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Valeurs de volontaires

 

Cet article inaugure une série consacrée au volontariat qui paraîtra durant toute l’année 2011, dixième Anniversaire de l’Année internationale des volontaires.

Les dirigeants du monde comptent sur les volontaires pour les aider à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Pourquoi, dans ces conditions, la contribution des volontaires est-elle à ce point méconnue ? Que pouvons-nous faire pour mieux les épauler ?

Lorsque les pluies torrentielles de la mousson s’abattirent sur le nord du Pakistan, provoquant la crue de l’Indus, Fawwad Sherwani, un volontaire du Croissant-Rouge du Pakistan âgé de 36 ans, se joignit immédiatement aux équipes de secours.

Dans les camps installés par la Société nationale comme dans le «QG» de Karachi, il a aidé à évaluer les besoins sur le terrain et à communiquer l’information au siège et contribué à organiser l’acheminement des secours aux victimes, par bateau, jeep et hélicoptère.

Lorsque, dans une situation d’urgence, il enfile son gilet et sa casquette du Croissant-Rouge, ce vétéran de l’aide humanitaire, qui a déjà eu à faire à des tremblements de terre, des attentats-suicide et des cyclones, ne pense pas vraiment aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Il aime tout simplement aider les gens, et même s’il n’est pas payé pour cela, c’est son travail, ce à quoi il a été formé.

Et pourtant, à l’orée de 2011 — année qui marque le dixième anniversaire de la première Année internationale des volontaires —, les responsables de la santé comme les dirigeants politiques du monde vont répétant que le travail constant de volontaires comme Fawwad Sherwani est essentiel pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, une série de huit objectifs de développement que les gouvernements se sont engagés à atteindre au plus tard en 2015 (voir encadré).

Prenons la poliomyélite. Selon les experts, l’action des volontaires — y compris les réseaux étendus de Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans des pays comme l’Afghanistan et le Nigéria — est l’une des raisons qui font que l’éradication de cette maladie est désormais à portée de main. Le réseau permet aux programmes de vaccination de parcourir le «dernier kilomètre», en touchant des communautés souvent difficiles à atteindre pour des personnes extérieures. Ainsi, lors d’une campagne antirougeoleuse dans la province de Nampula, au Mozambique, les volontaires de la Croix-Rouge ont permis d’atteindre un taux de couverture vaccinale de 97 %, contre 88 % dans d’autres zones rurales (une différence essentielle dans la lutte contre des maladies qui peuvent développer une résistance et se diffuser rapidement).

Un atout crucial
Il reste tout juste quatre ans, et bien du chemin à parcourir, avant la date de 2015, échéance que les États se sont fixée pour les OMD. En dépit des avancées contre la poliomyélite et la rougeole, l’éradication est loin d’être assurée. Sur des questions comme la pauvreté et les soins aux enfants, une kyrielle d’obstacles complexes demeurent : catastrophes naturelles, désertification, conflit armé, changements climatiques, violence urbaine, insécurité alimentaire chronique et crise financière.

Avec l’insuffisance des ressources tant publiques que privées, avec les nombreux écueils qui entravent l’accès aux communautés vulnérables, nombreux sont ceux qui voient dans les volontaires un atout crucial. Comme l’a déclaré dernièrement le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, «l’engagement de millions et de millions de personnes dans l’action volontaire sera indispensable pour atteindre les OMD».

De par leur enracinement dans leurs communautés locales, les volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sont en mesure d’apporter la vaccination, des secours d’urgence ou des médicaments essentiels jusque dans les zones où la violence armée fait rage (la province du Baloutchistan au Pakistan, la Somalie, ou les zones isolées d’Afghanistan, où les volontaires du Croissant-Rouge aident à l’acheminement des vaccins contre la poliomyélite durant des «jours de tranquillité» préalablement négociés).

Les volontaires exercent aussi un impact social, plus difficile à quantifier, mais qui contribue à la stabilité et au relèvement des communautés, en particulier pendant les conflits. Patrick Zaboninka Mayara, volontaire de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo, se déplace en bicyclette et à pied pour distribuer des messages Croix-Rouge permettant aux familles de rester en contact, et parfois de réunir des enfants et des parents séparés par les combats.

