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Un nouveau paradigme
pour la
sécurité
alimentaire |
| Malgré
des décennies d’engagement et des milliards de
dollars dépensés en assistance, la faim tenaille
toujours le monde. Pourquoi est-elle si tenace, et que fait
le Mouvement pour la combattre ? |
Par
une journée torride, dans le village isolé de
Chimpholi (Malawi), plus de 100 enfants dans une garderie
s’apprêtent à déjeuner. L’un
après l’autre, ils reçoivent une assiette
contenant une petite portion de bouillie.
Assis sous un arbre, Yohane Chabwera est inquiet. Pour cet
orphelin de 6 ans, c’est le premier – et sans
doute le dernier — repas de la journée. «Je
n’ai pas eu assez, j’ai toujours faim»,
dit-il d’une voix faible.
À cause de la sécheresse, plus d’un tiers
des Malawiens ont besoin d’aide alimentaire. Selon John
Zuze, un enseignant de la garderie, la situation empire. «Ce
qui nous inquiète», explique-t-il à Francis
Musasa, de la Société de la Croix-Rouge du Malawi,
«c’est que des enfants ne puissent fréquenter
l’école à cause de la faim, ce qui aurait
un impact durable sur le développement du pays.»
On a pu croire la bataille contre la faim en voie d’être
gagnée. Entre 1970 et 1997, selon le Programme alimentaire
mondial (PAM) des Nations Unies, le nombre de personnes souffrant
de la faim a chuté de 959 millions à 791 millions,
grâce essentiellement aux progrès spectaculaires
réalisés en Chine et en Inde. |

Une femme avec son enfant dans un hôpital au nord-est
du Kenya, où le manque de pluies se fait sentir depuis
plus de deux ans.
©DANIEL CIMA / CROIX-ROUGE AMÉRICAINE
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Or,
le PAM estime aujourd’hui que l’insécurité
alimentaire touche bien plus de 850 millions de personnes.
En d’autres termes, une personne sur sept sur Terre
ne bénéficie pas de la sécurité
alimentaire, défi nie par la Fédération
internationale comme «la possibilité matérielle
et économique pour chacun d’acheter, de se procurer
ou de consommer en tout temps suffisamment d’aliments
sûrs et nutritifs répondant à ses besoins
et à ses préférences pour mener une vie
saine et active».
Selon le PAM, la faim et la malnutrition représentent,
à l’échelle de la planète, le premier
facteur de risque pour la santé. La faim et les maladies
associées font 10 millions de morts par an : plus que
les effets combinés du sida, du paludisme et de la
tuberculose. Les orphelins comme Yohane Chabwera sont les
plus menacés, ainsi que les enfants de moins de 5 ans,
les femmes enceintes et mères allaitantes, les handicapés,
les personnes âgées et les personnes déplacées
à cause d’un conflit ou d’une catastrophe. |
CARNET
DE TERRAIN
De l’eau pour les écoles
en Érythrée

PROJET : En 2005, la Croix-Rouge
d’Érythrée a remis en état
un puits et installé une pompe à main
pour 855 personnes dans quatre villages près
de Hagaz, au nord de la capitale Asmara.
BÉNÉFICIAIRES : Les agriculteurs
dont le bétail dépendait des cultures
pluvial.
MOTIF : Après quatre années
de sécheresse, les filles faisaient jusqu’à
30 kilomètres à pied pour de l’eau.
Les enfants n’allaient plus à l’école
ou étaient trop fatigués pour étudier.
Le manque d’eau entraînait des risques de
maladie. L’absence de récolte conduisait
à la malnutrition.
RÉSULTAT : De l’eau à
moins de 30 minutes de marche. Fréquentation
scolaire en hausse.
COMMENTAIRE : «Je me réjouis
de retourner à l’école et d’avoir
plus de temps pour étudier» (Gidey, écolière).
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L’Afghanistan,
la Bolivie, la Corée du Nord, la Mongolie et plusieurs
pays d’Amérique centrale sont concernés,
mais c’est l’Afrique qui est, de loin, le continent
le p lus touché. Au sud du Sahara, 203 millions de
personnes, sur une population totale estimée à
700 millions d’habitants, n’absorbent pas assez
de calories ou de nutriments pour vivre en bonne santé.
La faim ne se résume pas à des souffrances
à court terme, aussi tragiques soient-elles; un apport
insuffisant en énergie et en nutriments prive les enfants
de la possibilité de grandir en bonne santé
et de réaliser leur plein potentiel physique et mental.
