Les
munitions à dispersion ont tué et blessé
des milliers de civils innocents depuis qu’elles ont
été employées pour la première
fois pendant la Seconde Guerre mondiale. Ahmed a 12 ans; il
est l’une des victimes récentes de ces engins.
Il vit au Liban, où la guerre de 2006 a montré
l’étendue des dommages causés par ces
armes quand elles sont utilisées à grande échelle.
«Je jouais au football près de ma maison quand
le ballon a touché quelque chose qui a explosé»,
explique Ahmed, qui a été gravement blessé.
Selon les Nations Unies, 4 millions de sousmunitions d’armes
à dispersion ont été répandues
au Liban, et 1 million d’entre elles n’auraient
pas explosé. «De nombreuses armées considèrent
que les armes à dispersion sont rentables : on peut
les produire en masse, et grâce à elles il est
assez facile de saturer une zone donnée avec des explosifs
et des munitions à fragmentation», explique Ben
Lark, coordonnateur de la lutte contre les mines au CICR.
Ces armes létales sont relativement simples : elles
se composent d’un conteneur qui peut être largué
d’un avion ou envoyé par un missile ou un obus.
Le réceptacle s’ouvre en vol et disperse jusqu’à
650 «bombes miniaturees» ou sous-munitions plus
petites remplies d’explosif, censées éclater
lors de l’impact. Or, il est fréquent qu’elles
n’explosent pas : chacun sait que ces munitions sont
imprécises et peu fiables.
Qui sont les victimes?
«Les munitions non explosées ont souvent une
apparence inoffensive. Ce sont des petits objets, parfois
de couleur vive, posés sur le sol, explique Ben Lark.
Lorsque des personnes, et en particulier des enfants, les
trouvent dans leur jardin ou dans leur champ, elles ont tendance
à les ramasser, ce qui peut causer de graves blessures,
voire la mort.»
Quand les armes à dispersion sont employées
dans une zone peuplée ou lorsqu’elles manquent
leur cible, les conséquences peuvent être terribles.
Les sous-munitions qui explose projettent des éclats
de métal, tandis qu’un pourcentage allant de
10 à 30 %, voire davantage, n’explosent pas,
contaminant ainsi de grandes étendues de terrain et
compromettant les activités de secours et de reconstruction.
Pendant le conflit du Kosovo, en 1999, le CICR a recueilli
des informations montrant que les armes à dispersion
avaient causé près d’un tiers des quelque
500 décès de civils, soit autant que le nombre
de morts provoqués par les mines et tous les autres
types de munition. Les enfants de moins de 14 ans risquaient
presque cinq fois plus d’être tués ou blessés
par les sous-munitions que par les mines terrestres.
Restreindre l’emploi
Après le succès de la campagne d’interdiction
des mines antipersonnel, la mobilisation internationale contre
l’emploi des armes à dispersion gagne du terrain.
«La plupart de ces armes ont été conçues,
fabriquées et achetées à l’époque
de la guerre froide. Or, elles sont employées aujourd’hui
dans des scénarios et des contextes totalement différents
: dans des villages, des agglomérations et même
dans des villes, et dans des pays en développement.
Elles sont aussi utilisées, ce qui est paradoxal, par
des forces internationales qui interviennent au nom de motifs
humanitaires et pour protéger la population»,
explique Peter Herby, chef de l’Unité armes du
CICR.
Étonnamment, il n’existe aucun traité
qui réglemente spécifiquement l’emploi
des munitions à dispersion. Ces engins sont considérés
comme des armes classiques, et leur emploi est régi
par les règles du droit international humanitaire (DIH).
Le DIH stipule qu’elles ne doivent pas causer aux civils
des dommages disproportionnés par rapport à
l’avantage militaire que confère leur emploi,
ni être employées pour frapper sans discrimination
des objectifs militaires et des biens de caractère
civil. Enfin, il convient de prendre toutes les précautions
possibles pour que des civils ne soient pas blessés
ou tués.
«Il est difficile d’attendre des États
qu’il respectent scrupuleusement les règles»,
explique Peter Herby. «Étant donné le
manque de fiabilité et l’imprécision de
ces armes, l’emploi ciblé et proportionnel en
est pour ainsi dire impossible. C’est pourquoi il faut
des règles spécifiques qui en régissent
l’emploi.»
Les conflits au Kosovo et au Liban ont prouvé une
nouvelle fois que l’emploi de munitions à dispersion
n’était pas approprié et ont amené
le CICR à appeler les États à cesser
immédiatement d’employer des armes à dispersion
imprécises, peu fiables, à interdire leur emploi
contre tout objectif militaire situé dans une zone
peuplée, à détruire les stocks existants
et, d’ici à leur destruction, de ne plus transférer
ces armes dans d’autres pays. Sur ces bases, le CICR
a recommandé en août 2007 la constitution d'un
nouveau traité incluant une clause cruciale prévoyant
" une assistance pour les victimes, l’élimination
des munitions à dispersion, ainsi que des activités
visant à réduire l’impact de ces armes
sur les populations civiles."