À Beyrouth (Liban), Mohammad «Frisco» Mansour enseigne à d’autres jeunes volontaires comment utiliser jeux et simulations pour sensibiliser les jeunes de 8 à 18 ans au droit international humanitaire et aux normes humanitaires. «Ils apprennent, grâce à ces jeux, que la guerre doit avoir des limites et que les valeurs humanitaires doivent être respectées», explique le volontaire de la Croix-Rouge libanaise, âgé de 25 ans, en parlant des jeunes qui assistent aux séminaires. «Sans cela, les maux infligés sont intolérables et le prix à payer trop élevé.»

Bien souvent, les volontaires donnent du leur alors même qu’ils ont leurs propres besoins. Ainsi, Morlai Fofanah consacre du temps à la promotion de la nonviolence et de la tolérance dans les communautés rurales du sud de la Sierra Leone. Blessé à la colonne vertébrale dans un accident de la route alors qu’il rentrait de mission, ce membre d’une équipe de secouristes effectue maintenant une bonne partie de son activité de volontaire à l’aide de béquilles ou d’une chaise roulante.

Accéder à la population
Les volontaires ont aussi la capacité de toucher des personnes dans des milieux très pauvres ou des communautés vulnérables, que ce soit dans les pays développés ou dans des pays en transition. Dans le petit village de Rö, non loin de Stockholm, Christina Lindholm, volontaire de la Croix-Rouge suédoise, organise des camps d’été pour les personnes qui s’occupent de partenaires atteints de démence, de la maladie d’Alzheimer, d’aphasie ou de sclérose en plaques. Selon des études réalisées par la Société nationale, les activités du camp ainsi que son réseau social contribuent à améliorer la santé et à réduire la vulnérabilité aussi bien des patients que des personnes qui s’occupent d’eux.

Dans les rues de Shenyang, ville du nord-est de la Chine, des volontaires d’un groupe appelé «Papillons», soutenu par la Croix-Rouge chinoise, se rendent au domicile de personnes séropositives, qui dans bien des cas ne peuvent bénéficier de soins de santé par les canaux habituels. «On ne peut pas se faire opérer dans les hôpitaux ordinaires; très rares sont les établissements qui acceptent d’accueillir les personnes séropositives, explique Xiao Jie, lui-même porteur du VIH. Les gens pensent que les séropositifs sont mauvais. Ils croient que les gens bien n’attrapent pas cette maladie.»

Partout dans le monde, des volontaires comme Fawwad, Christina, Xiao, Mohammad et Morlai oeuvrent concrètement, sans tambours ni trompettes, à la réalisation des OMD. Or, si nous devons compter sur ces volontaires pour accomplir ce que les gouvernements et l’économie de marché ne peuvent réaliser à eux seuls, que pouvons-nous faire pour les soutenir et les protéger ? Et comment se fait-il, si leur action est aussi importante, que leur contribution ne soit même pas comptabilisée dans la plupart des indicateurs nationaux de la productivité et du développement économique ?


Des volontaires de la Croix-Rouge du Nigéria administrent le vaccin oral contre la poliomyélite dans des communautés qui en ont désespérément besoin. Deux gouttes de vaccin suffisent pour immuniser une personne contre la maladie. ©FICR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les objectifs du Millénaire pour le développement

1 Réduire l’extrême pauvreté et la faim
2 A ssurer l’éducation primaire pour tous
3 Promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes
4 Réduire la mortalité infantile
5 A méliorer la santé maternelle
6 Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies
7 A ssurer un environnement humain durable
8 Mettre en place un partenariat mondial pour le développement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Profil de Volontaire

Germaine Pierre-Louis
Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne

Le bâtiment abritant la salle de conférence de l’hôpital Saint-Michel à Jacmel, au sud-est d’Haïti, est l’un des rares édifices de l’établissement qui a survécu au tremblement de terre du 12 janvier. Dans la salle, 25 jeunes, certains volontaires de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne (CRH), d’autres tout simplement membres d’organisations de jeunesse, s’apprêtent à suivre un cours sur la prévention des conséquences des ouragans donné par Germaine Pierre-Louis, infirmière et volontaire bien connue dans la région de Jacmel. «Bonjour !», lance-t-elle d’une voix énergique. «Je vous remercie d’être venus ce matin en pleine saison cyclonique. Vous devez être prêts à sensibiliser la population.»

