelins
et aider leurs tuteurs, surtout les personnes âgées,
en fournissant des vivres. «Les enfants dont les parents
participent au projet ont aussi un soutien lorsque leurs parents
décèdent.» |
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