Une initiative lancée par le CICR en 2000 après
le conflit au Kosovo a obtenu un succès limité,
sous la forme d’un protocole à la Convention
sur certaines armes classiques, qui stipule que toutes les
parties à un conflit armé doivent enlever leurs
munitions non explosées ou apporter une assistance
à cette fin. Elles doivent aussi fournir rapidement
des informations sur le type de munitions employées
et leur emplacement. Le protocole ne contient aucune restriction
à l’emploi d’armes à dispersion,
ni d’obligation de réduire leur taux de raté
élevé. Il ne traite pas non plus des risques
élevés ni des effets aveugles d’une attaque
employant des armes à dispersion lorsque les sous-munitions
n’explosent pas, en particulier si l’attaque est
lancée sur une zone peuplée.
Une interdiction totale
Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
s’est rallié aux initiatives visant à
combler ces lacunes juridiques. Les efforts de la Croix-Rouge
de Norvège ont contribué à persuader
les autorités de ce pays de prononcer un moratoire
sur l’emploi de munitions à dispersion, dans
l’attente d’une interdiction internationale. «Les
Sociétés nationales connaissent mieux que quiconque
les effets, en termes humanitaires, des sous-munitions, et
elles ont donc l’obligation de faire pression sur les
décideurs», considère Preben Marcussen,
conseiller de la Croix-Rouge de Norvège.
«Le conflit de 2006 au Liban a donné lieu à
une contamination par sous-munitions jamais vue par le passé.
La plupart ont été larguées, selon nous,
dans les 72 heures précédant la fin du conflit»,
explique Chris Clarke, qui dirige le Centre de coordination
des Nations unies pour l’action contre les mines au
Liban.
La situation libanaise, ainsi que le mécontentement
croissant que suscite l’absence de progrès dans
le cadre de la Convention sur les armes classiques, où
l’unanimité des États participants est
requise, ont amené la Norvège à lancer
une nouvelle initiative. Elle engage les pays à négocier
et adopter un traité incluant des normes très
strictes. En février 2007, les représentants
de 46 pays ont adopté la «Déclaration
d’Oslo», qui appelle à la conclusion, d’ici
à 2008, d’un traité international interdisant
l’emploi, la production, le transfert et le stockage
des armes à sous-munitions qui causent des souffrances
inacceptables aux civils.
Le sujet est maintenant débattu par les États
tant dans le cadre de la Convention sur les armes classiques
que dans le contexte de l’initiative norvégienne.
Le fait que deux ensembles de règles distincts soient
débattus parallèlement présente des risques,
car il se pourrait que ni l’un ni l’autre ne soient
universellement reconnus, ou — pire encore — que
les États choisissent dans ces textes ce qui leur convient.
Nul ne peut prédire l’avenir, mais un nombre
important d’États demeurent déterminés,
dans le cadre de l’initiative norvégienne, à
négocier un traité régissant les armes
à dispersion dans les douze mois à venir. Pour
Ahmed et les autres victimes des sous-munitions, il est déjà
trop tard, mais ce traité éliminera une lourde
menace pour les personnes innocentes prises dans les guerres
et les conflits de demain
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Marko Kokic
Rédacteur au CICR.
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Ahmed a 12 ans et vit au Liban. Il a été blessé
par une sous-munition alors qu’il jouait au football.
©MARKO KOKIC / CIC
La réponse
du CICR
Le CICR mène des activités préventives
contre les mines dans 27 pays. Elles sont réalisées
dans le cadre d’opérations du CICR ou par
des Sociétés nationales ave le soutien
du CICR. Ces mesures visent à limiter les effets
des mines et des restes explosifs de guerre, y compris
les sousmunitions, par la collecte de données,
la réduction des risques et la sensibilisation.
Dans les zones de conflit armé, le CICR fournit
un soutien direct aux victimes et aux services de premiers
secours des Sociétés nationales. Il administre
ou soutient aussi des services de rééducation
physique pour les handicapés dans 23 pays.
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Petites, d’apparence inoffensive, près de 30%
des sous-munitions n’explosent pas lors de l’impact
avec le sol.
©MARKO KOKIC / CIC

©USAF / AFP PHOTO
Chiffres et données
Trente-quatre pays ont produit des armes à
dispersion, et 75 pays disposent aujourd’hui de
stocks. Les stocks existants contiennent des milliards
de sous-munitions explosives. En 2005, les stocks américains
officiels contenaient près de 730 millions de
sous-munitions; les stocks de la Russie et de la Chine
sont probablement d’ampleur comparable. Pays et
territoires où des armes à dispersion
ont été utilisées : Afghanistan,
Albanie, Arabie saoudite, Bosnie-Herzégovine,
Cambodge, Croatie, Érythrée, Éthiopie,
îles Falklans/ Malouines, Irak, Israël, Koweït,
Laos, Liban, Monténégro, Royaume-Uni,
Sahara occidental, Serbie (y compris Kosovo), Sierra
Leone, Soudan, Syrie, Tchad, Tchétchénie,
ex-URSS et Viet Nam.
Source : Human Rights Watch
Les estimations du nombre total de victimes des armes
à dispersion vont de 56 218 à 64 982,
dont 275 militaires et 3906 personnes de statut inconnu;
toutes les autres sont des civils.
Source : Handicap International
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