Ils ne pourront pas apprendre, travailler ni gagner autant
que les autres. Les communautés, les pays et les continents
sont ainsi privés de la possibilité de se développer
et de s’épanouir.
Mais ne suffi t-il donc pas, pour apaiser la faim, de fournir
des vivres ?
Ce n’est pas si simple, explique Mija-tesse Ververs,
responsable de la sécurité alimentaire et de
la nutrition à la Fédération internationale.
L’aide alimentaire répond à la phase aiguë
et urgente de la famine, lorsque les gens courent le risque
de mourir de faim. «L’aide alimentaire devrait
être une mesure de dernier recours. Elle ne permet pas
de combattre les causes sous-jacentes de l’insécurité
alimentaire chronique à long terme.»
L’insécurité alimentaire ne se résume
pas à un manque de nourriture immédiat. C’est
une question complexe, qui a des aspects comportementaux,
biologiques, écologiques et politiques. Certains pays
ou régions sont davantage sujets à des catastrophes
naturelles telles que la sécheresse, les inondations
ou les invasions de parasites. L’environnement limite
les terres arables ou l’eau pour les cultures et le
bétail.
Du côté humain, le manque de connaissances agricoles
empêche de tirer le maximum des terres. Parfois, les
lopins de terre, morcelés par l’héritage,
sont trop petits pour permettre de vivre décemment.
La pauvreté rend inabordables les semences, les outils
et l’engrais.
Au sein des ménages, des aliments nourrissants sont
parfois rejetés pour des raisons culturelles. Les procédés
de stockage, de préparation et de cuisson des aliments
peuvent réduire leur valeur nutritive. En outre, dans
certaines cultures, les femmes et les filles ne mangent qu’après
que les hommes et les garçons sont rassasiés.
Le conflit aggrave les difficultés de cultiver la
terre et de commercialiser les produits. Les personnes déplacées
à cause d’un conflit ont peu de chances d’avoir
accès à des terres agricoles de qualité
(voir l’encadré en page 7).
Cependant, c’est le sida, plus peut-être que
tout autre facteur, qui explique pourquoi l’insécurité
alimentaire est si tenace en Afrique subsaharienne. Les deux
tiers des 24,5 millions de personnes qui vivent avec le VIH/sida
habitent cette région. |
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Un
lien fatal
Loin dans la brousse à l’est du Zimbabwe, Phiaodonia
Chivandire, 18 ans, vit avec ses frères et soeurs cadets;
voici cinq ans que le sida a fait d’eux des orphelins.
«Nous avions planté un potager, mais les pluies
l’ont lessivé. Nous avons des semences et nous
allons essayer de replanter, mais nous n’avons personne
pour nous aider », dit Phiaodonia à Leigh Daynes,
de la Croix-Rouge britannique. Elle rêve d e devenir
infirmière; ses droits de scolarité sont payés
par la Croix-Rouge du Zimbabwe.
Dans les familles touchées par le VIH/sida, une lourde
part des revenus peut être consacrée aux médicaments
ou aux soins. Souvent, un des membres du ménage cesse
d’aller à l’école ou au travail
pour s’occuper d’un parent malade.
Il existe un lien fatal entre l’alimentation et le
V IH/sida. Les personnes atteintes ont besoin de davantage
de calories et de nutriments. En outre, l a malnutrition favorise
la progression de la maladie et des infections opportunistes.
Enfin, sans une bonne nutrition, les médicaments antirétroviraux
sont moins efficaces.
L’opprobre et la discrimination aggravent la pauvreté.
Dans les bidonvilles de Nairobi à Gitari-Marigu, Josephat,
37 ans, se demande comment survivre avec sa femme, Mercy,
et leurs quatre enfants de moins de 6 ans. «Trouver
à manger est difficile», dit-il à la journaliste
Kathy Donaghy. «Nous n’avons même pas de
quoi payer le loyer. Quand on apprend que je suis séropositif,
on refuse de m’embaucher. Les enfants ne vont pas à
l’école parce que nous n’avons pas de quoi
payer les droits de scolarité.»
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Dans le village d’Ikaatini, les femmes discutent avec
des représentants de la Croix-Rouge du Kenya des mesures
à prendre pour pallier le manque d’eau.
©DANIEL CIMA / CROIX-ROUGE AMÉRICAINE
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L’alimentation,
enjeu politique
Le contexte national a aussi son importance, explique Mcbain
Kanongodza, responsable des opérations de sécurité
alimentaire en Afrique australe pour la Fédération
internationale. Selon lui, les gouvernements donnent parfois
la préférence à l’aide alimentaire,
au détriment de programmes qui assureraient la sécurité
alimentaire à plus longue échéance.
