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Le droit islamique et
les Conventions de Genève

 

Quelles sont les relations entre le droit islamique et le droit international humanitaire ? Plus actuel que jamais depuis un certain 11 septembre 2001, ce thème suscite un dialogue nourri entre experts, à l’exemple de la récente réunion de Qom, en Iran.

 

Rien de tel que de déambuler dans les rues de Qom, à 150 km de Téhéran, pour mesurer l’influence de cette cité auprès des chiites. Ville de pèlerinage, Qom attire des milliers de fidèles venus d’Iran, d’Irak, de Pakistan et d’Afghanistan, qui viennent se recueillir dans le mausolée de Hazrat Fatimah Ma’sumeh, la sœur de l’Imam Reza, le huitième imam des chiites. Jour et nuit, des voyageurs harassés, parmi lesquels de nombreux malades et infirmes, se pressent devant le sépulcre pour rendre grâce à Allah. Dans les salles attenantes parsemées de tapis persans, des hommes en turban prient et commentent en petits groupes des passages du Coran selon un rituel qui s’inscrit dans la longue tradition de l’islam. Car Qom est aussi une ville de recherches théologiques prestigieuse où plus de 30 000 étudiants analysent les textes fondamentaux et la loi islamique ou charia, mot qui signifie littéralement «abreuvoir» et «chemin».

C’est dans cette ville sainte du chiisme que s’est tenu en novembre dernier un colloque sans précédent en République islamique d’Iran, réunissant plus de 300 participants dans la vaste enceinte du centre d’études islamique (Howzeh-ye Elmieh) le plus important du pays. Cette conférence était organisée conjointement par le CICR, la Société du Croissant-Rouge iranien et quelques grandes institutions d’Iran telles que l’Ahl-e Beit World Assembly, le Centre d’études politiques et internationales du ministère iranien des Affaires étrangères, l’Université Imam Sadiq, le Centre international des études islamiques, l’Islamic Culture and Communications Organization, l’Islamic Science and Culture Research Centre, l’Université de Cheikh Mofi d à Qom, les centres théologiques de Qom (hawza) et le World Forum For Proximity of Islamic Schools of Thought. Les participants regroupaient une majorité d’oulémas ou théologiens de l’islam, des docteurs en loi islamique, des ayatollahs et des représentants de centres et écoles coraniques. Pour Mohammed Reza Dast Gheib, consultant du CICR basé à Qom, «cette réunion est avant tout un processus de concertation entre d’éminents représentants des divers courants et instituts religieux de Qom, Téhéran et Mashad».

Durant les deux jours de travaux et de communications, ponctués par les temps de prière, il a été question des relations entre l’islam et le droit international humanitaire. Autour de ce thème très actuel, les participants ont échangé leurs points de vue sur la protection des victimes de conflits armés à travers le prisme des valeurs propres à l’islam et à sa jurisprudence (fiqh) ainsi qu’au regard du droit de Genève. «Explorer et extraire de la substance de nature humanitaire à partir des sources propres à l’islam est une tâche colossale que nous devons poursuivre», a souligné l’ayatollah Amid Zanjani, directeur de l’Université de Téhéran. Dans cette perspective, quel traitement le Coran, source première du droit islamique, prescrit-il pour les prisonniers de guerre, pour les blessés et les civils ? Face à la notion de terrorisme, quels codes et quelles démarches juridiques appliquer ? Et où se situent les principales convergences entre le droit islamique et le droit international humanitaire ? Ces sujets de préoccupation ont donné lieu à des réponses contrastées et imprégnées du poids de l’histoire et de la coutume qui ont fécondé la loi islamique depuis le VIIe siècle, alors que, comparativement, le droit humanitaire moderne et laïc, vieux de 150 ans, fait figure de nouveau venu, surtout si l’on fait abstraction de ses racines judéo-chrétiennes.

Identifier un terreau commun

En contrepoint aux références historiques, les débats se sont aussi référés à l’actualité de l’Irak et de l’Afghanistan, deux pays musulmans voisins de l’Iran, où des États occidentaux et non musulmans combattent contre des groupes musulmans. Dans ces deux conflits, les violences quotidiennes à l’encontre des civils témoignent de l’ampleur du fossé entre les normes juridiques et leur application.

Mais au-delà de ce funeste constat, les participants — qui s’exprimaient sous une bannière contenant des extraits du Coran et des Conventions de Genève — sont parvenus à dégager une convergence majeure, à savoir que la loi islamique et le droit humanitaire s’appuient sur un fonds commun et présentent davantage de similarités que de différences : en résumé, ces deux doctrines s’accordent sur le caractère sacré de la vie, de la dignité humaine ainsi que sur la nécessité de faire preuve de compassion envers l’ennemi capturé. «Il est important de débattre des questions religieuses, éthiques et légales dans un langage intelligible pour toutes les cultures», commente le cheikh Sanad du Bahreïn. Même son de cloche pour Olivier Vodoz, qui dirigeait la délégation du CICR et pour qui la rencontre de Qom «contribue à rendre plus accessible l’action neutre et indépendante du CICR». Pour sa part, Shirvani Mohammed, un ancien prisonnier et invalide de la guerre Irak- Iran, qui participait aux travaux grâce au parrainage de la Société du Croissant-Rouge iranien, a exprimé le souhait que «ce dialogue inspire de réels progrès dans la mise en œuvre des Conventions de Genève».

Manifestement, la réunion de Qom, à laquelle les médias iraniens ont donné un large écho, marque un jalon important pour le CICR ainsi que pour les experts en jurisprudence islamique. «C’est un début dynamique, mais la route est encore longue», observe Andreas Wigger, directeur adjoint des opérations du CICR, qui a lancé ce dialogue voici deux ans (voir encadré). À l’heure où les relations entre le monde musulman et le monde occidental sont tendues, ces échanges sont précieux et montrent qu’il est possible de s’écouter dans le respect mutuel, à mille lieues du manichéisme et de ses clichés déformants, qui ne peuvent conduire qu’à la recrudescence des malentendus et des conflits.

Jean-François Berger
Rédacteur en chef CICR de Croix-Rouge,
Croissant-Rouge.



©CICR

 

 

 

Le dialogue avant tout

Depuis deux ans, le CICR mène un dialogue permanent avec des spécialistes du droit islamique; avant la réunion de Qom, des rencontres de ce type ont eu lieu à Islamabad, à Aden, à Fès, à Dar es-Salaam ainsi qu’à Kaboul. À chaque fois, des positions communes fondées sur la tradition islamique et le droit international humanitaire ont été affirmées et rendues publiques. Fondée sur la compréhension mutuelle, cette démarche ne peut que renforcer la protection de la dignité humaine en temps de conflit armé.

 

 

 


Olivier Vodoz, vice-président du CICR.
©CICR

 

 


l’ayatollah Amid Zanjani, directeur de l’Université de Téhéran.
©CICR

 

 


Dr Khatami, président de la Société
du Croissant-Rouge iranien.
©CICR

 

 

 


Séance d’ouverture à l’université religieuse Howzeh-ye Elmieh, à Qom.
©CICR

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