Sur le plan professionnel, cette infirmière de 58 ans est responsable des services d’épidémiologie et de statistique du ministère de la Santé publique dans le département haïtien du Sud-Est. Côté coeur, elle est volontaire de la CRH, vice-présidente de la Société nationale et présidente de la section de son département. La prestigieuse médaille Florence Nightingale vient de lui être décernée cette année en compagnie de deux autres Haïtiens, l’infirmière Michaëlle Colin, du sanatorium de Port-au-Prince, et Jude Célorge, volontaire de la Société nationale dans le quartier populaire de Martissant de la capitale haïtienne, pour leur dévouement lors du tremblement de terre. Ils sont les trois premiers Haïtiens à avoir reçu ce prix depuis sa première attribution en 1920.

Un impact sur les OMD ?
À Jacmel, les volontaires de la CRH ont donné des cours non seulement sur la problématique des ouragans, mais aussi sur la prévention du VIH/sida et l’amélioration de l’hygiène personnelle. Ces formations, menées auprès des jeunes, permettent essentiellement d’éviter que la population, déjà très pauvre, ne voie son niveau de vie baisser encore.

Cette action contribue-t-elle à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement de réduire la pauvreté et combattre les maladies ? «Notre travail d’éducation permet aux gens d’assurer leurs biens et leur avenir. Grâce à cette prévention, des maladies et des accidents peuvent être évités. Cela les maintient, mais ne permet pas, malheureusement, de faire baisser la pauvreté », constate Germaine Pierre-Louis.

Pour réduire véritablement la pauvreté, il faudrait développer des activités économiques, par exemple en aidant des petits commerçants, comme les vendeurs de riz et de charbon, dont certains vivent aussi avec le VIH/sida.

Comme la plupart des volontaires, Germaine Pierre-Louis est surtout motivée par les besoins immédiats. Après le tremblement de terre de janvier, par exemple, elle a immédiatement mis sur pied des activités de recherche et de secours pour les survivants, alors même que sa propre maison était détruite. Où trouve-t-elle sa motivation ? «Chaque matin, je me lève en me disant que je ne peux pas accepter que quelqu’un souffre.»
Jean-Yves Clemenzo

Ça compte, sans comptes ?

Tout comme ses coll ègues volontaires membres du groupe de soutien «Papillons», Xiao Jie ne mène cette activité ni pour l’argent, ni pour d’autres motifs que son désir de combattre le VIH/sida dans sa communauté. Lorsqu’on lui pose la question, toutefois, il admet que son travail bénévole pour le groupe a une valeur tout à fait concrète et quantifiable : au moins 1000 renminbi (150 dollars des États-Unis) par mois.

À l’instar de nombreux volontaires, Xiao Jie n’est pas sûr que ce type de travail doive être rémunéré. D’un côté, il doit être fait par des volontaires, puisque ceux-ci le souhaitent sincèrement. D’autre part, ils devraient être rémunérés, puisque par leur travail, ils aident le gouvernement à accomplir sa tâche.

Xiao Jie n’est pas le seul à s’interroger sur les valeurs du volontariat de nos jours. Partout dans le monde, on s’efforce de mieux quantifier la contribution des volontaires, qui échappe largement, dans la plupart des pays, au calcul du produit intérieur brut (PIB) et aux autres indicateurs économiques ou de développement.

«Le problème est que souvent, ce qui n’est pas décompté ne compte pas», explique Megan Haddock, coordonnatrice de projet au Centre d’études de la société civile de l’Université Johns Hopkins, à Baltimore (États-Unis). «Dans le modèle statistique traditionnel, la contribution économique des volontaires est égale à zéro. Elle n’est tout simplement pas comptabilisée.»

Or, poursuit-elle, si les économistes, les politiques, les médias et les citoyens ne comprennent pas l’apport des volontaires ni des organisations à but non lucratif (dont ils sont souvent membres), les mesures de soutien et de protection juridique resteront faibles.

Une étude récente réalisée à Johns Hopkins sur la base de données provenant de 37 pays a montré que la contribution apportée par les volontaires était bel et bien grossièrement sous-estimée. Selon cette étude, près de 140 millions de personnes — soit 12 % de la population de ces pays — mène une forme ou une autre
d’activité bénévole. Au total, cela représente l’équivalent de près de 21 millions de travailleurs employés à plein temps, apportant une contribution économique d’une valeur approximative de 400 milliards de dollars par an. Ils représentent aussi près de 45 % de la maind’œuvre dans le secteur non lucratif.