«La sécheresse peut, bien sûr, être
un problème, mais on se trompe de cible. Nous avons
des sources d’eau pérennes. Il faut utiliser
au mieux ces ressources, qui sont considérables en
Afrique australe. En période de sécheresse,
les gouvernements dépensent beaucoup pour importer
de la nourriture. Si ces sommes étaient investies dans
l’irrigation, le tableau serait différent.»
Pour Mcbain, le Mouvement ne peut pas tout faire. «L’alimentation
est un enjeu politique. Dès que l’on y touche,
la politique est présente. Le Mouvement ne peut que
compléter les efforts du gouvernement.»
Au-delà des distributions
Pour des millions de personnes, les périodes de soudure
entre les récoltes sont une partie de l’année
comme une autre, que l’on peut prévoir, planifier
et surmonter. C’est lorsque le problème perdure
que les familles risquent de souffrir. Avec le temps, si les
repas se font plus rares, la santé en pâtit,
et avec elle la capacité de gain. Dépenser moins
d’argent pour la santé ou l’éducation
aura des effets à long terme pour le ménage.
Par la suite, lorsque la faim se fait vraiment sentir, les
familles peuvent être contraintes de prendre des mesures
radicales, lourdes de conséquences pour leur propre
sécurité alimentaire : vendre des actifs productifs
tels que terres et outils, surexploiter les ressources telles
que le poisson ou les arbres, retirer leurs enfants de l’école,
quitter la campagne pour la ville, ou envoyer les filles et
les femmes se prostituer, avec le risque de contracter le
VIH. |
Les combats exacerbent la famine en Somalie
La pluie est arrivée en Somalie, apportant
un certain répit, mais la sécheresse et l’aggravation
du conflit armé posent toujours d’immenses problèmes
sur le plan humanitaire.
«Bien sûr, la pluie nous rend un peu d’espoir»,
dit Nurto Omar, une veuve de 27 ans qui vit dans un camp pour
personnes déplacées à Brava, dans la
région du Bas-Shebelle, à 150 kilomètres
au sud de Mogadishu. «Mais nous n’avons toujours
aucun endroit où aller, nous avons tout perdu.»
On peut espérer une récolte raisonnable en
été 2006, mais des centaines de milliers de
personnes luttent toujours pour survivre, après avoir
épuisé leurs réserves, leur bétail
et leurs biens. Elles sont près de 400 000 à
avoir fui leur foyer.
En février, le CICR a lancé une opération
d’urgence pour environ un million de personnes, avec
fourniture de vivres, de semences et d’articles de ménage,
projets d’eau et d’assainissement et mesures d’appui
à l’élevage. Elle est axée sur
les zones touchées par la sécheresse. Ici, les
bergers et leur bétail gagnent généralement
l’Éthiopie et le Kenya en quête de pâtures.
Or, l’année dernière, la pluie a manqué
partout.
Cette année en revanche, les pluies ont été
abondantes. Mais pour bien des gens, cela ne fera guère
de différence.
«L’aide de la Croix-Rouge est arrivée
pile», explique Farah Mohamad Idow, qui vit dans le
village de Marian Gubay, en Bas-Shebelle. La région
n’est pas la plus durement touchée par la sécheresse,
mais elle a dû accueillir quelque 20 000 personnes des
régions voisines.
«Quand on accueille des gens, il faut les aider, dit-il,
mais nous n’avons rien récolté non plus.
On partage ce qu’on a, mais ce n’est pas grand-chose.»
Une distribution supplémentaire d’aide alimentaire
du CICR est prévue d’ici à la récolte
d’été. Les responsables de la Croix-Rouge
expliquent que si la saison des pluies est bonne, les distributions
cesseront. La distribution de vivres est une affaire délicate
: si elle est insuffisante, le mandat humanitaire n’est
pas rempli, mais si elle est trop abondante, on risque non
seulement de perturber le marché local, mais encore
de susciter des tensions et des conflits supplémentaires.
L’enfer est pavé de bonnes intentions.
D’ici à la récolte, cependant, nombreux
sont les fermiers qui resteront privés de vivres, et
bien des bergers ne trouveront pas d’argent pour remplacer
leurs animaux morts.