Ce volontariat prend des formes diverses. Ainsi, le Mexique a une tradition ancienne de volontariat officieux, mais personne n’utilise ce terme. Les gestes bénévoles de «solidarité», comme on les appelle, sont considérés comme naturels dans la vie quotidienne des communautés,  et ne dépendent pas d’une organisation charitable (bien qu’ils soient, dans bien des cas, liés à l’Église).

Or, si l’on additionne le temps consacré par la population à divers actes de solidarité bénévoles, on obtient grosso modo 1,4 % du PIB du Mexique, selon Jacqueline Butcher Rivas, qui a étudié la question. Volontaire elle-même, Jacqueline Butcher Rivas affirme que si cette contribution était mieux comprise, il pourrait en découler des investissements plus importants et une protection juridique pour les volontaires. Pour elle, «ce secteur est terriblement sous-estimé».

Le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge espère susciter le débat sur ces questions en 2011, année qui marque le dixième anniversaire de l’Année internationale des volontaires. Si l’on tient pour acquis que son réseau de volontaires lui offre des possibilités sans pareil d’accéder aux populations, le Mouvement luimême n’a jamais vraiment quantifié la valeur sociale et économique de son réseau de volontaires, bien que de nombreuses études commandées ces dernières années aient traité de questions connexes.

Au mois de janvier 2011, la FICR devrait publier une étude afin de contribuer à combler cette lacune. Suivant la méthodologie élaborée par l’Université Johns Hopkins et l’Organisation internationale du travail, elle examine les contributions financières, économiques et sociales des volontaires dans un échantillon représentatif de Sociétés nationales.


Une étude réalisée dans huit pays d’Europe orientale montre que le secteur non lucratif (SNL), qui repose largement sur les volontaires, représente environ 5 % de l’activité économique dans ces pays, soit davantage que le secteur de l’électricité, de l’eau et du gaz, et tout juste un peu moins que le secteur du bâtiment. Source : rapport Measuring Civil Society and Volunteering, Center for Civil Society Studies, Université Johns Hopkins.

À une époque où les volontaires et leur temps font l’objet d’une compétition de plus en plus vive, la FICR espère que ces données pourront être utilisées pour aider les Sociétés nationales à réunir davantage de ressources pour soutenir les volontaires, pour les motiver et en recruter davantage, pour améliorer les systèmes d’appui et pour convaincre les gouvernements de mettre en place des protections légales plus fortes pour les volontaires.

Le bouclier humanitaire
Selon un rapport publié en 2009 par les Volontaires des Nations Unies (VNU), Law and Policies Affecting Volunteerism since 2001, on compte environ 70 lois ou politiques nationales mises en oeuvre depuis dix ans pour encourager ou réglementer le volontariat. Ainsi, le Burkina Faso a adopté des politiques visant à encourager le volontariat afin de réduire le chômage par la formation professionnelle et le service national.

Pour Catherine Shea, l’un des auteurs du rapport, vice-présidente du Centre international pour le droit des associations à but non lucratif, basé à Washington D.C., «des progrès considérables ont été faits».

En 2001, lors de l’Année internationale des volontaires, le manque de textes législatifs d’habilitation à l’échelon national entravait souvent le volontariat. «La législation de plusieurs pays en matière d’emploi et de salaire minimal ne faisait pas de distinction entre volontaires et employés, ce qui rendait théoriquement illégale toute activité volontaire non rémunérée», note le rapport.

Aujourd’hui, le problème réside dans le fait que les nouvelles lois ne sont pas toujours suffisamment complètes ni strictes. Dans certains cas, les lois adoptées sont bonnes, mais le gouvernement ne fait rien. «Il reste du chemin à faire, explique Catherine Shea. Ce  qui se passe une fois la loi promulguée est capital. Le gouvernement agit-il pour la faire respecter ?»

La législation adoptée en 2005 par la Bolivie est parlante et illustre aussi les dangers auxquels se heurtent les volontaires. Les troubles politiques violents de 2002 et 2003 ont conduit, selon le rapport des VNU, «à la mobilisation de volontaires au sein de la Croix-Rouge bolivienne et de brigades de secours et de pompiers».

«Lors d’une manifestation violente, l’un des sauveteurs volontaires, Daniel Manrique, a été touché au visage par un tir d’arme à feu. En tant que volontaire, il n’avait ni assurance, ni couverture médicale, et il était dans l’incapacité de payer les nombreuses interventions médicales nécessaires.»