«Il faut replacer la sécheresse dans le contexte
de l’absence totale d’infrastructures due à
15 ans de conflit», dit Ahmed Hassan, président
du Croissant-Rouge de Somalie. «La pluie ou l’absence
de pluie en Somalie n’est qu’un facteur parmi
de nombreux autres. Il faut voir les choses à plus
long terme. Pour moi, nos opérations concernent la
fourniture de certains de ces services vitaux.
| Mark Snelling
Chargé de l’information de la Croix-Rouge
britannique |
Depuis février 2006, les combats entre milices islamiques
et une condition de puissants seigneurs de la guerre ont ensanglanté
le pays, en particulier la capitale de Mogadishu. Les plus
violents depuis une décennie, ces affrontements ont
tué et blessé de nombreuses personnes, en majorité
des civils.
Le CICR et le Croissant-Rouge de Somalie ont renforcé
leur soutien aux hôpitaux de Keysaney et de Madina à
Mogadishu dans lesquels plus de 1700 blessés par armes
ont été soignés au cours du premier semestre
2006. Durant cette période, les deux partenaires ont
fourni des vivres à plus de 300 000 personnes, apporté
par camions un demi-million de litres d’eau par jour
à environ 180 000 personnes (de févier à
avril) et remis en état 123 systèmes d’approvisionnement
en eau dans les zones touchées par la sécheresse.
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Les
effets combinés du VIH/sida, de la pauvreté
persistante et de la faiblesse des gouvernements exposent
la population à l’insécurité alimentaire
et à la faim chronique, avec le risque de phases d’urgence
aiguë.
L’aide alimentaire peut sauver des familles en leur
évitant des mesures désespérées;
mais elle est coûteuse. Les vivres doivent être
expédiés, maniés et entreposés
avec soin. Une étude de l’Organisation de coopération
et de développement économiques a établi
qu’elle était environ 50% plus chère que
l’achat local de nourriture. |
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| Souvent,
les aliments ne répondent pas aux besoins locaux. Lorsque
des Kenyans, dont l’aliment de base est le riz, ont
reçu du maïs, ils l’ont vendu à perte
au marché pour acheter du riz. Dans certains cas, les
habitants ignoraient qu’il fallait faire bouillir le
mélange de blé, de soja et d’huile pour
préparer une bouillie nutritive. En Éthiopie,
l’étrange mixture fut administrée aux
animaux; dans le Sahel, on la donna aux enfants à manger
crue.
L’aide est parfois imposée par les donateurs,
et n’a pas d’effet durable parce qu’elle
n’est pas adaptée à l’économie
ou à la société locales. Elle peut déstabiliser
les marchés et créer de l’inflation.
Toute aide alimentaire doit donc être temporaire, explique
John Roche, responsable principal de la sécurité
alimentaire pour le département Afrique de la Fédération
internationale. «Nous essayons d’aller au-delà
de la simple distribution, pour résoudre certains des
problèmes de fond de la sécurité alimentaire.» |
CARNET
DE TERRAIN
Nourriture et espoir en Namibie
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©YOSHI SHIMIZU / FÉDÉRATION
INTER NATIONALE
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PROJET : Dans le projet Mapilelo de
la Croix-Rouge de Namibie, des volontaires qui dispensent
des soins à domicile distribuent à 500
personnes un colis de vivres par mois. Six mois plus
tard, les bénéficiaires passent à
des activités lucratives telles que le tourisme,
l’élevage de volailles, la pisciculture
ou le jardinage.
BÉNÉFICIAIRES : Malades
chroniques (tuberculeux ou vivant avec le VIH/sida)
sous traitement médicamenteux.
MOTIF : À cause de la pauvreté,
des taux élevés de VIH/sida, de la sécheresse
et des inondations, bien des gens ne peuvent se permettre
d’acheter suffisamment de nourriture.
OBJECTIF : Avec une alimentation adaptée,
les médicaments aident les malades à reprendre
assez de forces pour travailler et recouvrer leur indépendance.
RÉSULTAT : Autonomie accrue.
La nourriture incite davantage de personnes à
se faire soigner.
COMMENTAIRE : «Quand les colis
de vivres ont cessé, j’étais catastrophée.