L’indignation suscitée par ce cas a débouché sur la revendication d’une loi nationale, offrant aux volontaires des droits et une protection étendus. Ces efforts se sont essoufflés après les élections suivantes, et les dispositions n’ont finalement pas été adoptées.

Il est paradoxal que des volontaires qui travaillent pour fournir aux victimes un abri ou des services médicaux de base n’aient pas eux-mêmes accès aux soins de santé ou à l’assurance médicale. Dans bien des pays, le coût en est prohibitif, ou la législation nationale ne prévoit pas la possibilité d’assurer les organisations charitables à un coût abordable.

La politique de la FICR relative au volontariat appelle les Sociétés nationales à «fournir aux volontaires une assurance appropriée», mais les méthodes varient énormément au sein du Mouvement. La Croix-Rouge suédoise fournit une assurance accidents à ses 40 000 volontaires, tandis que d’autres Sociétés nationales assurent leurs volontaires par l’intermédiaire d’un programme de la FICR. Lorsque le tremblement de terre a frappé Haïti au mois de janvier, par exemple, la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne se préparait à adopter une assurance pour ses volontaires; la FICR a finalement fourni l’assurance dans le cadre de son intervention d’urgence.

«Ce qui compte, explique Stefan Agerhem, spécialiste du volontariat détaché auprès de la FICR par la Croix-Rouge suédoise, c’est qu’en cas de problème, la Société nationale prenne soin de son volontaire, que ce soit par un système d’assurance ou en fournissant un soutien psychologique et social.»

Payer ou pas
La question est d’autant plus complexe qu’en réalité, de nombreux volontaires perçoivent des indemnités journalières de subsistance ou de petites sommes censées couvrir leurs frais de déplacement ou un repas pendant la journée de travail. En temps de crise, comme après le séisme en Haïti, de nombreux volontaires perçoivent une modeste rémunération quotidienne ou hebdomadaire.

«Dans une opération de secours massive, où l’on a besoin d’une main-d’oeuvre nombreuse pour un travail d’assistance, et non pas simplement d’un volontaire pour donner un coup de main quelques heures par semaine, il est indispensable que les volontaires soient engagés de manière plus sérieuse», explique Stefan Agerhem.

En pareil cas, il est crucial que les acteurs du Mouvement comprennent et respectent la législation du travail locale. Au cours des dernières années, il est arrivé que des volontaires attaquent en justice leur Société nationale parce qu’elle n’avait pas versé des cotisations obligatoires, par exemple aux fins de la retraite. L’assurance accidents peut aussi être obligatoire pour des personnes salariées.

La question de la rémunération présente cependant un dilemme. D’un côté, elle pourrait saper l’esprit du volontariat pur. D’autre part, il est peut-être déraisonnable d’attendre que des personnes travaillent pendant 12 ou 18 heures par jour pour secourir des populations sans aucun appui.

Comme le relève Germaine Pierre-Louis, infirmière haïtienne et volontaire de la Croix-Rouge (voir encadré ci-dessous), il est inacceptable de demander à des volontaires de travailler toute la journée pour apporter vivres, abri et soins de santé à des victimes alors qu’ils n’ont eux-mêmes pas d’endroit pour dormir.

«Lors du séisme, explique-t-elle, les volontaires ont travaillé exactement comme les humanitaires professionnels », amenant les blessés dans les centres de santé, distribuant vivres, eau et trousses d’articles d’hygiène. «Ils ont fait un travail colossal.» Or, elle a parfois dû insister auprès de collègues du Mouvement pour obtenir des tentes pour certains des volontaires, qui avaient eux-mêmes tout perdu dans la catastrophe.

Un travail dangereux
En définitive, aucune législation, aucune assurance ni aucune rémunération ne pourront protéger ni dédommager les volontaires contre les périls qu’ils affrontent. Si les décès sont relativement rares, compte tenu du cadre dans lequel ils sont souvent appelés à intervenir, il arrive pourtant que des volontaires perdent la vie. Ainsi, en mai 2009, un volontaire du Croissant-Rouge afghan a été tué avec 13 autres personnes lors d’une frappe aérienne par les forces de la coalition, qui ont affirmé viser des combattants talibans.

En mars 2009, trois volontaires de la Croix-Rouge du Mozambique ont été tués par une foule en colère, persuadée à tort que les agents de l’assistance empoisonnaient une source d’eau. En janvier 2010, enfin, un volontaire de la Croix-Rouge du Kenya, Michael Wafula Sululu, a été abattu par un policier alors qu’il administrait les premiers soins aux victimes d’un accident de la route. Le policier a été inculpé de meurtre.

En théorie, les lois en vigueur, sur le plan national, local ou international, auraient dû protéger ces volontaires. Dans la réalité, il n’y a aucune garantie. De nouvelles lois et assurances ne résoudront pas tous les problèmes. Selon certains volontaires, l’une des choses les plus importantes que le Mouvement pourrait faire pour les protéger serait de respecter avec une fermeté absolue les principes de neutralité et d’impartialité.

Dans la vallée de Swat, au Pakistan, où l’armée et les insurgés talibans se disputent le pouvoir dans un climat de tension extrême, Hashmat Ali, volontaire du Croissant-Rouge, affirme que l’engagement du Mouvement pour la neutralité est son plus grand atout.

«Je me sens en sécurité en travaillant pour le Croissant-Rouge comme volontaire, explique Hashmat Ali. Le Croissant-Rouge ne se mêle pas de politique, c’est ce qui fait sa force. C’est pourquoi j’entends continuer mon action.»

C’est après le tremblement de terre de 2005 que Hashmat Ali a rencontré le Croissant-Rouge pour la première fois; il avait alors aidé les agents des Croix-Rouge allemande et néerlandaise à distribuer les secours dans des hameaux isolés dans les montagnes. Cette collaboration a ensuite conduit à l’ouverture d’un dispensaire médical qui dessert aujourd’hui entre 100 et 150 patients par jour dans la vallée de Swat. Selon Hashmat Ali, la plus grande contribution apportée ici par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge, et par les volontaires, est la réduction du taux de mortalité maternelle, qui correspond au cinquième OMD.

Quoi qu’il arrive, la plupart des volontaires affirment qu’ils feront leur travail, avec ou sans assurance, lois, tentes et rémunération. Pour Fawwad Sherwani, ce n’est pas un calcul rationnel, basé sur des objectifs économiques ni sur des programmes mondiaux de développement, qui motive les volontaires. «C’est une motivation intérieure, explique-t-il. Rien ne rend plus heureux que d’aider une personne qui souffre et de l’entendre vous dire merci.»

Reportage de Deena Guzder au Pakistan, de Jean-Yves Clemenzo en Haïti, de Robert Few en Chine et de Malcolm Lucard à Genève.

 

 


Les membres d’un groupe de bénévoles soutenu par la Croix-Rouge chinoise distribuent des préservatifs, des lubrifiants et des informations sur le VIH dans un parc de Fu Shun, ville de la province du Liaoning, dans le nordest de la Chine.
©Robert Few/FICR

 

 

 

 

 

 

 

 


Indice du volontariat

400 milliards : La contribution économique estimée (en dollars) de l’action des volontaires dans les 37 pays étudiés par l’Université Johns Hopkins.
10 milliards : La valeur, en dollars des États-Unis, du temps consacré par les volontaires aux campagnes communautaires d’éradication de la poliomyélite et de vaccination dans le monde, selon les Nations Unies.
78 : Le pourcentage de baisse des décès dus à la rougeole entre 2000 et 2008 grâce aux campagnes de vaccination, soutenues par les volontaires du Mouvement.
1,4 : La valeur économique du volontariat officiel et officieux au Mexique, exprimée en pourcentage du PIB.
45 : Le pourcentage de volontaires dans la main-d’œuvre mondiale du secteur non lucratif, selon une étude menée dans 37 pays par l’Université Johns Hopkins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Germaine Pierre-Louis, volontaire et infirmière pour la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne, montre les restes de l’hôpital de Jacmel.
©Olga Miltcheva/CICR

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Patrick Zaboninka Mayara, qui distribue des messages Croix-Rouge jusqu’au fin fond des forêts de la République démocratique du Congo.
©Deena Guzder

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Mohammad «Frisco» Mansour enseigne le respect des valeurs humanitaires à des écoliers et à des formateurs travaillant auprès d’adolescents.
©Croix-Rouge libanaise

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Hashmat Ali devant un dispensaire où il travaille comme volontaire dans la vallée de Swat, au Pakistan. ©Pedram Yazdi/CICR

 

 

 

 

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