Mais à présent, grâce aux activités
lucratives, je peux cultiver ma propre nourriture et
acheter les produits dont j’ai besoin» (Charity
Silangani, du village de Choi). |
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Un
paradigme nouveau
Conscientes aujourd’hui des limites de l’aide
alimentaire, de nombreuses organisations humanitaires adoptent
une démarche plus globale et à plus long terme
pour permettre aux ménages de satisfaire leurs besoins
économiques fondamentaux. L’objectif est de renforcer
la résistance des populations à l’insécurité
alimentaire en tablant sur leurs mécanismes et ressources
de défense existants et éprouvés. Cette
nouvelle démarche — un paradigme nouveau par
rapport aux simples distributions de vivres — comporte
des systèmes d’alerte avancée, l’intégration
de la sécurité alimentaire dans les autres programmes
ainsi que l’utilisation de l’aide aux cultures
et de la formation pour aider les gens à subvenir à
leurs besoins.
Oleg Blinikov, médecin et coordonnateur de santé
de la Fédération internationale pour la crise
alimentaire dans le Sahel, explique le rôle vital de
l’eau salubre dans la sécurité alimentaire.
«Sans accès à de l’eau potable,
on risque de contracter des infections intestinales qui causent
la diarrhée. Un enfant diarrhéique n’absorbe
pas les nutriments.» La diarrhée et les autres
maladies affaiblissent aussi les soutiens de famille, qui
ont plus de mal à faire vivre leurs proches. «Les
projets d’eau et d’assainissement sont souvent
jugés trop coûteux, alors que, associés
à des programmes de sensibilisation à l’hygiène,
ils représentent le meilleur moyen pour réduire
durablement la pauvreté et la malnutrition.»
Pour Kjell Magne Bondevik, l’envoyé spécial
des Nations unies pour la situation humanitaire dans la corne
de l’Afrique, «Nous savons que la sécheresse
frappe régulièrement. La question n’est
pas de savoir “si”, mais “quand” surviendra
la prochaine. Nous devons donc mieux préparer la population
à faire face.»
La démarche qui vise la sécurité alimentaire
met souvent davantage l’accent sur le relèvement
et le développement — la meilleure assurance
contre l’insécurité alimentaire —
que sur les secours. |
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Dilemmes
Pourquoi donc cette démarche globale n’est-elle
pas appliquée, si elle est plus efficace ? Pour bien
des donateurs, il est plus facile de lever des fonds pour
des interventions d’urgence, qui produisent des résultats
à court terme.
Mija-tesse Ververs évoque la situation au Niger, début
2005. «Nous savions que la récolte ne serait
pas suffisante, et nous n’avons pas trouvé de
donateurs. Il est terriblement frustrant de concevoir des
interventions à moindre coût et de ne pas arriver
à les financer.»
En outre, le Mouvement intervient le plus souvent dans un
cadre de conflit et de catastrophe plutôt que de développement
à long terme. John Roche, pourtant, soutient que la
sécurité alimentaire peut être intégrée
à la gestion des catastrophes et aux autres programmes.
Dans la première phase d’une situation d’urgence,
les Sociétés nationales fournissent vivres et
abris, mais elles peuvent parallèlement mettre en place
des programmes qui réduisent la vulnérabilité
aux futures catastrophes. |
CARNET
DE TERRAIN
De l’argent en main au
Niger
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©OLAV A. SALTBONES / CROIX-ROUGE
DE NORVÈGE
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PROJET : En novembre 2005, la Croix-Rouge nigérienne
a remis 240 dollars à chaque femme dans plus
de 5700 ménages. La mesure devrait bénéficier
à 34 000 personnes.
MOTIF : Les criquets et la sécheresse
ont anéanti les récoltes; le prix des
denrées alimentaires est inaccessible pour de
nombreuses familles. Beaucoup d’entre elles ont
vendu des biens essentiels et emprunté de l’argent.
OBJECTIF : Renforcer l’autonomie
des ménages.
RISQUES : Le personnel et les volontaires
se déplaçaient avec de l’argent
en espèces. Le projet pourrait entraîner
une hausse de l’inflation. Les familles pourraient
dépenser l’argent pour acquérir
des biens non essentiels.
RÉSULTAT : Les évaluations
ont montré que l’argent était utilisé
pour rembourser des dettes, pour acheter nourriture,
appareils ménagers, outils agricoles et bétail.
Le prix de certains aliments a légèrement
augmenté.
COMMENTAIRE : «Je suis ravie.
Nous avions connu de graves difficultés. Un tiers
de la somme sera consacrée aux besoins de mes
enfants, un tiers à l’achat de millet,
et le dernier tiers au bétail» (Amina Laouali,
du village de Batthe).
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L’avenir
de la sécurité alimentaire
Plusieurs points positifs méritent d’être
relevés. Le fardeau du sida pourrait s’alléger.
Le Rapport sur l’épidémie mondiale de
sida 2006 publié par l’ONUSIDA montre que la
prévalence du VIH/sida décline dans certaines
parties de l’Inde, du Kenya et du Zimbabwe.
Dans toute l’Afrique, des Sociétés nationales
réalisent des programmes de sécurité
alimentaire qui devraient porter leurs fruits bien après
la phase de famine aiguë. Selon Mcbain Kanongodza, l’intégration
de la sécurité alimentaire dans les programmes
de VIH/sida est déjà payante en Afrique australe.
«On touche davantage de ménages, et on signale
une baisse du nombre de décès; le programme
VIH/sida n’avait pas les ressources nécessaires
pour distribuer aux gens un panier alimentaire complet.»
Quelques donateurs commencent à admettre que le développement
à long terme est indispensable, parallèlement
aux secours d’urgence, et ils financent des programmes
en ce sens. Pourtant, obtenir des fonds reste très
ardu.
En mai 2006, alors que la période de soudure commençait
à faire sentir ses effets dans le Sahel, le PAM a sonné
l’alarme : sans nouvel apport de fonds, l’aide
alimentaire devrait être interrompue. «D’une
année à l’autre, les crises s’enchaînent
pour les personnes les plus démunies du Sahel. (...)
Personne, au XXIe siècle, ne devrait être dans
l’incapacité chronique de subvenir à ses
besoins les plus élémentaires», a déclaré
Mustapha Darboe, responsable du PAM pour l’Afrique de
l’Ouest.
Une fois qu’un financement suffisant sera disponible,
la bataille contre l’insécurité alimentaire
ne pourra être gagnée que par les communautés
elles-mêmes. Selon John Roche, le Mouvement a un avantage
sans pareil pour combattre ce problème si complexe
de manière efficace et à un stade précoce.
«Notre présence sur le terrain est notre meilleur
atout. Nous sentons battre en permanence le pouls des communautés.» |

Les volontaires de la Croix-Rouge du Kenya sont engagés
dans la lutte contre l’insécurité alimentaire.
©DANIEL CIMA / CROIX-ROUGE AMÉRICAINE
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Rosemarie North
Rédacteur en chef Fédération internationale
de Croix-Rouge, Croissant-Rouge.
Avec le concours de Tapiwa Gomo, Cathy Lengyel, Risco
Lumamezi, Aster Solomon et John Zarocostas. |
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Mcbain
Kanongodza:
«ne pas rester spectateur»
Mcbain Kanongodza est responsable des opérations
de sécurité alimentaire à Harare, en
Afrique australe, pour la Fédération internationale.
Il travaillait auparavant pour la Croix-Rouge du Malawi, où
il a été successivement responsable des opérations
pour les réfugiés, directeur des programmes
et secrétaire général (pendant sept ans).
Quelles sont les causes de l’insécurité
alimentaire en Afrique australe ?
La sécheresse; le fait que 40 % de la population environ
vit dans une misère absolue qui rend les ménages
terriblement vulnérables, situation exacerbée
par la pandémie de VIH/sida; l’augmentation du
prix des moyens de production agricoles, qui empêche
la majorité des familles de mener une activité
rentable; les politiques agricoles mal avisées et la
mauvaise gestion des affaires publiques; enfin, les donateurs,
en forçant les gouvernements à appliquer des
politiques qui n’ont permis ni de renforcer la sécurité
alimentaire des ménages ou du pays, ni de réduire
la pauvreté, ni de diversifier l’agriculture.
Et quelle est la situation au Malawi ?
Nombre de mes proches et de mes parents vivent dans l’insécurité
alimentaire. Pour les aider, on peut leur proposer des méthodes
novatrices de culture. Elles permettent à un paysan
qui pratique l’agriculture de subsistance de produire
davantage sur un petit lopin, ce qui se fait rarement, par
manque de connaissances. L’ignorance peut tuer.
Qu’est-ce qui vous pousse à agir
?
En tant que producteur alimentaire dans mon pays, j’ai
toujours souhaité permettre à des groupes tels
que les orphelins et les personnes âgées, exclus
socialement et qui n’ont pas la capacité de se
prendre en mains, d’avoir accès à la nourriture.
Les souffrances dont j’ai été témoin
dans certaines communautés sont pour moi un appel à
ne jamais rester spectateur, mais à agir sur le terrain,
aux côtés des communautés touchées
par l’insécurité alimentaire, en espérant
servir ceux que l’on peut toucher. |
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